Gly­pho­sate, la fin d’un règne?

LES HER­BI­CIDES À BASE DE GLY­PHO­SATE SONT LES PLUS VEN­DUS AU MONDE. MAIS LES DOUTES QUANT À LEUR IN­NO­CUI­TÉ SE MUL­TI­PLIENT. AU-DE­LÀ DU DÉ­BAT D’EX­PERTS, UNE CHOSE EST SÛRE : LE RÈGNE DU GLY­PHO­SATE EST ÉBRANLÉ.

Québec Science - - Sommaire - PAR NI­CO­LAS MESLY ET MA­RINE CORNIOU

Les her­bi­cides à base de gly­pho­sate sont les plus ven­dus au monde. Mais les doutes quant à leur in­no­cui­té se mul­ti­plient.

C ’est l’his­toire d’une polémique qui n’en fi­nit pas d’en­fler, et qui pour­rait se ré­su­mer en une ques­tion: nd faut-il ou non in­ter­dire le gly­pho­sate, l’herbicide le plus uti­li­sé au monde?

Son nom ne vous dit peut-être rien mais, en agri­cul­ture, im­pos­sible d’échap­per à cette mo­lé­cule qui entre dans la com­po­si­tion du fa­meux Roundup du géant de l’agro­chi­mie Mon­san­to et de près de 750 autres pro­duits com­mer­cia­li­sés par une cen­taine de fa­bri­cants dans plus de 130 pays.

De­puis son lan­ce­ment sur le mar­ché en 1974, l’uti­li­sa­tion du gly­pho­sate est pas­sée de 3 200 tonnes par an dans le monde à plus de 800 000 tonnes. Ja­mais, jus­qu’à ce jour, l’hu­ma­ni­té n’a comp­té à ce point sur une seule mo­lé­cule pour sa pro­duc­tion ali­men­taire.

Seule­ment voi­là, des scien­ti­fiques et des ac­ti­vistes en­vi­ron­ne­men­taux le soup­çonnent d’être cancérigène et per­tur­ba­teur en­do­cri­nien; d’autres, des in­dus­triels sur­tout, le dé­fendent bec et ongles, cla­mant son in­no­cui­té. Prises au mi­lieu, les au­to­ri­tés de san­té des dif­fé­rents pays peinent à choi­sir leur camp. Faut-il le ré­gle­men­ter plus stric­te­ment? Ou car­ré­ment l’in­ter­dire?

En avril der­nier, San­té Ca­na­da a tran­ché. Elle a été la pre­mière agence ré­gle­men­taire des pays in­dus­tria­li­sés à re­nou­ve­ler l’uti­li­sa­tion du gly­pho­sate, ju­geant « qu’il est peu pro­bable que le gly­pho­sate pré­sente un risque de can­cer chez les hu­mains ».

Cette bé­né­dic­tion a fait ré­agir plu­sieurs groupes en­vi­ron­ne­men­taux, dont la fon­da­tion Da­vid Su­zu­ki et Équi­terre, qui ont sou­li­gné les « in­quié­tudes in­ter­na­tio­nales au ni­veau de risques pour la san­té et l’en­vi­ron­ne­ment » et af­fir­mé que San­té Ca­na­da avait « omis des preuves scien­ti­fiques cré­dibles dans sa ré­éva­lua­tion du pes­ti­cide ».

UNE VÉ­RI­TABLE SAGA

Pour mieux com­prendre la polémique, un pe­tit re­tour en ar­rière s’im­pose. En mars 2015, alors que les prin­ci­pales agences de ré­gle­men­ta­tion de l’Union eu­ro­péenne s’ap­prêtent à au­to­ri­ser à nou­veau l’uti­li­sa­tion du gly­pho­sate dans les champs des 28 pays membres, le Centre in­ter­na­tio­nal de re­cherche sur le can­cer (CIRC), lié à l’Or­ga­ni­sa­tion mon­diale de la san­té (OMS), conclut que « le gly­pho­sate est une cause pro­bable de can­cer chez l’hu­main ». Le dé­bat est lan­cé.

