En­tre­tien avec Phi­lippe Couillard

Voi­là un an et de­mi que Phi­lippe Couillard oc­cupe le fau­teuil de pre­mier mi­nistre du Qué­bec. Vi­si­ble­ment, il s'y sent plus à l'aise, pa­raît plus dé­ten­du et a mar­qué son ter­ri­toire.

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UNE PRO­FES­SION SANS MODE D'EM­PLOI

C’est une belle jour­née d'été et le soleil inonde l'édi­fice du Conseil exé­cu­tif, à un jet de pierre du Par­le­ment, où se dé­roule l’en­tre­tien du 30 juin der­nier. La Chambre fait re­lâche et il flotte un pe­tit air de va­cances par­mi ses col­la­bo­ra­teurs. « Oui, je suis très à l'aise, confie le pre­mier mi­nistre Couillard. C'est une pro­fes­sion sans mode d'em­ploi à l'ar­ri­vée; j'aime beau­coup le tra­vail. » En fai­sant son bi­lan de ses­sion, il avait men­tion­né être son cri­tique le plus dur. « Je suis im­pi­toyable à mon en­droit; il faut que je me parle. »

Qu'au­rait-il fait au­tre­ment ? « Amé­lio­rer ma fa­çon de com­mu­ni­quer, de trans­mettre le mes­sage... Je ne suis pas ex­tra­va­gant. » Ses conseillers font leur tra­vail, dit-il, mais c'est lui qui dé­cide s'il est bien aise avec une ap­proche ou un dis­cours. Il constate, avec la froi­deur du neurochirurgien, qu’il ne se­ra ja­mais un grand tri­bun. « Mais je m'amé­liore. Le se­cret, c'est de par­ler avec son coeur de­vant 2 000 per­sonnes. »

AUS­TÉ­RI­TÉ : 50 % DU CHE­MIN PAR­COU­RU

Le pre­mier mi­nistre Phi­lippe Couillard es­time que le Qué­bec a fait plus de 50 % du che­min pour re­dres­ser les fi­nances pu­bliques. « Il faut réa­li­ser l’ob­jec­tif sur le plan pra­ti­co-pra­tique et il faut éga­le­ment le main­te­nir par la suite. C'est pour ça que la to­ta­li­té du tra­vail n'a pas été ac­com­pli », fait va­loir le chef du gou­ver­ne­ment, qui pré­vient les Qué­bé­cois qu'ils ne sont pas au bout de leurs peines. « Il y au­ra tou­jours un ef­fort de ri­gueur bud­gé­taire à faire. On conti­nue d'aug­men­ter les dé­penses dans le sec­teur pu­blic, c'est le contraire de ce qu'on ap­pelle l'aus­té­ri­té en Eu­rope ac­tuel­le­ment. On n'a pas le choix. Re­gar­dez la dette du Qué­bec : on paie 30 mil­lions de dol­lars par jour d'in­té­rêt, un ser­vice de la dette de plus de 10 mil­liards de dol­lars par an­née. Si c'était de la dette uti­li­sée pour bâ­tir des in­fra­struc­tures, à la ri­gueur, on pour­rait dire que l’on a bien fait, qu’il fal­lait le faire, mais les deux tiers de cette dette sont at­tri­buables aux dé­fi­cits pas­sés, ce sont des an­nées où l’on se di­sait : c'est pas si grave que ça”. On voit le ré­sul­tat. »

Pour dé­ga­ger une marge de ma­noeuvre fi­nan­cière, dit-il, le Qué­bec n'au­ra pas d'autre ave­nue à em­prun­ter que de dé­pen­ser moins que ce qu'il gagne. Les cen­taines de mil­liers d'em­ployés de l'État cognent à la porte de leur em­ployeur et tentent de des­ser­rer l'étreinte du gou­ver­ne­ment sur les fi­nances. Phi­lippe Couillard de­meure op­ti­miste et sou­haite une en­tente né­go­ciée, mais il de­meure in­flexible quant aux ob­jec­tifs. « L'État doit être re­pen­sé. On a en­voyé le mes­sage aux syn­di­cats qu'on peut in­no­ver en rai­son de la dé­mo­gra­phie et des dé­parts à la re­traite. On peut faire les choses avec moins de gens. Je rap­pelle que le 1 % d'aug­men­ta­tion de sa­laire a été main­te­nu, de même que l'ef­fet d'éche­lon, qui touche 40 % des fonc­tion­naires. »

Deux ob­jec­tifs, mar­tèle-t-il, ne chan­ge­ront pas : des fi­nances en équi­libre et l'al­lé­ge­ment du far­deau fis­cal des contri­buables. « Si le prix d'une en­tente était de re­plon­ger le Qué­bec en dé­fi­cit ou de re­non­cer à al­lé­ger le far­deau des par­ti­cu­liers, ce ne se­rait pas une bonne en­tente pour le Qué­bec », tranche Phi­lippe Couillard.

Les agences de co­ta­tion ont main­te­nu der­niè­re­ment la cote de cré­dit du Qué­bec. Phi­lippe Couillard n'est pas sur­pris. « Ce sont des Tho­mas; ils at­tendent les ré­sul­tats. » Mais il sou­haite que le Qué­bec ob­tienne éven­tuel­le­ment une meilleure cote. Sans plas­tron­ner, le pre­mier mi­nistre croit que le Qué­bec pour­ra « échap­per à la mo­ro­si­té » éco­no­mique, alors que l'on parle de ré­ces­sion tech­nique, et ce, en rai­son de cer­tains fac­teurs : des taux d'in­té­rêt bas, une baisse du prix du pé­trole et un dol­lar ca­na­dien faible.

« Je suis im­pi­toyable à mon en­droit; il faut que je me parle. »

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