En­tre­vue avec Élise De­saul­niers

L’ali­men­ta­tion vé­gé­ta­lienne prend de l’am­pleur. Que di­riez-vous de prendre le vi­rage pen­dant 21 jours? C’est l’in­vi­ta­tion que vous lance l’au­teure du livre Le dé­fi vé­gane 21 jours Élise De­saul­niers.

Passions Collection - - SOMMAIRE - Texte: Au­drey-maude Fa­lar­deau

Il y a sans doute mille ré­ponses à la ques­tion «Pour­quoi re­le­ver le dé­fi vé­gane 21 jours?», mais s’il n’y avait qu’une seule rai­son, quelle se­rai­telle?

«L’idée de faire le dé­fi 21 jours, c’est juste de se je­ter dans un sé­jour d’im­mer­sion et de se mettre à l’épreuve, peu im­porte ses mo­ti­va­tions.»

On dit que ça prend en­vi­ron deux mois pour adop­ter une nou­velle ha­bi­tude. Qu’en est-il de votre ex­pé­rience per­son­nelle?

«Je suis de­ve­nue vé­gé­ta­rienne, puis vé­gane peut-être deux ou trois mois plus tard. Ça a été as­sez fa­cile et ra­pide. Chaque ex­pé­rience est unique et dif­fé­rente. Ce qui est clair, c’est qu’il faut du temps pour ac­qué­rir une nou­velle ha­bi­tude, puis ça se fait par étapes.»

Quels sont les bien­faits de cette «mé­thode» ali­men­taire?

«Si on parle de bien­faits pour votre san­té, les études tendent à prou­ver que les per­sonnes vé­gé­ta­liennes vivent plus long­temps et sont en meilleure san­té que les om­ni­vores, elles ré­duisent leurs risques de ma­la­dies car­dio­vas­cu­laires, de dia­bète de type 2, et de cer­tains can­cers. En fait, il y a un con­sen­sus scien­ti­fique sur le fait qu’on de­vrait man­ger beau­coup moins de viande rouge et beau­coup plus de lé­gumes. Il y a aus­si un point de vue en­vi­ron­ne­men­tal, puisque l’éle­vage d’ani­maux contri­bue aux émis­sions de gaz à ef­fet de serre dans une pro­por­tion de 14 à 18 %. Sou­vent, on va dire qu’il faut man­ger lo­cal pour ré­duire ses émis­sions de gaz à ef­fet de serre, mais il vaut mieux être vé­gane une seule jour­née par se­maine que man­ger lo­cal tout le temps. De plus, cou­per 500 g (1 lb) de viande rouge à notre ali­men­ta­tion heb­do­ma­daire éco­no­mi­se­ra au­tant d’eau po­table sur un an que si nous nous étions pas­sés de douches pen­dant six mois.»

Quelles sont les re­com­man­da­tions nu­tri­tion­nelles de base pour une ali­men­ta­tion vé­gé­ta­lienne?

«En règle gé­né­rale, ce qu’il faut consom­mer chaque jour, c’est une di­ver­si­té de fruits et lé­gumes, au mi­ni­mum une por­tion de lé­gu­mi­neuses, une por­tion de noix, des graines de lin ou des graines de chia mou­lues – c’est très im­por­tant pour les omé­ga-3 –, des cé­réales, dif­fé­rentes sortes de lé­gumes et du soya. C’est su­per im­por­tant, parce qu’il y a plein de nu­tri­ments dans le soya. Si on est vé­gane à temps plein pour une bonne pé­riode, pas juste pour le dé­fi, il fau­dra s’as­su­rer de prendre des sup­plé­ments de vi­ta­mines B12, parce que c’est la seule vi­ta­mine qu’on ne trouve pas dans l’ali­men­ta­tion vé­gé­tale.»

Quelles sont les dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les nou­veaux vé­ganes?

