Es­sai rou­tier de la Vol­vo XC90

Vol­vo XC90

Prestige - - Sommaire - Chro­nique de Fré­dé­ric Masse

Le moins que l'on puisse dire, c'est que Vol­vo était dû. Son VUS XC90 da­tait de 2002 ! Un pan d'his­toire, que dis-je, une éter­ni­té dans le monde au­to­mo­bile ! Le construc­teur, main­te­nant fort d'un ap­pui fi­nan­cier de la com­pa­gnie chi­noise Gee­ly, a donc mis les bouchées doubles pour rat­tra­per le temps per­du. Ré­sul­tat ? Le nou­veau XC90 a été élu le ca­mion nord-amé­ri­cain de l'an­née

par l'As­so­cia­tion des jour­na­listes au­to­mo­biles du Ca­na­da et le cé­lèbre Mo­tor Trend. Im­pres­sion­nant, certes. Simple at­trait de la

nou­veau­té ou vé­ri­table coup de cir­cuit ?

So­lide comme le roc

Pas fa­cile pour Vol­vo de se dis­tin­guer de la masse en rai­son de la taille très mo­deste de son or­ga­ni­sa­tion. En ef­fet, le coût de dé­ve­lop­pe­ment d'une seule pla­te­forme est pro­hi­bi­tif. À preuve, la concep­tion et l’éla­bo­ra­tion du XC90 ont né­ces­si­té à elles seules un in­ves­tis­se­ment de près d’un mil­liard de dol­lars ! En fait, la der­nière vé­ri­table pla­te­forme du construc­teur re­mon­tait à plus de deux dé­cen­nies, ça vous donne une idée. Cette nou­velle ar­chi­tec­ture, sa­vam­ment dé­ve­lop­pée, pos­sède de brillants at­tri­buts — comme une sus­pen­sion no­va­trice — qui lui per­met­tront d'être uti­li­sée sur tous ses mo­dèles à ve­nir.

Le XC90 se veut donc la pre­mière vraie Vol­vo si­gnée Gee­ly. Ce mo­dèle tein­te­ra in­évi­ta­ble­ment la per­cep­tion des pro­duits à ve­nir et in­fluen­ce­ra l'ave­nir en­tier de la com­pa­gnie. Vi­si­ble­ment, le construc­teur était aus­si conscient de cette réa­li­té. Il n'a donc rien pris à la lé­gère et pro­pose ici un vé­hi­cule pen­sé dif­fé­rem­ment. L’ex­pé­rience com­mence par sa clé, qui offre des bou­tons la­té­raux plu­tôt que sur le des­sus afin d’évi­ter de les ac­cro­cher en mar­chant ou sim­ple­ment en la ma­ni­pu­lant. Un de­si­gn simple et in­tel­li­gent.

Puis le mo­teur. Un 8 cy­lindres ? Pas ques­tion. Un 10 ? En­core moins. Pour un vé­hi­cule pe­sant plus de 4 000 livres, un mi­ni­mum de 6 cy­clindres est re­quis... Eh non ! Le nou­veau XC se meut grâce à un mo­teur de quatre cy­lindres… Vous avez bien lu. Cette mo­to­ri­sa­tion est do­tée d'un bon gros tur­bo et d'un com­pres­seur per­met­tant d'évi­ter tout dé­lai lors­qu'on le sol­li­cite. C'est ma­gique, in­tel­li­gent, am­ple­ment puis­sant, et ça per­met de dé­ve­lop­per la ba­ga­telle de

316 che­vaux et 295 livres-pied de couple. Et la consom­ma­tion d’es­sence ? En plein hi­ver, à moins 16, j'ai main­te­nu une moyenne sous les 10 litres aux 100 km, en ville. Là en­core, im­pres­sion­nant ! Pour­quoi au­cun construc­teur ne l'avait fait au­pa­ra­vant ? La fin (pour ne pas dire la « faim », dans le cas de Vol­vo) jus­ti­fie sou­vent les moyens. C’est par­fait.

Une trans­mis­sion à huit rap­ports ac­com­pagne cette mé­ca­nique no­va­trice ca­pable de per­for­mances plus qu'adé­quates. Et puisque le couple est gé­né­ré à bas ré­gime, l'ha­bi­tacle reste si­len­cieux pra­ti­que­ment tout le temps. Nul be­soin de faire gé­mir le mo­teur pour ob­te­nir un bon punch : en­core une fois, c'est in­tel­li­gent et dif­fé­rent. Une

ver­sion en­fi­chable — que je n'ai pas es­sayée — est éga­le­ment of­ferte. Cel­le­ci per­met­trait de rou­ler plus de 40 km uni­que­ment en mode élec­trique, ce qui contri­bue­ra à ré­duire en­core da­van­tage la consom­ma­tion moyenne d’es­sence.

