La po­li­ti­sa­tion de l’obé­si­té et le contrôle de tous les corps

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Dans ce contrôle du sur­poids gé­né­ra­li­sé à tous les in­di­vi­dus, l’IMC ap­pa­raît donc comme le prin­ci­pal ou­til de pré­ven­tion et de diag­nos­tic du sur­poids, de l’obé­si­té et du sous-poids. Cet ins­tru­ment est re­pré­sen­té dans l’es­pace so­cial comme une norme, et per­met un contrôle glo­bal des normes cor­po­relles de la po­pu­la­tion. Pour Ian Ha­cking, ce terme de « masse » ren­voie à une épi­dé­mie qui n’est pas di­rec­te­ment celle de l’obé­si­té, mais bien celle « des mots ». Pour lui, « la pré­fé­rence pour le mot masse est le ré­sul­tat de la pres­sion qui s’exerce pour fa­çon­ner l’obé­si­té au moyen d’un dis­cours qui s’ef­force d’avoir l’air scien­ti­fique »22. L’IMC qui est « un ins­tru­ment de col­lecte sim­pliste »23 tombe dans l’es­pace pu­blic pour être uti­li­sé comme ré­fé­rence de nor­ma­li­té par les in­di­vi­dus24. L’ap­pli­ca­tion de cette ré­fé­rence sta­tis­tique dans les po­li­tiques sa­ni­taires pour­rait illus­trer, no­tam­ment avec le « Pro­gramme na­tio­nal nu­tri­tion san­té » (PNNS) en France, le bio­pou­voir qui s’exerce sur les corps au­jourd’hui. Un « Plan de nu­tri­tion » a été lan­cé pour la pé­riode de 2006 à 2010 en France, après un constat de l’Obé­pi sur l’aug­men­ta­tion de l’obé­si­té in­fan­tile. Ce plan est plus cen­tré sur la ques­tion de l’obé­si­té que le pre­mier PNNS, qui concer­nait la pé­riode de 2001 à 2005 ; il s’agit « d’ini­tier une ré­flexion sur l’image du corps »25. Ce plan s’ac­com­pagne de cam­pagnes de pré­ven­tion di­vul­guées sur le site « man­ger­bou­ger.fr » qui mettent l’ac­cent sur le lien entre cor­pu­lence et pra­tiques phy­siques et ali­men­taires. Pa­ral­lè­le­ment, le ré­seau ville-san­té de l’OMS rend dis­po­nible un guide pra­tique pour les ac­teurs lo­caux, « La nu­tri­tion à l’échelle de la ville ». En 2007, des mes­sages édu­ca­tifs ac­com­pagnent les pro­duits pu­bli­ci­taires. Le PNNS, tel qu’il est ap­pli­qué, peut être vu comme la ma­ni­fes­ta­tion du bio­pou­voir de Fou­cault, dans la me­sure où l’État agit pour mo­di­fier et contrô­ler les corps de la so­cié­té. Les in­di­vi­dus se com­parent entre eux se­lon une norme de poids, et bien que leurs pra­tiques ali­men­taires n’en­gagent qu’eux — c’est la res­pon­sa­bi­li­sa­tion —, elles sont en même temps prises dans un dis­cours mo­ra­li­sa­teur. Ce­la engrange des pres­sions so­ciales sur les per­sonnes qui n’ont pas les ou­tils éco­no­miques ou cultu­rels pour chan­ger en pro­fon­deur leurs pra­tiques26.

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