«Je di­rais que les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés ne sont pas tel­le­ment sur le plan nu­tri­tion­nel, c’est-à-dire sa­voir quoi man­ger. Main­te­nant, il y a une foule de re­cettes vé­gé­ta­liennes sur In­ter­net, plein de livres, etc. Je pense que la plus grande gêne re­lève de l’en­tou­rage. En tout cas, dans les pre­mières édi­tions du dé­fi vé­gane, c’est quelque chose qui est re­ve­nu sou­vent. On me di­sait par exemple: “Mon ma­ri est car­ni­vore, il aime vrai­ment la viande, il veut que je cui­sine de la viande”, ou “Je vais sou­per chez ma belle-mère, qu’est-ce que je vais man­ger?”»

Dans votre livre, vous ré­pon­dez à cer­taines ques­tions comme «Pour­quoi ar­rê­ter de boire du lait?», «Qu’ar­ri­ve­ra-t-il aux ani­maux si per­sonne ne mange de la viande?», «J’étais vé­gé­ta­lienne et j’avais tout le temps faim, comment ce­la se fai­til?», etc. Pen­sez-vous qu’il existe une rai­son pour la­quelle ces ques­tions re­viennent plus sou­vent? «Je pense qu’elles re­pré­sentent un peu tout ce qui n’est pas com­pris par la po­pu­la­tion du choix d’adop­ter une ali­men­ta­tion vé­gé­ta­lienne. Ce sont des ques­tions qui sont fon­dées, comme celle qui sou­lève ce point: si on ar­rête de man­ger des ani­maux, que fe­ra-t-on d’eux? Vont-ils nous en­va­hir? C’est une ques­tion qui est réelle. Les gens ne com­prennent pas ou n’ont pas pris le temps de ré­flé­chir au fait qu’on élève la quan­ti­té d’ani­maux né­ces­saire pour ré­pondre aux be­soins du mar­ché, et que si tout le monde de­ve­nait vé­gé­ta­lien, on ar­rê­te­rait sim­ple­ment d’en pro­duire. Pour ré­pondre à l’énon­cé ˝J’étais vé­gé­ta­lienne et j’avais tou­jours faim˝, je sup­pose que cette per­sonne n’avait pas une ali­men­ta­tion riche et équi­li­brée, et ça se peut, mais il y a aus­si des om­ni­vores qui ont tou­jours faim parce qu’ils ne mangent pas as­sez.» Quels sont les pré­ju­gés les plus cou­rants sur le vé­ga­nisme? Comment les ré­fu­tez-vous? «Ça va­rie beau­coup. On va sou­vent dire que les vé­ganes, et par­ti­cu­liè­re­ment les femmes vé­ganes, sont des êtres émo­tifs, qu’ils ont trop d’émo­tions ou qu’ils font pas­ser leurs émo­tions avant tout. Une fa­çon de ré­fu­ter ça se­rait de dire qu’il est nor­mal de vou­loir mo­de­ler ses pra­tiques sur ses va­leurs et de vou­loir ré­duire la souf­france au mi­ni­mum. Ça se dé­fend bien ra­tion­nel­le­ment. Sou­vent, on qua­li­fie­ra les vé­ganes d’or­tho­rexiques, de gens qui sont ob­sé­dés par leur ali­men­ta­tion, ou qui im­posent leurs prin­cipes qui n’ont pas de sens. Dans l’his­toire de l’hu­ma­ni­té – on peut même re­mon­ter jus­qu’aux Grecs, il y a 2 000 ans –, il y a tou­jours eu des gens qui ont re­fu­sé de man­ger des ani­maux pour des prin­cipes mo­raux.» Fi­na­le­ment, à vous en­tendre par­ler, l’ali­men­ta­tion vé­gé­ta­lienne n’a rien de gra­no. Est-ce exact? «C’est le troi­sième pré­ju­gé qui re­vient le plus sou­vent. Non, les vé­gé­ta­liens ne mangent pas juste des graines et de la sa­lade. Une re­cherche Pin­te­rest vous prou­ve­ra que c’est une ali­men­ta­tion di­ver­si­fiée. Il y a même de grands chefs qui se tournent vers une ali­men­ta­tion com­plè­te­ment vé­gé­tale. Cette der­nière a le vent dans les voiles en ce mo­ment!»

Élise De­saul­niers

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