MUS­CLEZ VOTRE CER­VEAU EN 4 ÉTAPES FA­CILES

Com­ment gar­der l’es­prit vif, pré­ser­ver ses sou­ve­nirs les plus chers et éloi­gner les ma­la­dies cé­ré­brales pen­dant des an­nées

Sélection - - La Une -

1 Soi­gnez votre mé­moire

Il n’existe pas (en­core) de pi­lule ou de tech­nique per­met­tant de gar­der la mé­moire, mais la science a dé­mon­tré que plu­sieurs as­pects de notre mode de vie in­fluent sur notre ap­ti­tude au sou­ve­nir. Voi­ci cer­taines de ses re­com­man­da­tions ré­centes.

Faites de l’exer­cice.

D’après un rap­port de 2017 de l’Aca­dé­mie amé­ri­caine des sciences, une bonne forme phy­sique se­rait notre meilleure dé­fense contre la dé­gra­da­tion cog­ni­tive et la dé­mence. Il semble même que l’exer­cice peut amé­lio­rer la san­té cé­ré­brale en six mois seule­ment. Bou­gez donc le plus pos­sible chaque jour : res­tez moins as­sis, pre­nez l’es­ca­lier plu­tôt que l’as­cen­seur. Et ar­ran­gez-vous pour faire de la marche ra­pide, de la mus­cu­la­tion ou na­ger au moins 150 mi­nutes par se­maine.

Exer­cez votre cer­veau.

Faire des casse-tête et se li­vrer à des jeux de ré­flexion peut dé­ve­lop­per vos fa­cul­tés. Les cher­cheurs re­com­mandent plu­tôt des « ac­ti­vi­tés cog­ni­tives sti­mu­lantes », tout ce qui peut mo­bi­li­ser votre cer­veau et lui ap­prendre quelque chose, ex­plique Ro­nald Pe­ter­sen, di­rec­teur du centre de re­cherches sur la ma­la­die d’Alz­hei­mer de la cli­nique Mayo de Ro­ches­ter, au Min­ne­so­ta. Des cours de pho­to­gra­phie, l’ap­pren­tis­sage par une tech­no­lo­gie, l’étude de votre gé­néa­lo­gie, écou­ter de la mu­sique, tout ce­la bé­né­fi­cie­rait à votre cer­veau.

Adop­tez le ré­gime mé­di­ter­ra­néen.

Une ali­men­ta­tion riche en cé­réales com­plètes, fruits, lé­gumes, pois­sons, noix et huile d’olive et pauvre en viande rouge contri­bue­rait à gar­der votre cer­veau en pleine forme. D’après une étude de 2017 pu­bliée dans le Jour­nal of the Ame­ri­can Ge­ria­trics So­cie­ty qui a por­té sur presque 6000 su­jets, les adeptes du ré­gime mé­di­ter­ra­néen courent un risque de troubles cog­ni­tifs

de 35 % in­fé­rieur au reste de la po­pu­la­tion. Ces re­com­man­da­tions dié­té­tiques sont dé­jà connues, on sait main­te­nant que le cer­veau semble avoir les mêmes be­soins que le coeur. Vos pa­pilles gus­ta­tives ne s’en plain­dront pas.

Soyez so­ciable.

Pra­ti­quer de nou­velles ac­ti­vi­tés, cours de langue ou de pein­ture, par exemple, sti­mule da­van­tage le cer­veau si elles sont me­nées en groupe. Leur di­men­sion so­ciale pousse à per­sé­vé­rer : leurs bien­faits s’es­tompent quand on les aban­donne.

Maî­tri­sez votre ten­sion. L’hy­per­ten­sion peut lé­ser les fins vais­seaux san­guins du cer­veau, sur­tout chez les femmes. Se­lon un ar­ticle de Neu­ro­lo­gy, le risque de dé­mence chez celles qui com­mencent à être hy­per­ten­dues dans la qua­ran­taine est su­pé­rieur de 73 % à ce qu’il est chez celles dont la ten­sion est nor­male. De­man­dez conseil à votre mé­de­cin pour contrô­ler la vôtre.

