Une en­sei­gnante lance un cri du coeur

Premiere edition - - Actualité - STÉPHANE FORTIER JOUR­NA­LISTE

De­puis quelque temps, on voit de plus en plus s’af­fi­cher un groupe nom­mé Profs en mou­ve­ment qui vient jus­te­ment de pu­blier un ma­ni­feste re­ven­di­quant plu­sieurs amé­lio­ra­tions des condi­tions des en­sei­gnants, tant du pri­maire que du se­con­daire.

Une en­sei­gnante d’ici, Claudia Har­vey, 30 ans, est en­sei­gnante au pri­maire dans une école de Saint-Zo­tique. Elle est dé­lé­guée syn­di­cale à son école et fait aus­si par­tie du co­mi­té des jeunes en­sei­gnants. Elle est fière de re­pré­sen­ter les en­sei­gnants de 35 ans et moins et se fait un de­voir de les in­for­mer sur leurs droits, même si, de son propre avis, les jeunes sont moins syn­di­ca­listes, moins re­ven­di­ca­teurs que les plus vieux. « Il n’em­pêche qu’ils trouvent par­fois la tâche lourde et dif­fi­cile », men­tionne spon­ta­né­ment Claudia Har­vey.

DANS UN MONDE

IDÉAL

Ce­ci étant dit, l’en­sei­gnante in­dique d’en­trée de jeu que les di­rec­tions d’écoles et la com­mis­sion sco­laire font tout en leur pos­sible pour que les en­sei­gnants jouissent des meilleures condi­tions pos­sible. « Il faut tra­vailler de concert pour amé­lio­rer les condi­tions des en­sei­gnants. On s’en­tend tous là-des­sus », dit-elle.

Bien avant les sa­laires des profs, Claudia Har­vey croit que les ser­vices spé­cia­li­sés doivent être aug­men­tés dans les écoles. Il manque cruel­le­ment de psy­cho­logues, d’er­go­thé­ra­peutes, de tra­vailleurs so­ciaux. Ce­la contri­bue­rait à al­lé­ger un peu la tâche des en­sei­gnants. « Le nombre d’élèves par classe doit être ré­vi­sé. Le ra­tio pour des classes de troi­sième cycle du pri­maire est de 26. J’ai dé­jà eu une classe de 20 élèves et j’ai trou­vé ce­la très bien. Le pro­blème, c’est que sur 26 élèves, il peut y en avoir la moi­tié qui est en dif­fi­cul­tés. Nous man­quons de res­sources et de temps pour leur ve­nir en aide. Et il faut aus­si s’oc­cu­per de ceux qui ont un bon che­mi­ne­ment », fait-elle re­mar­quer.

L A R E L È V E N ’ E ST PA S L À

À la Com­mis­sion sco­laire des Trois-Lacs, il sub­siste un grave pro­blème, que d’autres com­mis­sions sco­laires vivent aus­si, d’ailleurs, c’est le re­cru­te­ment. « On manque de per­son­nel. C’est notre gros che­val de ba­taille. Il n’y a pas as­sez d’em­bauches. Nous de­vons rem­pla­cer nos col­lègues qui doivent s’ab­sen­ter. Ce n’est pas fa­cile pour les élèves de voir dé­fi­ler au­tant d’en­sei­gnants, par­fois plu­sieurs, dans une même jour­née. Pen­dant ce temps, nous ne consa­crons pas de temps à notre propre classe. Il faut que ce­la cesse », dé­nonce Claudia Har­vey qui en­seigne en 6e an­née et qui ra­conte qu’un jour, une même classe a vu dé­fi­ler pas moins de 15 en­sei­gnants.

Pour elle, il est im­por­tant de va­lo­ri­ser la pro­fes­sion. « Au­pa­ra­vant, l’en­sei­gnant était vu comme im­por­tant, in­dis­pen­sable dans la so­cié­té. Ce n’est plus le cas. De plus, on en­voie des jeunes qui n’ont pas d’ex­pé­rience dans les classes les plus dif­fi­ciles alors que ce­la de­vrait être le contraire. Moi la pre­mière, j’ai failli tout lâ­cher dans mes pre­mières an­nées. Heu­reu­se­ment, au­jourd’hui, ce­la va bien », ré­vèle-t-elle.

Dans la classe de Claudia Har­vey, 80 % des livres ont été payés de sa poche. Une autre si­tua­tion qui ne tient pas de­bout. Les écoles manquent cruel­le­ment de res­sources fi­nan­cières, comme de per­son­nel.

VIO­LENCE?

Au cours des der­niers jours, il a beau­coup été ques­tion de la vio­lence dont sont par­fois vic­times les en­sei­gnants tant au pri­maire qu’au se­con­daire. « Ce­la ar­rive qu’il y ait des épi­sodes de vio­lence phy­sique et psy­cho­lo­gique. En ce qui me concerne, je n’ai pas vé­cu de vio­lence phy­sique, seule­ment psy­cho­lo­gique et ce­la, il y en a beau­coup. Les di­rec­tions d’école se sentent par­fois im­puis­santes face à ce phé­no­mène, elles nous ap­puient, mais on a l’im­pres­sion par­fois qu’elles ont les mains liées à cause des règles à suivre », ex­plique-t-elle.

L’en­sei­gnante croit éga­le­ment que les pa­rents des en­fants vio­lents doivent éga­le­ment faire leur bout de che­min.

Fi­na­le­ment, les der­nières sta­tis­tiques ren­dues pu­bliques à propos du dé­cro­chage sco­laire chez les gar­çons ont fait ja­ser et Claudia Har­vey a bien vou­lu don­ner son opi­nion. « Je pense qu’il est vrai que l’école n’est pas adap­tée aux gar­çons. Ils ne sont pas as­sez sti­mu­lés et les profs mas­cu­lins se font rares, par­ti­cu­liè­re­ment au pri­maire. La ma­jo­ri­té des profs sont de femmes. Et puis les gars ont be­soin de bou­ger. Ils aiment l’in­for­ma­tique, les jeux vi­déo, mais les bud­gets des écoles ne per­mettent pas de suivre la vogue », com­mente-t-elle.

Fi­na­le­ment, il est faux, se­lon elle, de pré­tendre que les en­sei­gnants bé­né­fi­cient de deux mois de va­cances par an­née. Ils ne ter­minent gé­né­ra­le­ment pas avant le dé­but de juillet et dès la mi-août, ils sont de re­tour au bou­lot. Et de plus, ils ne sont pas payés pen­dant cette pé­riode. Avis à ceux qui croient les profs mènent des vies de pa­cha. « De plus, si les en­sei­gnants sont payés pour 32 heures, en fin de compte, ils en font beau­coup plus », pré­cise Claudia Har­vey en conclu­sion.

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