Presque un an plus tard, une autre étude de l’OMS et de l’Or­ga­ni­sa­tion des Na­tions unies pour l’ali­men­ta­tion (FAO) conclut le contraire : « Il est peu pro­bable que le gly­pho­sate pro­voque un risque can­cé­ro­gène chez les hu­mains qui y se­raient ex­po­sés par l’ali­men­ta­tion. » Même son de cloche à l’Agence eu­ro­péenne des pro­duits chi­miques (ECHA) qui a re­fu­sé, en mars der­nier, de clas­ser le pro­duit comme cancérigène. Si bien que la Com­mis­sion eu­ro­péenne a dé­ci­dé, le 16 mai, de lan­cer la pro­cé­dure vi­sant à au­to­ri­ser de nou­veau l’herbicide pour 10 ans, pro­vo­quant une le­vée de bou­cliers dans la so­cié­té ci­vile et par­mi les ONG.

Aux États-Unis, l’État de Ca­li­for­nie a an­non­cé en juin der­nier qu’il ajou­te­ra le gly­pho­sate à sa liste des élé­ments po­ten­tiel­le­ment can­cé­ri­gènes. Ce­pen­dant, sur la scène fé­dé­rale, l’Agence de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment (EPA), res­pon­sable de la ré­éva­lua­tion de l’ho­mo­lo­ga­tion du gly­pho­sate, de­meure en ré­flexion, bien qu’elle ait conclu que la mo­lé­cule n’est pas « une cause pro­bable de can­cer ». Les membres du co­mi­té scien­ti­fique

de l’EPA sont di­vi­sés de­puis la pa­ru­tion de la conclu­sion contraire du CIRC. Ils ont de­man­dé un dé­lai en oc­tobre 2016 et re­mis leur rap­port en mars 2017, sans ar­ri­ver à dé­ci­der si oui ou non le gly­pho­sate est une cause pro­bable de can­cer. Ce ver­dict est d’au­tant plus at­ten­du que l’agence est plon­gée dans un scan­dale de col­lu­sion avec Mon­san­to qui au­rait fa­ci­li­té l’ap­pro­ba­tion de la mo­lé­cule et mi­ni­mi­sé ses risques (se­lon des preuves pré­sen­tées en cour dans le cadre d’un re­cours col­lec­tif in­ten­té aux États-Unis contre Mon­san­to).

BA­TAILLE D’EX­PERTS

Les grandes en­tre­prises agro­chi­miques mènent la guerre aux don­nées scien­ti­fiques.

On l’au­ra com­pris, le de­gré de toxi­ci­té des pes­ti­cides, Roundup en tête, ne fait pas consen­sus dans la com­mu­nau­té scien­ti­fique. D’abord, parce qu’il n’est ja­mais simple d’éva­luer l’ef­fet d’une mo­lé­cule, quelle qu’elle soit, lors­qu’on y est ex­po­sé à pe­tite dose sur le long terme. « La rai­son pour la­quelle il y a des di­ver­gences entre les ins­ti­tu­tions, c’est que les études ne suivent pas toutes le même pro­to­cole. Le CIRC a uti­li­sé de hautes doses de gly­pho­sate chez les sou­ris dans des condi­tions par­ti­cu­lières. Mais les hu­mains ne sont ja­mais sou­mis à de telles doses ! » dit Ariel Fens­ter, pro­fes­seur de chi­mie à l’Uni­ver­si­té McGill, à Montréal.

En­suite, dans le cas du gly­pho­sate, les grandes agences ré­gle­men­taires ont ten­dance à n’étu­dier que l’in­gré­dient ac­tif, le gly­pho­sate, pour rendre leur dé­ci­sion. Le hic ? Les for­mules com­mer­ciales contiennent un mé­lange de dif­fé­rents pro­duits dont on ne connaît pas clai­re­ment les ef­fets sur la san­té et sur l’en­vi­ron­ne­ment. « Ces “co­for­mu­la­tions” peuvent être jus­qu’à 1000 fois plus toxiques que le gly­pho­sate seul », in­dique Louise Van­de­lac, pro­fes­seure au dé­par­te­ment de so­cio­lo­gie et à l’Ins­ti­tut des sciences de l’en­vi­ron­ne­ment de l’Uni­ver­si­té du Qué­bec à Montréal.