— Mar­ty Mun­son

2 Éloi­gnez la ma­la­die d’Alz­hei­mer

Com­ment ré­duire les risques de souf­frir de la ma­la­die d’Alz­hei­mer ? Si les prin­ci­paux fac­teurs de risque – l’âge, le groupe ra­cial et le sexe – sont bien connus, on en a ré­cem­ment dé­cou­vert de nou­veaux. Bonne nou­velle, entre le tiers et les deux tiers des cas sont at­tri­buables à des fac­teurs que l’on peut maî­tri­ser.

Voi­ci les der­nières ob­ser­va­tions sur la ges­tion de ces risques.

La gé­né­tique.

Un quart en­vi­ron des Nord-Amé­ri­cains ont une co­pie du gène ApoE4 qui triple leurs risques d’alz­hei­mer ; 2 % en ont deux co­pies, ce qui mul­ti­plie en­core le risque, entre 8 et 12 fois. Ce gène fa­brique une pro­téine, l’apo­li­po­pro­téine E, qui trans­porte le cho­les­té­rol dans le sang. Une va­riante de ce gène est cor­ré­lée à l’ap­pa­ri­tion dans le cer­veau de plaques amy­loïdes col­lantes, qui pro­voquent une perte pré­coce de mé­moire et de ma­tière cé­ré­brale.

Les ma­lades d’alz­hei­mer qui n’ont pas ce gène sont diag­nos­ti­qués en moyenne à 84 ans ; ceux qui l’ont, de huit à 16 ans plus tôt. Une en­quête in­ter­na­tio­nale au­près de 27 109 pa­tients at­teints a éta­bli qu’un peu moins de la moi­tié d’entre eux avaient une co­pie du gène et près de 10 % en avaient deux.

« Beau­coup de por­teurs ne dé­ve­loppent pas la ma­la­die, note Jesse Mez, pro­fes­seur ad­joint de neu­ro­lo­gie à l’Uni­ver­si­té de Bos­ton. Vivre sai­ne­ment, c’est ce qui compte.» Pour preuve, une vaste en­quête al­le­mande a ré­vé­lé que les por­teurs du gène dont la cho­les­té­ro­lé­mie est nor­male courent moins de risques de dé­clin men­tal.

L’hé­ré­di­té.

La pro­ba­bi­li­té d’être at­teint d’alz­hei­mer est de deux à quatre fois plus grande si un pa­rent, un frère ou une

soeur l’a été tard dans sa vie. Le gène ApoE4 pèse pour 50 % dans le risque, mais d’autres gènes peuvent jouer un rôle, se­lon des cher­cheurs de l’Uni­ver­si­té Duke, aux États-Unis, tout comme les ha­bi­tudes de vie ac­quises en fa­mille, d’après l’As­so­cia­tion amé­ri­caine de l’alz­hei­mer. Faites les chan­ge­ments tous en­semble.

Une an­cienne bles­sure à la tête.

Un trau­ma­tisme crâ­nien qui vous fait perdre connais­sance 30 mi­nutes ou plus, dans un ac­ci­dent de voi­ture par exemple, ac­croît le risque d’alz­hei­mer de 2,3 à 4,5 fois. Les trau­mas cé­ré­braux lé­gers ne semblent pas avoir d’in­ci­dence, mais es­sayez d’évi­ter les chutes bru­tales. Dans une étude de 2014 de la cli­nique Mayo por­tant sur 589 per­sonnes âgées, l’ima­ge­rie cé­ré­brale a ré­vé­lé plus de plaque amy­loïde chez les su­jets at­teints de lé­gers troubles de mé­moire ayant su­bi un choc qui les a lais­sés in­cons­cients par le pas­sé.

Le dia­bète.

Se­lon une étude qui a sui­vi 1017 per­sonnes pen­dant 15 ans, une gly­cé­mie éle­vée mul­ti­plie par deux le risque d’alz­hei­mer. L’ex­cès de sucre san­guin abîme les vais­seaux du cer­veau et la ré­sis­tance à l’in­su­line peut pré­pa­rer le ter­rain à la pro­li­fé­ra­tion des plaques et des noeuds. Deux études ont éta­bli que le risque était net­te­ment moindre chez les su­jets dia­bé­tiques qui pre­naient de la pio­gli­ta­zone ou de la met­for­mine.

