Dia­spo­ra : Ma­don­na

Prestige - - Sommaire - Ma­don­na lors de son spec­tacle à Qué­bec, sur les plaines d’Abra­ham, le 1er sep­tembre 2012.

Le 1er sep­tembre 2012, lorsque Ma­don­na est mon­tée sur la scène my­thique des Plaines, elle igno­rait sans doute qu’elle

chan­tait sur la terre de son an­cêtre, Abra­ham Mar­tin, de qui elle des­cend di­rec­te­ment.

Les ori­gines qué­bé­coises de la reine de la pop sont as­sez connues. Sa mère, Ma­don­na For­tin (1933-1963), est née à Bay Ci­ty, au Mi­chi­gan, tout comme son grand-père, Willard For­tin (1903-1959). Sa grand-mère, El­sie (Élise) For­tin, ve­nait de Stan­dish, le com­té voi­sin.

Faute d'avoir bien connu sa mère (elle avait 5 ans à sa mort), Louise Cic­cone était très près de sa grand-mère, morte en 2011, à l’âge de 99 ans. El­sie, comme toute la fa­mille For­tin, par­lait fran­çais à la mai­son; son père, Hen­ri (1867-1920), ve­nait de Sher­brooke, sa mère, Ma­rieLouise De­mers (1875-1929), était Fran­coOn­ta­rienne.

Ma­don­na est bien cons­ciente de ses ori­gines qué­bé­coises. Elle l’a dé­jà confes­sé, de fa­çon fort émou­vante, lors d'un spec­tacle au Fo­rum. « You know, I am French Ca­na­dian too ». Un « too » in­clu­sif ! Le cri de l’en­fant de la dia­spo­ra qui ve­nait de­man­der son ra­pa­trie­ment dans la fa­mille.

Alors que Cé­line Dion en­voie son RenéCharles (RC ou ar­si) à l'école amé­ri­caine – et qu’Ed­dy et Nel­son risquent de suivre le même che­min en Flo­ride –, Ma­don­na en­voie ses en­fants amé­ri­cains au ly­cée fran­çais. Elle suit même des cours de fran­çais pour pou­voir com­prendre ses en­fants lors­qu’ils parlent entre eux. « Mon fran­çais n'est pas très bon, mais suf­fi­sam­ment bon, a-t-elle confié au Sun de Londres. Tout le monde chez moi parle par­fai­te­ment fran­çais, sauf moi. Je com­prends de mieux en mieux

lors­qu'ils ne parlent pas de leurs de­voirs. Main­te­nant, j'ar­rive à com­prendre cer­taines pe­tites choses et je leur de­mande “Qu'as-tu dit ?” Je connais les gros mots né­ces­saires; donc, ils n'ont qu'à bien se te­nir ! » Du Perche au Mi­chi­gan

Julien For­tin dit Bel­le­fon­taine (16211690 ?) ar­rive à Qué­bec en 1650 après une tra­ver­sée éprou­vante de trois longs mois. Il a été re­cru­té dans son Perche na­tal par Robert Gif­fard, qui a be­soin de bras pour développer sa sei­gneu­rie de Beau­port. La fon­taine d'eau, c'est la plom­be­rie, l'aque­duc du 17e siècle. C'est ce qui nous vient en tête en pre­mier en pen­sant à Bel­le­fon­taine. Or, il semble que le sur­nom ré­fé­re­rait plu­tôt à l'ar­gent que For­tin avait de « col­lé » et qu'il pou­vait sor­tir comme une fon­taine d'eau qui coule sans fin. Nos an­cêtres ne man­quaient pas de poé­sie…

À l’au­tomne 1652, Julien épouse Ge­ne­viève Ga­mache dit La­marre, une Beau­ce­ronne (fran­çaise) de 17 ans, qui lui don­ne­ra 12 en­fants. Charles For­tin (1656-1735), le fils aî­né, pren­dra Xaintes Cloutier comme épouse, fille de Marie Mar­tin et pe­tite-fille d’Abra­ham Mar­tin. Ce ma­riage, cé­lé­bré en 1681, fait de Ma­don­na la des­cen­dante di­recte du pre­mier pro­prio des Plaines du maire La­beaume. Louis, le fils de Charles, tra­verse le fleuve et va s’éta­blir à CapSaint-Ignace. Les gé­né­ra­tions sui­vantes de For­tin des­cendent le fleuve : L’Is­let, Saint-Jean-Port-Jo­li, Saint-Simon.