Dans son avis, le CIRC a d’ailleurs pris en consi­dé­ra­tion des études épi­dé­mio­lo­giques me­nées au­près d’agri­cul­teurs qui ne sont ja­mais ex­po­sés au gly­pho­sate seul, et des études chez les ani­maux, com­pa­rant le gly­pho­sa­tend seul aux for­mu­la­tions com­mer­ciales.

Ce­la étant dit, « le gly­pho­sate est toxique mais a be­soin des ad­ju­vants pour pé­né­trer les cel­lules des plantes ef­fi­ca­ce­ment. On ne sait pas si la toxi­ci­té ac­crue des for­mu­la­tions est uni­que­ment due à cette meilleure pé­né­tra­tion du gly­pho­sate ou si, en plus, les ad­ju­vants sont eux-mêmes toxiques », dé­taille Élyse Ca­ron-Beau­doin qui fait une thèse sur le lien entre les pes­ti­cides et cer­tains can­cers à l’Ins­ti­tut na­tio­nal de la re­cherche scien­ti­fique à La­val.

Quoi qu’il en soit, « ces contra­dic­tions entre les ins­ti­tu­tions res­pon­sables de­vraient quand même ti­rer une son­nette d’alarme », af­firme Onil Sa­muel, char­gé de l’équipe scien­ti­fique sur les pes­ti­cides à l’Ins­ti­tut na­tio­nal de san­té pu­blique du Qué­bec (INSPQ).

Il fait par­tie d’un consor­tium for­mé des cher­cheurs de l’INSPQ, de l’Uni­ver­si­té La­val, et de la Chaire de re­cherche du Ca­na­da en gé­no­mique ap­pli­quée à la re­pro­duc­tion, qui a ré­cem­ment dé­po­sé une de­mande de sub­ven­tion pour étu­dier la toxi­ci­té po­ten­tielle des for­mu­la­tions com­mer­ciales à base de gly­pho­sate, en uti­li­sant une nou­velle ap­proche te­nant compte du lien entre l’ex­pres­sion de cer­tains gènes et leur rôle dans le dé­ve­lop­pe­ment de di­verses pa­tho­lo­gies. Mais ces ef­forts de re­cherche risquent de se bu­ter au lob­bying in­tense des grandes en­tre­prises agro­chi­miques qui mènent la guerre aux don­nées scien­ti­fiques. Mon­san­to cri­tique ver­te­ment la mé­tho­do­lo­gie du CIRC, l’ac­cu­sant d’être biai­sée en s’ap­puyant uni­que­ment sur des études pu­bliées dans la lit­té­ra­ture scien­ti­fique. Mi-juin, l’en­tre­prise a d’ailleurs af­fir­mé, dans le cadre du re­cours col­lec­tif aux États-Unis, que le co­mi­té scien­ti­fique du CIRC avait écar­té vo­lon­tai­re­ment une étude d’en­ver­gure (dont les dé­tails ne sont pas connus parce qu’elle n’est tou­jours pas pu­bliée). Me­née au­près d’agri­cul­teurs amé­ri­cains, elle ne mon­tre­rait au­cune hausse des can­cers chez les usa­gers du pro­duit. De l’autre cô­té, on re­proche aux ins­ti­tu­tions ré­gle­men­taires d’ac­cor­der une im­por­tance ma­jeure aux études confi­den­tielles me­nées par l’in­dus­trie, in­ac­ces­sibles à la com­mu­nau­té scien­ti­fique. « Il est in­con­gru que les éva­lua­tions d’in­no­cui­té de l’herbicide le plus uti­li­sé sur la pla­nète re­posent prin­ci­pa­le­ment sur moins de 300 études non pu­bliées et non re­vues par les pairs, ex­cluant toute la lit­té­ra­ture ré­cente sur les ef­fets du gly­pho­sate », dé­noncent des scien­ti­fiques amé­ri­cains dans une ana­lyse pu­bliée en mars 2017 par le Jour­nal of Epi­de­mio­lo­gy and Com­mu­ni­ty Health.

