L’art de vivre à la Ja­ckie Pa­quet

Premiere edition - - Actualité - CA­RO­LINE BO­NIN JOUR­NA­LISTE

Pro­prié­taire de­puis jan­vier 2017, Ja­ckie Pa­quet est des plus fa­mi­lières avec l’en­droit. C’est sa mère et son beau-père qui ont ache­té la mai­son, en 2008, et ont par­ti cette res­source hé­ber­geant des aî­nés vi­vant avec des pro­blèmes cog­ni­tifs. Ja­ckie Pa­quet s’y im­plique de­puis le dé­but et s’oc­cupe de la res­source au com­plet de­puis trois ans. Elle fait un peu par­tie des meubles. Elle est non seule­ment pro­prié­taire et un vi­sage connu par ses ré­si­dents, mais aus­si une co­lo­ca­taire puis­qu’elle ha­bite sur les lieux.

« Ça fait trois ans qu’on est en­semble mon conjoint et moi. Et confi­dence : c’est mon pre­mier chum. Avant lui, quand je di­sais que j’ha­bi­tais dans une ré­si­dence de per­sonnes âgées, les gars hé­si­taient. Mon chum et moi on en­vi­sage d’avoir des en­fants. Je me vois très bien vivre avec mes en­fants par­mi les aî­nés », dé­voile d’em­blée la pro­prié­taire.

UN NOU­VEAU CHEZ-SOI

La res­source de type fa­mi­lial se veut un mi­lieu de vie pour des aî­nés de­vant quit­ter leur mai­son. L’étape tran­si­toire entre la mai­son et le CHSLD. Quand res­ter à la mai­son, mal­gré les mul­tiples ser­vices mis en place et l’aide des proches ai­dants, de­vient im­pos­sible. Les ré­si­dents chez Art de vivre ont de nom­breux be­soins et leur état de san­té fait en sorte qu’ils ne peuvent plus ha­bi­ter chez eux, mais ils trouvent un nou­veau chez-eux avec Ja­ckie Pa­quet et les sept em­ployés (trois à temps plein et quatre à temps par­tiel) qui prennent soin d’eux comme s’ils étaient des membres de leur fa­mille.

« C’est dif­fi­cile pour la fa­mille de ‘‘pla­cer’’ la per­sonne. Quand ils ar­rivent ici, ils sont un peu sou­la­gés de voir que ça existe un mi­lieu fa­mi­lial. C’est sûr que ce n’est pas à long terme, mais le temps qu’ils sont ici ils peuvent en pro­fi­ter », ex­plique Ja­ckie Pa­quet pré­ci­sant que pour tra­vailler dans sa res­source il n’est pas né­ces­saire d’avoir son cours de pré­po­sé aux bé­né­fi­ciaires. Elle de­mande seule­ment d’avoir un grand coeur, le reste ça peut s’ar­ran­ger en sui­vant les for­ma­tions né­ces­saires. Ce n’est pas un mi­lieu ins­ti­tu­tion­nel. Une ap­proche en dou­ceur et per­son­na­li­sée est la marque de com­merce de Ja­ckie Pa­quet.

Chaque avant-mi­di est consa­cré au le­ver, au dé­jeu­ner et aux soins d’hy­giène. La rou­tine est im­por­tante, mais il y a une cer­taine flexi­bi­li­té. « Les per­sonnes qui se lèvent un peu plus tard, j’en­cou­rage qu’on les laisse dor­mir et qu’on s’ha­bi­tue à leur rou­tine. Ce n’est pas tout le monde qui veut se le­ver à 7 h pour man­ger. Il y en a qui aiment ça être en robe de chambre toute la ma­ti­née. On es­saye de fixer une rou­tine se­lon leurs ha­bi­tudes », de for­mu­ler Ja­ckie Pa­quet. Le reste de la jour­née est oc­cu­pé par les re­pas, des pe­tites ac­ti­vi­tés di­verses et des vi­sites de la fa­mille.

