Coût du pro­lon­ge­ment de la ligne bleue : la STM ré­pond aux cri­tiques

Progrès Saint-Leonard - - ACTUALITÉS - MA­THIAS MAR­CHAL

De­puis que les es­ti­ma­tions du coût des tra­vaux – 3,9G$ pour cinq sta­tions – ont été dé­voi­lées le mois der­nier, plu­sieurs ont sou­li­gné que la fac­ture pour le pro­lon­ge­ment de la ligne bleu est bien plus éle­vée que celle du pro­lon­ge­ment de la ligne orange réa­li­sé il y a dix ans. Cette dif­fé­rence s’ex­plique par de nou­velles règles comp­tables et par la com­plexi­té du pro­jet, avance la So­cié­té de trans­port de Mon­tréal (STM).

L’an­cien élu Ri­chard Ber­ge­ron a no­tam­ment sou­li­gné que le coût au ki­lo­mètre est quatre fois plus éle­vé pour le pro­lon­ge­ment de la ligne bleue (672M$ par ki­lo­mètre) que pour ce­lui pour la ligne orange vers La­val (en­vi­ron 170 M$ par ki­lo­mètre, in­fla­tion in­cluse).

« Je soup­çonne qu’avec le pro­lon­ge­ment de la ligne bleue du mé­tro, nous sommes en pré­sence d’un dé­lire d’in­gé­nieurs trop heu­reux d’avoir fait sau­ter la banque. Comme ce­la fait plus de 30 ans que les Mon­tréa­lais at­tendent ce pro­lon­ge­ment, per­sonne n’ose dis­cu­ter les chiffres avan­cés», a-t-il écrit dans une lettre ou­verte pu­bliée sur LaP­resse+, en de­man­dant une comp­ta­bi­li­té dé­taillée per­met­tant d’y voir plus clair.

LA STM S’EX­PLIQUE

C’est ce que s’est pro­po­sé de faire Fran­çois Cham­ber­land, di­rec­teur exé­cu­tif de l’in­gé­nie­rie, des infrastructures et des pro­jets ma­jeurs à la STM, lors d’une ré­cente séance de bref­fage tech­nique. S’il convient que le pro­lon­ge­ment vers La­val a coû­té moins cher (751 M$), il pré­cise que réa­li­ser le même pro­jet au­tour de 2024 coû­te­rait 293 M$ de plus à cause de l’in­fla­tion.

Ce n’est pas tout. «À La­val, on a sur­tout construit sur des ter­rains va­cants alors que pour An­jou, on tra­vaille dans un sec­teur à haute den­si­té com­mer­ciale. Alors, on a pré­vu 361M$ de plus pour les ex­pro­pria­tions », a-t-il ajou­té. Sur les 45 ter­rains ou im­meubles à ex­pro­prier, 24 ap­par­tiennent à des pro­prié­taires pri­vés.

Il y a en outre un tun­nel pié­ton­nier de 69 M$ à construire sous le bou­le­vard Pie-IX pour re­joindre l’un des ar­rêts du fu­tur sys­tème ra­pide par bus, qui doit être mis en ser­vice en 2022, si le conseil des mi­nistres au­to­rise le plan d’af­faires.

Sans comp­ter que de­puis le pro­lon­ge­ment de la ligne orange sur l’île Jé­sus, les règles comp­tables en­tou­rant les grands pro­jets doivent dé­sor­mais en­glo­ber les coûts com­plets et pas uni­que­ment les coûts di­rects. « Rien que pour les frais fi­nan­ciers sur les em­prunts, ce sont 617 M$ qui sont comp­ta­bi­li­sés pour la ligne bleue, alors que pour le pro­lon­ge­ment de la ligne orange, ils ont été comp­ta­bi­li­sés à part par le gou­ver­ne­ment », a men­tion­né M. Cham­ber­land.

Par­mi les as­pects tech­niques, le pro­lon­ge­ment vers An­jou compte deux sta­tions in­ter­mo­dales (contre une seule à La­val), plus d’édi­cules se­con­daires (+93M$), un ga­rage plus grand (+257 M$), un centre d’at­ta­che­ment des trains qui n’était pas né­ces­saire à La­val (+112 M$) et des contraintes tech­niques liées aux tra­vaux en mi­lieu ur­bain (+89 M$).

La STM a aus­si pro­vi­sion­né 403 M$ pour faire face à cer­tains risques, tels que des ter­rains plus conta­mi­nés que pré­vu ou des re­tards liés aux ex­pro­pria­tions. Une marge de 344 M$ a aus­si été bud­gé­tée pour avoir une marge de ma­noeuvre se­lon le choix du mode de réa­li­sa­tion.

TROP CHER POUR TROP PEU D’AVAN­TAGES

S’il ac­cueille po­si­ti­ve­ment les ex­pli­ca­tions de la STM, Ri­chard Ber­ge­ron s’in­ter­roge. « À ma connais­sance, c’est la pre­mière fois qu’on in­voque dans des cal­culs le coût fi­nan­cier des em­prunts. À ce mo­ment-là, com­bien a coû­té le pont Cham­plain ou l’échan­geur Tur­cot ? », s’in­ter­roge-t-il.

M.Ber­ge­ron main­tient que ces 3,9 G$ rap­por­te­ront bien peu en terme d’ac­crois­se­ment de l’acha­lan­dage et que pour une somme équi­va­lente, on pour­rait ob­te­nir plus de 65km d’un sys­tème tram-train comme à Ot­ta­wa ou To­ron­to, et qui per­met­trait de re­lier au moins six quar­tiers au ré­seau de mé­tro.

Une opi­nion par­ta­gée par l’ana­lyste en trans­port Ré­jean Benoit. Se­lon lui, les cer­tains coûts, no­tam­ment ceux liés aux risques et au mode de concep­tion, sont très éle­vés et dé­montrent qu’il est « in­sen­sé de dé­pen­ser 3,9G$ pour cinq pe­tites sta­tions hors du centre-ville ». Il sou­ligne qu’un pro­jet de tramway de 23km tel que ce­lui de Qué­bec coûte en com­pa­rai­son deux fois moins cher alors qu’il est quatre fois plus long.

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À La­val, on a sur­tout construit sur

ter­rains va­cants alors que pour An­jou, on tra­vaille dans un sec­teur à haute den­si­té com­mer­ciale. »

Fran­çois Cham­ber­land, So­cié­té de trans­port de Mon­tréal

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