Que dis­si­mulent ces don­nées ? Pro­ba­ble­ment de bien vi­lains se­crets si l’on se fie au tra­vail de Ch­ris­to­pher J. Por­tier, un toxi­co­logue de re­nom­mée mon­diale qui a eu ac­cès à une par­tie des in­for­ma­tions trans­mises par l’in­dus­trie aux au­to­ri­tés eu­ro­péennes. « Une nou­velle ana­lyse des don­nées brutes ti­rées d’études por­tant sur le risque de can­cer, chez les ani­maux, lié à l’exposition au gly­pho­sate dé­montre que les agences ré­gle­men­taires eu­ro­péennes n’ont pas te­nu compte que, en huit oc­ca­sions, il y avait une aug­men­ta­tion si­gni­fi­ca­tive de tu­meurs. En consé­quence, je de­mande une ré­éva­lua­tion », écrit le toxi­co­logue dans une lettre adres­sée le 28 mai der­nier au pré­sident de la Com­mis­sion eu­ro­péenne, Jean-Claude Dun­cker. Il in­dique avoir en­voyé une lettre si­mi­laire au di­rec­teur res­pon­sable des pes­ti­cides à l’EPA mais, dans un cas comme dans l’autre, il n’a re­çu au­cune ré­ponse.

Contac­té par cour­riel, Ch­ris­to­pher J.

Por­tier, qui tra­vaille dé­sor­mais à titre de consul­tant pour l’or­ga­ni­sa­tion non gou­ver­ne­men­tale amé­ri­caine En­vi­ron­men­tal De­fense Fund, est d’avis que « tout le pro­ces­sus de ré­vi­sion et d’éva­lua­tion, pas juste du gly­pho­sate, mais de tous les pes­ti­cides, a be­soin d’être sou­mis à un exa­men scien­ti­fique sé­rieux ».

UN EMPIRE ÉBRANLÉ

L’en­jeu est de taille : 30 % du chiffre d’af­faires de 15 mil­liards de dol­lars US (2015) de Mon­san­to, qui a été ra­che­té de­puis par le groupe al­le­mand Bayer, pro­vient en ma­jo­ri­té de la vente de Roundup.

Pro­duit chou­chou des agri­cul­teurs, l’herbicide dé­truit les mau­vaises herbes. Mais il tue éga­le­ment toutes les plantes. Voi­là pour­quoi Mon­san­to com­mer­cia­lise des se­mences ren­dues in­sen­sibles au gly­pho­sate (grâce à l’in­tro­duc­tion d’un gène de bac­té­rie du sol). Ré­sul­tat, on peut pul­vé­ri­ser le Roundup les yeux fer­més sur les champs, pour éli­mi­ner les plantes in­dé­si­rables sans abî­mer ces ré­coltes mo­di­fiées gé­né­ti­que­ment, bap­ti­sées « Roundup Rea­dy » (RR).

Si l’usage du gly­pho­sate bon­dit par­tout dans le monde, c’est d’ailleurs à cause de l’adop­tion ful­gu­rante des OGM RR de­puis 20 ans. C’est simple, 90 % des cultures trans­gé­niques dans le monde sont ré­sis­tantes au gly­pho­sate.

Une aug­men­ta­tion sou­te­nue par le bas prix de l’herbicide de­puis que le bre­vet de Mon­san­to a pris fin au dé­but des an­nées 2000 et que d’autres pro­duc­teurs se sont lan­cés dans la course. Le Qué­bec n’y échappe pas; le maïs qui pousse dans la Belle Pro­vince est à 84% OGM RR. La culture de soya, elle, est consti­tuée à 57% d’OGM RR. Et, cette an­née, les se­men­ciers mettent en mar­ché de la lu­zerne OGM RR, une plante dont les vaches raf­folent.