À la fin du 19e, Nar­cisse (1860-1903), ar­rière-ar­rière-pe­tit-fils de Louis, part de Saint-Simon pour les États-Unis. Il ne va pas en Nou­velle-An­gle­terre, comme tant de Qué­bé­cois à l’époque, mais dans la baie de Sa­gi­naw, au Mi­chi­gan, où les Qué­bé­cois sont aus­si fort nom­breux. Le jour­na­liste Té­les­phore Saint-Pierre (1869-1912), pas­sion­né de la cause fran­co-amé­ri­caine, éva­lue à 140 000 la po­pu­la­tion ca­na­dienne-fran­çaise ou d’ori­gine ca­na­dienne-fran­çaise dans le Mi­chi­gan, en 1890. C’est presque le triple de la po­pu­la­tion de la ville de Qué­bec. Dès 1835, soit 200 ans avant que le Mi­chi­gan ne de­vienne un État amé­ri­cain, Jo­seph et Ma­der Trom­bley, cou­reurs des bois, s’étaient éta­blis à Lo­wer Sa­gi­naw, au sud du lac Hu­ron. Ils avaient ac­quis plus de 400 acres de terre, ren­dant pos­sible l’ins­tal­la­tion des pre­miers co­lons ca­na­diens-fran­çais. Sa­gi­naw était un centre ma­jeur de coupe de bois; les Qué­bé­cois y tra­vaillaient dans les chan­tiers en hi­ver et dans les scie­ries en été. C’est comme ça que Nar­cisse a com­men­cé sa car­rière amé­ri­caine.

En 1891, il épouse Rose Lajoie (18691921), une Fran­co-Amé­ri­caine née à Bay Ci­ty (son père, Charles Lajoie, ve­nait de Mas­ki­non­gé), une pe­tite ville du Mi­chi­gan – qui compte au­jourd'hui 36 000 ha­bi­tants – si­tuée sur la baie de Sa­gi­naw, à 200 ki­lo­mètres au nord de De­troit. En 1929, leur fils, Willard For­tin (1904-1959), épouse El­sie For­tin, fille d’Hen­ri de Sher­brooke qui des­cen­dait, lui aus­si, de Charles For­tin et de Xaintes Cloutier. Donc, d’Abra­ham Mar­tin.

Les deux ar­rière-grands-pères For­tin de la reine de la pop étaient bel et bien qué­bé­cois de nais­sance. Et des­cen­daient di­rec­te­ment du pre­mier pro­prio des Plaines.

La fille de Saint-Roch

Lorsque Ma­don­na mon­te­ra sur la scène du nou­veau Centre Vi­déo­tron, elle chan­te­ra à moins d'un mille de l'église où ses ar­rière-ar­rière-ar­rière-grands-pa­rents

se sont ma­riés en 1840. El­sie For­tin, fille d’Hen­ri, était la pe­tite-fille de Na­zaire

« Hen­ry » For­tin (1843-1900) et d'Émi­lie Da­niel (1845-1906). Le couple, qui s'était ma­rié à Sher­brooke en 1865, est mort au Mi­chi­gan.

Na­zaire était le fils de Fran­çois (18101852), le pe­tit-fils de Jo­seph For­tin et de Ge­ne­viève For­tin de Cap-SaintI­gnace. For­tin avec For­tin, la for­ti­tude, dit Ma­don­na. Le couple s'est éta­bli à l’Île-aux-Grues. Le 27 oc­tobre 1840, Fran­çois For­tin a épou­sé Vic­toire Blier (1814-1865) à l'église Saint-Roch de Qué­bec. Le re­gistre de la pa­roisse nous ap­prend que les deux tour­te­reaux ne peuvent si­gner leur nom. Fran­çois était me­nui­sier, « scieur de long » à sa mort, en 1852. À l'époque, on fa­bri­quait, le long de la ri­vière Saint-Charles, les plus gros voi­liers du monde. Une dou­zaine de chan­tiers s'éta­laient du car­ré Pa­rent au pont de Sta­da­co­na, ap­pe­lé aus­si le pont Bi­ckell. Les ou­vriers ha­bi­taient la pa­roisse Saint-Roch, lar­ge­ment fran­co­phone, qui cou­vrait toute la bas­se­ville, pen­dant que les An­glos et les bour­geois ré­gnaient ma­jo­ri­tai­re­ment sur la haute-ville.

Non seule­ment la Ma­done de Bay Ci­ty des­cend du plus cé­lèbre pro­prié­taire ter­rien de la haute-ville, mais elle des­cend aus­si d'une hon­nête fa­mille de tra­vailleurs de la basse-ville. Une fille de Saint-Roch, en somme, qui se­ra bien chez elle dans le nou­veau temple li­mou­lois, le 21 sep­tembre pro­chain.

Source : Fa­ce­book - Ma­don­na

Chronique de Jacques no ël

Lorsque Ma­don­na mon­te­ra sur la scène du nou­veau Centre Vi­déo­tron, elle chan­te­ra à moins d'un mille de l'église Saint-Roch, où ses ar­rière-ar­rière-ar­rière-grands-pa­rents se sont ma­riés en 1840. Source : his­toi­reur­baine.word­press.com – Photo prise vers 1925

Une photo d'El­sie For­tin, la grand-mère de Ma­don­na, ain­si que de sa mai­son à Bay Ci­ty. Source : An­drew Dod­son | Booth Mid-Mi­chi­gan

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