Le ta­ba­gisme.

Le risque cou­ru par les fu­meurs est su­pé­rieur de 70 % à ce­lui des non­fu­meurs. Le ta­bac ag­grave le stress oxy­da­tif dans le cer­veau, ac­ti­vant des com­po­sés no­cifs pour les cel­lules, les ra­di­caux libres, ce qui ac­cé­lère le dé­ve­lop­pe­ment des plaques et des noeuds. Les spé­cia­listes sou­lignent que les ar­tères sont dé­jà plus saines six mois après l’ar­rêt du ta­bac; ce­la vaut sans doute pour celles du cer­veau. En outre, ces­ser de fu­mer ré­duit le risque d’AVC, qui ag­gra­ve­rait l’alz­hei­mer.

LES RE­CHERCHES de pointe mettent en lu­mière d’autres causes po­ten­tielles de la ma­la­die. Des mi­crobes cou­rants comme l’her­pès sim­plex 1

(le vi­rus qui cause les bou­tons de fièvre) et la chla­my­dia pneu­mo­niae (une bac­té­rie qui pro­voque la pneu­mo­nie) peuvent éga­le­ment in­duire la for­ma­tion de plaques et de noeuds, à en croire cer­tains cher­cheurs, dont Brian J. Ba­lin, pro­fes­seur de neu­ros­ciences et de neu­ro­pa­tho­lo­gie au col­lège de mé­de­cine os­téo­pa­thique de Phi­la­del­phie.

Il est aus­si pos­sible qu’un dés­équi­libre de la flore in­tes­ti­nale ag­grave l’in­flam­ma­tion. Une ré­cente étude me­née à l’Uni­ver­si­té du Wis­con­sin a ré­vé­lé que les ma­lades avaient une flore in­tes­ti­nale moins va­riée que les autres par­ti­ci­pants. Les normes d’hy­giène mo­dernes tendent à éli­mi­ner les « bons » mi­crobes et, ain­si, à aug­men­ter les risques. — Sa­ri Har­rar

3 Pré­ser­vez votre concen­tra­tion

Vos soup­çons sont confir­més : notre at­trait crois­sant pour les écrans, les images et les mes­sages qui changent sans ar­rêt est peut-être en train de mo­di­fier le fonc­tion­ne­ment du cer­veau. Des re­cherches ré­centes ont dé­mon­tré que le cer­veau des jeunes traite l’in­for­ma­tion plus vite que par le pas­sé et saute d’une tâche à l’autre plus fa­ci­le­ment. En re­vanche, les plus âgés se­raient plus aptes à se concen­trer et à ap­prendre grâce à une at­ten­tion plus so­lide et plus longue. « C’est le nou­veau fos­sé entre les gé­né­ra­tions, tranche Tim Wu, pro­fes­seur à la fa­cul­té de droit de l’Uni­ver­si­té Co­lum­bia, à New York. Et cette fois, les aî­nés ont quelques avan­tages. »

Le té­lé­phone por­table est le prin­ci­pal res­pon­sable de cette perte de concen­tra­tion. Son at­trait est si fort que plus de 40 % des consom­ma­teurs amé­ri­cains disent le consul­ter moins de cinq mi­nutes après leur ré­veil. Et comme si ce­la ne suf­fi­sait pas, nous avons d’autres écrans au sa­lon (la té­lé), au bu­reau (l’or­di­na­teur), dans les taxis, les as­cen­seurs, les salles d’at­tente et les com­merces.

Ayant gran­di sans té­lé­phone por­table, les se­niors semblent mieux ar­més pour ré­flé­chir sé­rieu­se­ment. Se­lon Tim Wu, « ils sont sou­vent plus en­clins à faire preuve de pa­tience face à une tâche com­plexe ». Ce­la dit, ils ne gagnent pas sur tous les ta­bleaux.

Newspapers in French

Newspapers from Canada

© PressReader. All rights reserved.