ASILES ABAN­DON­NÉS

Photo | Societe - - Société - [Matt van der Velde / Photographe] [Pierre Fraser / So­cio­logue]

e photographe Matt van der Velde est très clair concer­nant sa propre dé­marche pho­to­gra­phique à pro­pos de son ou­vrage Aban­don­ned Asy­lums : « En tant qu’in­di­vi­du, je ne suis pas à l’abri de la ma­la­die men­tale. Mes ex­pé­riences per­son­nelles en tant que sol­dat d’in­fan­te­rie dans les Forces ca­na­diennes, ain­si que mes luttes sub­sé­quentes contre la dé­pres­sion, m’ont par­ti­cu­liè­re­ment ser­vi de mo­ti­va­tion à comprendre l’évo­lu­tion des trai­te­ments en ma­tière de san­té men­tale et sur­tout à ten­ter de sai­sir com­ment il est dès lors pos­sible de lut­ter contre la stig­ma­ti­sa­tion. La vé­ri­té, aus­si crue qu’elle puisse pa­raître, est que ces en­droits n’étaient pas du tout ces « ins­ti­tu­tions hor­ribles di­ri­gées par des gens ter­ribles » comme on tente sou­vent de nous le faire croire. En fait, comme dans bien des cas en ma­tière de psy­chia­trie, tout com­mence par une idéo­lo­gie bien in­ten­tion­née vou­lant que le com­por­te­ment hu­main et la san­té sont di­rec­te­ment af­fec­tés par notre mi­lieu de vie et notre en­vi­ron­ne­ment phy­sique im­mé­diat. Cette ap­proche, connue sous le nom de « thé­ra­pie mo­rale » fut ré­vo­lu­tion­naire en son temps dans le trai­te­ment des ma­la­dies men­tales. Ain­si, ces an­ciens mo­nu­ments dé­diés à la psy­chia­trie tiennent à la fois lieu d’une im­mense va­leur his­to­rique et ar­chi­tec­tu­rale. » Jus­qu’au mi­lieu du XIXe siècle, comme le sou­ligne Matt van der Velde, « toute per­sonne qui dé­viait de la norme so­ciale at­ten­due, tant au ni­veau de son ap­pa­rence phy­sique que de son état men­tal, se re­trou­vait bien mal­gré elle re­cluse dans des lieux sombres, sou­vent des sous-sols de mai­sons pri­vées, par­fois dans des hos­pices dé­diés aux pauvres ou dans des pri­sons, sans au­cune op­por­tu­ni­té de pou­voir un jour être soi­gnée.

Ce n’est que vers le mi­lieu des an­nées 1800 qu’une nou­velle ap­proche fait jour, alors que la mi­li­tante amé­ri­caine Do­ro­thea Dix fait vi­gou­reu­se­ment pres­sion sur le Con­grès des États-Unis afin de créer des asiles men­taux spé­ci­fi­que­ment con­çus pour les gens souf­frant de ma­la­dies men­tales qui uti­li­se­ront l’idée de « l’ar­chi­tec­ture comme thé­ra­pie ». Et c’est ici qu’in­ter­vient l’idée d’un en­vi­ron­ne­ment qui éli­mi­ne­rait le stress lié à l’en­vi­ron­ne­ment ur­bain des­si­né au­tour d’une ins­ti­tu­tion dé­con­nec­tée de la ville, avec des es­paces verts pai­sibles et pit­to­resques, des jar­dins, des al­lées, des fon­taines, des aires de loi­sirs — pis­cine, bow­ling, théâtre —, des ac­ti­vi­tés so­ciales, de l’er­go­thé­ra­pie et des di­ver­tis­se­ments de toutes sortes Ce fai­sant, on croyait que la ma­la­die men­tale pour­rait ain­si être gué­rie, alors que nous sa­vons fort bien au­jourd’hui que cette ap­proche pré-mé­di­cale, loin de la réa­li­té, bien que to­ta­le­ment in­opé­rante, était tout de même sous le signe d’une bonne in­ten­tion. »

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