I’M BACK BA­BY

Summum - - ÉDITO -

Sé­rieu­se­ment, t’au­ras ja­mais vu quel­qu’un prêt à re­ve­nir tra­vailler de même après 15 mois d’ab­sence comme moi je l’étais. Sans farce, mon re­tour s’est tel­le­ment bien pas­sé; c’est comme si je n’avais ja­mais quit­té mon poste. À une dif­fé­rence près : main­te­nant, je suis une p’tite « mére ».

Là, c’est sûr que tu te dis : « Bon, re­garde-la… Elle va com­men­cer à nous par­ler de ses en­fants à tout bout de champ. Elle va faire des ar­ticles sur les pu­rées pis les cé­réales pour bé­bés pis elle va nous faire un topo sur les meilleures couches la­vables… » T’es-tu ma­lade? Je ve­nais de com­men­cer à avoir du fun. Pète pas ma bal­loune.

Ce que je veux te dire, c’est que j’ai pas per­du mon pé­nis. Au contraire, si ça se trouve, il est en­core plus gros qu’avant. Pour­quoi je dis ça? Parce que je pense pas qu’il y ait une mère plus in­digne que moi sur la pla­nète. Ben oui, y’en a qui – mal­heu­reu­se­ment – mangent leur bé­bé, tuent leur bé­bé, étouffent leur bé­bé, jettent leur bé­bé dans les vi­danges. Ce ne sont pas des mères in­dignes mon p’tit pote, mais bien des per­sonnes dan­ge­reuses. Moi, je met­trai ja­mais la vie de mes en­fants en dan­ger… sauf qu’il ar­rive qu’une mère prio­rise un bon ca­fé chaud plu­tôt qu’un en­fant qui s’écrase les doigts dans un ti­roir hein! C’est pas trop com­pli­qué qu’ça.

Tu veux des preuves? J’écris mon édito et après hop! Je pars cher­cher mes nounes à la gar­de­rie pour leurs vac­cins. Be­soin d’aide parce que j’en ai deux t’sais, pis mon chum… faut qui gagne de l’ar­gent, tu com­prends. Donc, j’ap­pelle ma nou­nou : « Ca­ro, qu’est-ce tu fais? Rien? OK, j’au­rais be­soin de toi pour al­ler faire pi­quer les filles. »

Oh, là, là! J’en­tends dé­jà les mères-pas-in­dignes crier au scan­dale! Come on ma p’tite dame. C’est une joke. Mais elles vont lit­té­ra­le­ment se faire pi­quer… Y’a per­sonne qui a par­lé d’eu­tha­na­sie ici!

Pen­dant que t’es à l’hô­pi­tal après que t’aies vê­lé, ils te font tout le temps un dis­cours sur les bé­bés se­coués. Tu dis tou­jours que tu se­coue­ras pas le tien, voyons! T’es pas con! C’est juste les ma­lades qui font ça! Mais mon ami pis moi on par­lait l’autre jour et il m’a dit, avec la plus grande sa­gesse du monde : « Tu peux pas com­prendre les gens qui ont se­coué leur bé­bé jus­qu’à ce que t’aies eu un bé­bé. » Y’a pas tort en mau­dit… Ce­ci dit, fais pas ça, si­non t’es pu mon ami.

Les in­fir­mières te disent alors qu’il y a des moyens pour évi­ter de se rendre là. Comme mettre le bé­bé dans son lit et le lais­ser pleu­rer un peu pen­dant que toi, tu sors de­hors prendre un peu d’air et re­prendre tes es­prits. Par­don? Penses-tu vrai­ment que je vais SOR­TIR de­hors en plein hi­ver alors que c’est moi qui paie l’hy­po­thèque de cette mai­son­là? Faque, j’ai mis le bé­bé dans sa co­quille pis je l’ai en­voyé faire un tour sur la ga­le­rie. Ça lui ap­pren­dra à faire des crises de ba­con.

N’aie crainte, mon p’tit pote. Mes nounes sont en par­faite san­té. Tel­le­ment qu’elles ar­rêtent pas de crier tout le temps… Donc si tu ren­contres une p’tite fille toute crot­tée dans l’allée des Ty­le­nol et des Ad­vil à la phar­ma­cie, y’a de grandes chances que ce soit moi. T’ex­cu­se­ras ma mine mi­nable et mon ha­leine de ca­fé vieilli. J’ai pu le temps de me la­ver; mes prio­ri­tés ont chan­gé, ç’a l’air!

Na­tha­cha Gil­bert ngil­bert@sum­mum­mag.com

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