La trac­tion in­té­grale est of­ferte de sé­rie. L'adhé­rence aus­si. C'est d'ailleurs l’un des points qui m'a le plus im­pres­sion­né. Non, la Vol­vo n'est un pas un vé­hi­cule qui im­plique, comme le fait la X5 ou la Porsche Cayenne… et c’est tant mieux. On se bat ailleurs, en of­frant une

conduite éner­gique (pas en­nuyante pour un sou), mais tout de même pas spor­tive. Un type de conduite qui plai­ra à la grande ma­jo­ri­té. Ma sus­pen­sion — une pneu­ma­tique of­ferte en op­tion — se vou­lait ferme, sans exa­gé­ra­tion. J'adore. Le vo­lant n'offre pas le plus grand des feed­backs, mais pro­pose un usage quo­ti­dien agréable. C’est un peu comme si Vol­vo en avait fait un vé­hi­cule pré­cis, sans de­man­der d’ef­fort lors de la conduite. Bien fait.

L'ha­bi­tacle du XC90 est tout aus­si re­mar­quable : spa­cieux et MA­GNI­FIQUE. Fi­dèle à la ré­pu­ta­tion de la marque, les sièges, peu im­porte où vous se­rez as­sis, sont beaux et confor­tables. Même la troi­sième ran­gée par­vient à ac­com­mo­der des adultes : une fi­gure d'ex­cep­tion dans la ca­té­go­rie. Le

de­si­gn a aus­si été pous­sé plus loin.

Le sys­tème de contrôle des

in­ter­ac­tions — ap­pe­lé Sen­sus, qui se veut l'équi­valent d'un gros iPad — est in­tui­tif et simple. Il y a certes quelques pe­tits ap­pren­tis­sages à faire, mais le sys­tème est l’un des meilleurs, voire le meilleur, que j'ai es­sayé à ce jour. Au­cun ra­len­tis­se­ment. On trouve fa­ci­le­ment les ré­glages, l’in­ter­face est ma­gni­fique. Marc En­gel­len, le pré­sident de Vol­vo Ca­na­da, ne m'avait pas men­ti lors de l’en­tre­vue qu’il m’avait ac­cor­dée : le tra­vail ef­fec­tué dans l'ha­bi­tacle est tout sim­ple­ment ahu­ris­sant et novateur. Le XC90 re­cèle bien quelques dé­fauts, mais ceux-ci sont as­sez mi­neurs. Par exemple, j’ai trou­vé que les in­ter­rup­teurs de fe­nêtres fai­saient un peu bon mar­ché. Il y a aus­si cette qua­si-ab­sence de prises USB. Une seule pour sept pas­sa­gers ! Il va fal­loir m'ex­pli­quer cette in­con­grui­té dans un vé­hi­cule si tech­no. Vi­si­ble­ment, soit les Sué­dois ont ter­ri­ble­ment bien ca­ché ces prises, soit ils in­ter­disent à leurs en­fants de jouer avec leur ta­blette à l'in­té­rieur du vé­hi­cule. J’ai aus­si consta­té que le fi­ni de la clé se désa­grège ra­pi­de­ment et que les poi­gnées de portes s’étirent un peu trop. Mais hon­nê­te­ment… il s'agit là d'er­reurs de jeu­nesse, fa­ci­le­ment cor­ri­gibles. On ne peut faire d’ome­lette (sur­tout si elle est nou­velle) sans cas­ser des oeufs.

Le XC90 oc­cupe donc une place de choix dans cette ca­té­go­rie ul­tra com­pé­ti­tive. Il est dif­fé­rent, in­no­vant, in­tel­li­gent, bien conçu. Grâce à ce VUS de luxe, l’un des plus im­pres­sion­nants et dif­fé­rents que j’ai eu la chance de conduire dans ma car­rière, Vol­vo entre de nou­veau par la grande porte. De plus, son prix de base ( 61 300 $) est tout à fait dans le coup. Si cette réus­site est le pré­sage des vé­hi­cules de de­main, at­ten­dez-vous à voir beau­coup de Vol­vo sur les routes ! Bra jobb ! Ce qui si­gni­fie, se­lon Google Trans­la­tor, « bon tra­vail » en sué­dois.

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