En 2015, 18 mil­lions de pro­duc­teurs dans 28 pays culti­vaient ain­si des plantes trans­gé­niques et pul­vé­ri­saient cet herbicide sur près de 180 mil­lions d’hec­tares, rap­porte le Ser­vice in­ter­na­tio­nal pour l’ac­qui­si­tion d’ap­pli­ca­tions agri­coles bio­tech­no­lo­giques (ou ISAAA, une or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale non gou­ver­ne­men­tale).

Au­tant dire que, si la toxi­ci­té de l’herbicide est confir­mée, le scan­dale sa­ni­taire se­ra sans pré­cé­dent. Les ana­lyses dé­montrent que le gly­pho­sate est par­tout : dans nos che­veux, nos urines et, bien sûr, nos ali­ments.

Le der­nier rap­port d’en­quête 2015-2016 de l’Agence ca­na­dienne d’ins­pec­tion des ali­ments sur le dé­pis­tage du gly­pho­sate in­dique que près de 30% de nos ali­ments contiennent du gly­pho­sate. Sur 3188 échan­tillons ana­ly­sés, 1,3% dé­pas­saient les li­mites maxi­males de ré­si­dus (LMR), sur­tout des pro­duits cé­réa­liers. Il faut dire que le gly­pho­sate est sou­vent em­ployé juste avant la ré­colte pour ac­cé­lé­rer le sé­chage des graines. San­té Ca­na­da a fait sa­voir qu’il n’y avait au­cune pré­oc­cu­pa­tion pour la san­té hu­maine dans les échan­tillons dé­pas­sant les LMR.

Nos cours d’eau n’y échappent pas non plus. Entre 2011 et 2014, le mi­nis­tère du Dé­ve­lop­pe­ment du­rable, En­vi­ron­ne­ment et Lutte contre les chan­ge­ments cli­ma­tiques (MDDELC) a pré­le­vé des échan­tillons dans les ri­vières si­tuées à proxi­mi­té de cultures de maïs et de soya. Le gly­pho­sate a été dé­tec­té en moyenne dans 91% des pré­lè­ve­ments (contre 86% pour la pé­riode 2008-2010). « L’ana­lyse des don­nées de 1992 à 2014 dé­montre que les concen­tra­tions de gly­pho­sate sont à la hausse dans les ri­vières des sec­teurs en culture in­ten­sive de maïs et de soya », confirme le re­la­tion­niste du MDDELC, pré­ci­sant que les concen­tra­tions res­pectent les cri­tères de qua­li­té de l’eau pour la pro­tec­tion des es­pèces aqua­tiques.

La si­tua­tion n’est pas près de s’ar­ran­ger. Dans un rap­port dé­vas­ta­teur pu­blié au prin­temps 2016, le com­mis­saire au dé­ve­lop­pe­ment du­rable du Qué­bec note que les ventes de pes­ti­cides pour la pro­duc­tion vé­gé­tale battent tous les re­cords de­puis 1992. Sur les quelque 4000 tonnes d’in­gré­dients ac­tifs ven­dus au Qué­bec en 2014, le gly­pho­sate est de loin l’herbicide le plus ven­du (plus de 1000 tonnes). Le com­mis­saire n’est pas tendre en­vers le mi­nis­tère de l’Agri­cul­ture, des Pê­che­ries et de l’Ali­men­ta­tion du Qué­bec (MAPAQ): « Les me­sures mises en place par le MAPAQ sont in­suf­fi­santes pour ame­ner les agri­cul­teurs à adop­ter des pra­tiques agri­coles fa­vo­rables au dé­ve­lop­pe­ment du­rable et pour faire contre­poids à l’in­dus­trie agro­chi­mique qui in­fluence for­te­ment le mar­ché », écrit-il. Son mi­nistre dé­chu, Pierre Pa­ra­dis, re­con­nais­sait en oc­tobre 2015 que les géants des pes­ti­cides « sont en­core plus puis­sants que le gou­ver­ne­ment du Qué­bec ».