Une grande tablée pour les re­pas, des pe­tits plats cui­si­nés mai­son, la je­tée mol­le­ton­née pour re­gar­der la té­lé­vi­sion et les ba­lan­çoires sur le balcon pour ja­ser en re­gar­dant les pas­sants… Ce n’est qu’un aper­çu de l’at­mo­sphère cha­leu­reuse qui règne dans la res­source de type fa­mi­lial Art de vivre, si­tuée à Vau­dreuil-Do­rion et di­ri­gée par la jeune pro­prié­taire Ja­ckie Pa­quet, âgée de 27 ans.

U N E A F FA I R E D E FA M I L L E

En plus des em­ployés, Ja­ckie Pa­quet peut comp­ter sur l’aide de sa fa­mille. Le ra­goût de bou­lettes et la tour­tière, c’est sa grand­mère qui les fait et le jam­bon est pré­pa­ré par son beau-père. Chaque se­maine, son père cui­sine d’autres plats comme de la piz­za ou de la quiche, tout en l’ai­dant dans di­vers tra­vaux. Ça en prend des congé­la­teurs pour en­tre­po­ser tout cet amour en plats qui se­ra ser­vi aux ré­si­dents. Même sa de­mi-soeur des­cend de Beauce un wee­kend sur deux pour l’ai­der. « C’est vrai­ment une his­toire de fa­mille. Par exemple, la se­maine pro­chaine mon grand-père, ma grand-mère, ma mère et mon beau-père viennent pour m’ai­der à ra­cler le ter­rain », ra­conte celle qui fait la fier­té de sa mère parce qu’elle a re­pris le flam­beau.

EN TRAN­SIT

Les ré­si­dents ne font que pas­ser. Ils ha­bitent chez Art de vivre pen­dant quelques mois ou an­nées. Quand les soins dont ils au­ront be­soin se­ront trop grands ou que la dé­mence au­ra trop évo­luée, ils de­vront être re­lo­ca­li­sés. La liste d’at­tente est gé­rée par le CLSC. Une per­sonne, ou sa fa­mille, sou­hai­tant avoir le bon­heur de vivre un pas­sage à la res­source Art de vivre doit s’ins­crire sur la liste par le biais du CLSC. Quand une place ré­pon­dant à son pro­fil se li­bé­re­ra dans l’une des res­sources de type fa­mi­lial ou res­sources in­ter­mé­diaires de la ré­gion, la per­sonne de­man­dant une place se­ra con­tac­tée. C’est re­la­ti­ve­ment rare qu’une place se li­bère à la res­source Art de vivre.

La co­ti­sa­tion à payer pour ha­bi­ter dans une res­source de type fa­mi­lial dé­pend de la si­tua­tion fi­nan­cière du ré­sident et re­lève du Centre in­té­gré de san­té et de ser­vices so­ciaux de la Mon­té­ré­gie-Ouest (CISSSMO). La res­source in­ter­mé­diaire re­çoit, quant à elle, une paye du gou­ver­ne­ment du Qué­bec cor­res­pon­dant au nombre de jours que les per­sonnes sont à la res­source ain­si qu’au ni­veau de soin, ain­si qu’une paye sur les frais fixes comme le bâ­ti­ment.

Ja­ckie Pa­quet rêve que d’autres res­sources comme la sienne voient le jour. Elle en­cou­rage les jeunes ayant une fibre en­tre­pre­neu­riale à se lan­cer dans l’aven­ture comme elle. « C’est beau après tout. C’est un mé­lange d’en­tre­pre­neu­riat et d’aide. Quand il y a une bonne or­ga­ni­sa­tion, ce n’est pas si cas­trant », af­firme Ja­ckie Pa­quet, qui ai­me­rait aus­si avoir un peu plus de bé­né­voles. Des per­sonnes in­té­res­sées à don­ner une heure ou deux de leur temps par se­maine pour pas­ser un mo­ment avec un ré­sident soit pour prendre une marche, par­ler, boire un ca­fé ou d’autres pe­tites choses simples, mais com­bien im­por­tantes pour les ré­si­dents.

PHO­TOS CA­RO­LINE BO­NIN

« Le plus beau, c’est quand ils me disent : je suis bien ici; une chance que je t’ai; au moins je ne suis pas toute seule… », lance avec émo­tion Ja­ckie Pa­quet.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.