Une vie cho­ré­gra­phiée

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Telle une plume bal­lot­tée par le vent, Ma­rie-Pierre Le­vesque s’ac­tive entre la Suisse, la France et son Qué­bec na­tal. Son pre­mier sé­jour eu­ro­péen s’est ef­fec­tué en Suisse, en 1996, dans le cadre d’un ju­me­lage de for­ma­tion alors qu’elle tra­vaillait au mi­nis­tère de la Sé­cu­ri­té du re­ve­nu, dans la fonc­tion pu­blique qué­bé­coise. Par­tie y ex­pli­quer le sa­voir-faire qué­bé­cois en ma­tière de dé­ve­lop­pe­ment de ges­tion­naires, elle a été sol­li­ci­tée à un point tel qu’elle a dé­ci­dé de s’y éta­blir pour y tra­vailler à son compte. Et c’est ain­si que s’est amor­cée une al­ter­nance in­ter­con­ti­nen­tale.

Au dé­but, son fils Oli­vier, 8 ans, fai­sait par­tie de l’aven­ture. Ins­crip­tion à l’école et re­cherche de nou­veaux amis pen­dant que maman s’ac­ti­vait sur deux fronts : bâ­tir une offre de for­ma­tion adap­tée aux be­soins des ges­tion­naires lo­caux et dé­mar­cher sa fu­ture clien­tèle. Au bout d’un an dé­jà, le tra­vail por­tait fruit, Ma­rie-Pierre avait un car­net bien rem­pli, mais fis­ton, heu­reux de son aven­ture d’une an­née, dé­ci­da tout de même de ren­trer au Qué­bec, où vi­vait son pa­pa.

De­puis, la vie de Ma­rie-Pierre est un per­pé­tuel mou­ve­ment sou­te­nu par son éner­gie dé­bor­dante et la fas­ci­na­tion qu’elle éprouve pour son mé­tier… que dis-je, sa mis­sion ! Dès les pre­mières for­ma­tions qu’elle donne dans les can­tons de Suisse romande (Ge­nève, Vaud, Neu­châ­tel), l’au­di­toire est cap­ti­vé par son ap­proche nor­da­mé­ri­caine, à la fois prag­ma­tique et vi­vante. Son ex­per­tise est ra­pi­de­ment re­con­nue et les de­mandes se mettent à af­fluer du pays fron­ta­lier. Qu’à ce­la ne tienne, la voi­là par­tie pro­fes­ser à Pa­ris, à Bor­deaux, à Lille, à Nantes ou à Mar­seille… mais pas que là ! Il y a des in­su­laires en France, des Corses, par­di ! Et des ter­ri­toires d’outre-mer, comme l’île de la Réunion. « J’y suis al­lée trois fois cette an­née, ça a été un im­mense coup de coeur », dit-elle.

Lorsque je lui de­mande com­ment est per­çue la di­plô­mée de l’Uni­ver­si­té La­val (maî­trise en tech­no­lo­gie édu­ca­tive) qui vient en­sei­gner en Eu­rope, elle me ré­pond que « le pré­ju­gé fa­vo­rable dont bé­né­fi­cient les Qué­bé­cois en gé­né­ral me pré­cède ». Et elle ne parle pas de l’ac­cent, ni de notre ou­ver­ture aux autres ou de notre bonne hu­meur lé­gen­daire. Elle parle bien de l’ap­proche pé­da­go­gique des Fran­çais d’Amé­rique et de leur en­viable ex­pé­rience en ma­tière de ma­na­ge­ment et de ges­tion des res­sources hu­maines; le Qué­bec semble y avoir dé­ve­lop­pé une ex­per­tise qui dé­passe les fron­tières. Grand bien nous fasse !

En per­pé­tuel mou­ve­ment

Ma­rie-Pierre vit main­te­nant à Neu­châ­tel, dans le Can­ton du même nom, au­tour du lac du même nom. Une ré­gion d’au­tant plus ma­gni­fique qu’elle niche entre mon­tagnes et lac dans le­quel on peut ai­sé­ment se bai­gner plu­sieurs mois par an­née. Bref, « j’ai l’im­pres­sion de vivre au centre d’une carte pos­tale », lance-t-elle. Elle a noué de so­lides re­la­tions ami­cales et par­tage ses mo­ments libres entre ex­cur­sions en mon­tagne, course à pied au bord de l’eau et ski dans les Alpes.

En fait, de vivre sur deux conti­nents, Ma­rie-Pierre Le­vesque n’en re­tire que dé­cou­vertes en­ivrantes et épa­nouis­se­ment per­son­nel. « De chaque en­droit, je garde des images su­blimes des pay­sages somp­tueux que j’ai par­cou­rus et je conserve en mé­moire l’en­ri­chis­se­ment ac­quis au­près de gens char­mants aux cultures dif­fé­rentes. » En re­vanche, cer­taines per­sonnes, par­ti­cu­liè­re­ment de la gé­né­ra­tion pré­cé­dente, lui ont dit ne pas bien com­prendre le mode de vie qu’elle avait choi­si. Mais, dit-elle, « je me sou­viens avec beau­coup de ten­dresse d’un oncle cher, Ro­saire, qui m’a dit un jour ne m’avoir com­prise qu’après une éclai­rante lec­ture de l’es­sayiste Jacques At­ta­li, qui ex­pli­quait que ces nou­veaux modes de vie au­gu­raient de l’or­ga­ni­sa­tion so­ciale de de­main ».

Ce coeur qui bat au rythme du quar­tier Saint-Jean-Bap­tiste

Connais­sant les risques de cette vie en per­pé­tuel dé­pla­ce­ment, Ma­rie-Pierre tient à re­tour­ner, chaque tri­mestre et un mois pen­dant la sai­son es­ti­vale, dans son quar­tier na­tal de Saint-Jean Bap­tiste, à Qué­bec, où elle ré­nove la mai­son ac­quise il y a quelques an­nées. « Je sou­haite que cette de­meure soit le havre où je re­trouve mon fils et ma soeur à cha­cune de mes vi­sites et où tous nos amis sont les bien­ve­nus. C’est notre point de ral­lie­ment ! » La Qué­bé­coise de coeur pré­cise qu’elle cultive aus­si du mieux qu’elle peut ses amitiés qué­bé­coises, les ju­geant d’au­tant plus pré­cieuses main­te­nant qu’elles sont épi­so­diques. En­fin, la dis­tance qui la sé­pare du Qué­bec l’amène sur­tout à avoir un re­gard bien­veillant sur les charmes de son pays d’ori­gine, son pa­tri­moine, son art de vivre, sa di­ver­si­té cultu­relle et ses ha­bi­tants at­ta­chants. Et je com­prends dans ses pro­pos que, bien que l’on quitte son pays, on ne l’aban­donne ja­mais !

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