Pour­tant, il est écrit en toutes lettres que l’État sou­haite combattre les ef­fets dé­lé­tères des pes­ti­cides. D’une part, la Stra­té­gie phy­to­sa­ni­taire qué­bé­coise en agri­cul­ture, pu­bliée en 2011, vise à ré­duire les risques liés aux pes­ti­cides pour

30 % du chi re d’a aires de 15 mil­liards de dol­lars US (2015) de Mon­san­to pro­vient en ma­jo­ri­té de la vente de Roundup.

la san­té et l’en­vi­ron­ne­ment de 25% d’ici 2021. D’autre part, la Stra­té­gie qué­bé­coise des pes­ti­cides 2015-2018 dit vou­loir ré­gle­men­ter l’uti­li­sa­tion des cinq mo­lé­cules les plus à risque en mo­di­fiant la Loi sur les pes­ti­cides. Un dé­tail, tou­te­fois: le gly­pho­sate ne fi­gure pas dans cette courte liste.

CHRO­NIQUE D’UN DÉ­CLIN AN­NON­CÉ

Mais bien plus que les lois et les stra­té­gies, le plus grand en­ne­mi du gly­pho­sate est peut-être le gly­pho­sate lui-même. Ou plu­tôt, son uti­li­sa­tion ef­fré­née qui de­vient un casse-tête pour les agri­cul­teurs. Car de­puis quelques an­nées, les mau­vaises herbes ré­sis­tantes à cet herbicide se mul­ti­plient. « Mal­heu­reu­se­ment quand une mo­lé­cule fonc­tionne, on l’uti­lise à ou­trance », re­marque le chi­miste Ariel Fens­ter. Dans le monde, au moins 34 es­pèces de mau­vaises herbes ré­sis­tantes ont été re­cen­sées.

L’in­va­sion bar­bare pas­se­ra-t-elle les portes du Qué­bec? « Nous n’en avons pas en­core trou­vé », ras­sure Ma­rie-Édith Cuer­rier, cher­cheuse au Centre de re­cherche sur les grains, ba­sé à Qué­bec. De­puis 2012, le MAPAQ a mis sur pied un sys­tème d’ana­lyse de ré­sis­tance qui exa­mine entre 30 et 40 échan­tillons de mau­vaises herbes par an­née. Neuf d’entre elles étaient soup­çon­nées de ré­sis­ter au gly­pho­sate en 2015 et trois en 2016; Mme Cuer­rier at­tend en­core les ré­sul­tats com­plets.

De­vant la gra­vi­té du pro­blème, l’in­dus­trie a mis au point des va­rié­tés gé­né­ti­que­ment mo­di­fiées ré­sis­tantes à plu­sieurs her­bi­cides en même temps. Dès ce prin­temps, les agri­cul­teurs qué­bé­cois ont pu se­mer une va­rié­té de soya Roundup Rea­dy 2 XTENDTM fa­bri­quée par Mon­san­to, qui ré­siste au gly­pho­sate, mais aus­si à un autre herbicide, le di­cam­ba. Une so­lu­tion à courte vue, es­time Da­nielle Ber­nier, agro­nome et mal­her­bo­lo­giste re­con­nue, nou­vel­le­ment re­trai­tée du MAPAQ. « Cette tech­no­lo­gie ne ré­gle­ra rien si elle est su­ru­ti­li­sée. Dans deux ou trois gé­né­ra­tions de pro­duc­teurs agri­coles, il pour­rait y avoir des mau­vaises herbes ré­sis­tantes à ces nou­velles com­bi­nai­sons d’her­bi­cides comme c'est le cas au­jourd’hui », pré­dit-elle.

Le dé­but de la fin pour le gly­pho­sate?

Le 21 mai 2016, des ma­ni­fes­tants se réunissent sur la place de la Ré­pu­blique à Pa­ris pour pro­tes­ter contre le géant de l’agro­chi­mie Mon­san­to et son po­pu­laire herbicide, le Roundup.

Comments

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.