QU’EST- CE QUI CAUSE LES PIERRES AUX REINS ?

Québec Science - - ENTREVUE -

On dit sou­vent que les pierres aux reins peuvent en­traî­ner les pires dou­leurs, com­pa­rables même à celles de l’ac­cou­che­ment.

Il faut dire que ces cris­taux, par­fois aus­si gros qu’une balle de golf, se logent dans le sys­tème uri­naire et peuvent blo­quer l’éva­cua­tion de l’urine. Ré­sul­tat, les voies se dis­tendent et ça fait mal ! Cer­tains cris­taux de pe­tite taille peuvent tou­te­fois être ex­pul­sés sans dou­leur et pas­ser in­aper­çus.

Se­lon la Fon­da­tion ca­na­dienne du rein, 1 Ca­na­dien sur 10 souf­fri­ra au cours de sa vie de pierres aux reins, aus­si ap­pe­lées li­thiases ou cal­culs ré­naux. « Et dans 50 % des cas, il y a une ré­ci­dive dans les cinq an­nées qui suivent. C’est un vrai pro­blème de san­té pu­blique, qui coûte cher et qui est mal­heu­reu­se­ment mal connu », dé­plore le doc­teur Julien Le­tendre, uro­logue au Centre hos­pi­ta­lier Mai­son­neuve-Ro­se­mont.

Con­crè­te­ment, ces pierres ré­sultent de la cris­tal­li­sa­tion de cer­taines sub­stances qui de­vraient nor­ma­le­ment être di­luées dans l’urine. Si ces élé­ments s’agrègent ain­si dans les ca­naux ré­naux, les ure­tères et la ves­sie, c’est soit parce qu’ils sont pré­sents en trop grande quan­ti­té dans l’urine, soit par manque d’eau (l’urine est trop concen­trée). Plus de 100 ma­la­dies et fac­teurs de risque fa­vo­risent la for­ma­tion de cris­taux uri­naires, et une cen­taine de com­po­sés chi­miques ont été iden­ti­fiés dans les cal­culs ré­naux. Dif­fi­cile, donc, d’énu­mé­rer toutes les causes pos­sibles.

Ce­la dit, dans en­vi­ron 80 % des cas, les cal­culs sont for­més d’oxa­late de cal­cium. Et, le plus sou­vent, ce sont les mau­vaises ha­bi­tudes ali­men­taires qui sont à blâ­mer: consom­ma­tion ex­ces­sive de pro­téines et de sel, ap­port in­suf­fi­sant en eau, ou pen­chant trop mar­qué pour des ali­ments riches en oxa­late, au pre­mier rang des­quels se trouve le cho­co­lat. « Beau­coup de pa­tients concer­nés sont aus­si de gros bu­veurs de Pep­si ou de Coke, qui contiennent énor­mé­ment d’oxa­late », dit Julien Le­tendre. Les feuilles de thé, la rhu­barbe, les épi­nards et les bet­te­raves font aus­si par­tie de la liste, quoi­qu’ils soient moins ad­dic­tifs!

Ce n’est donc pas pour rien que la li­thiase a sou­vent été consi­dé­rée comme une ma­la­die liée à l’opu­lence. D’ailleurs, des cal­culs ré­naux ont été re­pé­rés sur des mo­mies égyp­tiennes da­tant de 4 400 ans avant notre ère. Et de nom­breux sou­ve­rains, de­puis Alexandre le Grand jus­qu’à Char­le­magne, en pas­sant par Henri VII d’An­gle­terre ou Na­po­léon III, ont souf­fert de cette « ma­la­die de riches ».

La pré­va­lence des cal­culs ré­naux a tri­plé en Amé­rique du Nord de­puis les an­nées 1970, et aug­mente dans tous les pays in­dus­tria­li­sés en rai­son des chan­ge­ments de ré­gime ali­men­taire et, dans une moindre me­sure, des chan­ge­ments cli­ma­tiques (la sé­che­resse étant un fac­teur de risque).

Quant aux pro­duits lai­tiers, sou­vent dé­non­cés pour leur te­neur en cal­cium, pas be­soin de les sup­pri­mer, au contraire: ils at­té­nuent la for­ma­tion des cris­taux en bais­sant l’ab­sorp­tion de l’oxa­late, s’ils sont consom­més en quan­ti­té rai­son­nable. « Cer­tains pa­tients sont aus­si de grands adeptes des sup­plé­ments ali­men­taires, comme la vi­ta­mine C qui est trans­for­mée en oxa­late lors­qu’elle est mé­ta­bo­li­sée. Chez quel­qu’un qui a une ali­men­ta­tion équi­li­brée, ces sup­plé­ments sont in­utiles », rap­pelle le doc­teur Le­tendre.

Mais at­ten­tion, dans 40 % des cas, les cailloux sont dus à une ma­la­die sous­ja­cente, comme le diabète, l’hy­per­pa­ra­thy­roï­die, la sar­coï­dose, une in­fec­tion uri­naire ou une ma­la­die gé­né­tique. D’où l’im­por­tance d’ana­ly­ser la com­po­si­tion des cris­taux pour com­prendre l’ori­gine du mal.

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