DOS­SIER : CANNABIS

Summum - - SOMMAIRE - PAR MATHIEU GAUDREAULT

On y est presque, ce n’est plus qu’une ques­tion de temps avant que le pot soit lé­gal au Ca­na­da; notre pre­mier mi­nistre Jus­tin Tru­deau a te­nu sa pro­messe et, le 17 oc­tobre pro­chain, vous pour­rez consom­mer cette ma­tière verte en­ivrante sans vous faire ta­per sur les doigts. Mais connais­sez­vous bien votre cannabis? Un to­po qui ne se prend pas au sé­rieux, à lire à un mo­ment où votre cer­veau se­ra à « off ». Et mer­ci de ne pas uti­li­ser ce pa­pier pour rou­ler!

– EH OUI, VOI­LÀ! AU CA­NA­DA, LA POSSESSION, LA VENTE ET LA CONSOMMATION DE MARIJUANA SE­RONT MAIN­TE­NANT LÉ­GALES. IL Y AU­RA DES MAGASINS GÉ­RÉS PAR L’ÉTAT QUI SERVIRONT DE POINT DE VENTE POUR LES UTI­LI­SA­TEURS QUI SOU­HAITENT ACHE­TER LEURS HERBES DANS LA LÉ­GA­LI­TÉ. MON­SIEUR ET MADAME TOUT-LE-MONDE SE FONT MAIN­TE­NANT UNE PE­TITE BOUFFÉE TRANQUILLE SUR LEUR BALCON ET FERONT LE DEUX PAPIERS REMPLACERA MAIN­TE­NANT LA BIÈRE TABLETTE DANS LES PARTYS DE FA­MILLE.

PLU­SIEURS PER­SONNES CRIENT AU SCAN­DALE ET À LA DÉPRAVATION DE LA SO­CIÉ­TÉ. MAIS CE QUE CES GENS IGNORENT, C’EST QUE MÊME L’AN­CIEN PRÉ­SIDENT DES ÉTATS-UNIS, GEORGE WA­SHING­TON FUMAIT SON PE­TIT JOINT POUR CALMER SES MAUX DE DENTS. COMME ON DIT, PAS PRA­TIQUE POUR LE TRIP BOUFFE. MAIS BON, NOUS NE SOMMES PAS ICI POUR PAR­LER D’HIS­TOIRE, MAIS PLU­TÔT DU PRÉ­SENT ET DE « C’EST-TU VRAI QUE ÇA SE MANGE, DU POT? ».

EN FUMER ET EN MAN­GER Eh bien, la ré­ponse est oui, bien en­ten­du, et vrai­ment pas seule­ment dans des muf­fins secs. Faut juste sa­voir que le cannabis est uti­li­sé comme mé­di­ca­ment et in­gur­gi­té de­puis au moins deux siècles avant J.-C.

Il y a sur le mar­ché une quan­ti­té as­sez importante de livres de re­cettes dans les­quels on vous ap­prend à cui­si­ner la ma­ri. Un des pre­miers, ou du moins, un des pre­miers à faire suc­cès, est le The Of­fi­cial High Times Cannabis Cook­book pa­ru aux États-unis en 2012. Mayon­naise in­fu­sée au cannabis, « can­na­but­ter » ou beurre au cannabis, can­nel­lo­ni « gan­ja » à l’ail, bur­ri­tos vé­gé­ta­riens, gnoc­chi aux cham­pi­gnons, « space cup­cakes »... Dans ce livre, on trouve des re­cettes ca­pables de sa­tis­faire tant le man­geur de ta­cos que l’ama­teur de gas­tro­no­mie. Ce livre se trouve très fa­ci­le­ment sur In­ter­net et il se vend dans les eaux de 25 $.

Si vous êtes plus du style « dent su­crée », vous pour­rez tou­jours es­sayer de vous pro­cu­rer une co­pie du fa­meux livre al­le­mand de re­cettes de des­serts édi­té en 2001 : Les gâ­teaux de l’es­pace. Par contre, pe­tit pé­pin, c’est main­te­nant un livre de col­lec­tion qui se vend dans les 200 $. Di­sons que ça re­vient cher le cho­co­lat chaud aérien...

Et, avec la lé­ga­li­sa­tion, les chefs cui­si­niers com­mencent à tra­vailler le pro­duit afin de l’in­clure dans la carte de leur res­tau­rant. C’est le cas du cho­co­la­tier de Sher­brooke, Fran­çois Pa­ra­dis,

qui a dé­jà com­men­cé à pro­duire pour des gens qui ont une or­don­nance médicale leur per­met­tant la possession et la consommation.

Mais soyons francs, c’est vrai­ment sur le Web qu’on trouve le plus de re­cettes. Faites une pe­tite re­cherche sur In­ter­net, vous ne ris­quez pas d’être dé­çu.

LA COURSE AUX PRO­DUITS DÉRIVÉS Quand on pense fu­meur de pot, sou­vent l’image qui nous vient en tête est celle d’un pouilleux qui sent la mouf­fette et qui cherche du pa­pier Zig-zag. Di­sons que, comme des­crip­tion ca­ri­ca­tu­rée, c’est pas mal ça.

Mais, il existe une vé­ri­table in­dus­trie pour les ac­ces­soires de fu­meur. Et une in­dus­trie de luxe. Une tonne de gadgets plus in­utiles les uns que les autres, mais qui ne sont conçus que pour le pa­raître.

Des exemples? Vous vou­lez des exemples? Pas de pro­blème. Pour 35 $ US, vous pou­vez vous pro­cu­rer 12 feuilles de pa­pier à rou­ler en or 24 ca­rats. C’est-tu pas as­sez in­utile ça? Non. D’ac­cord.

La com­pa­gnie Phoe­ni­cian vous offre la pos­si­bi­li­té d’ache­ter un mou­lin à pot por­table en or de 24 ca­rats pour seule­ment 1500 $ du pays de l’oncle Sam. Si vous êtes sé­rieu­se­ment prêt à ache­ter ce genre d’item, j’es­père que vous avez fait un don cette an­née à Opé­ra­tion En­fant So­leil. Au moins.

J’admets que la pipe à fumer en forme de cercueil qui se vend 110 $ m’a lais­sé sur­pris. Si­non, il y a une mul­ti­tude de choix de mou­lin, de boîte à pot. Vous pour­rez même trou­ver des bagues de cein­ture tru­quées pour ca­cher votre pot et du boeuf Jer­ky in­fu­sé au THC. Ren­du là... ÇA SENT LE POT, MAIS EST-CE QUE ÇA GOÛTE LE POT? Le pro­blème avec la marijuana, c’est que son goût très amer ne plaît pas à tous. Et pour l’in­dus­trie, lé­gale ou non, c’est un pro­blème ma­jeur. On re­trouve donc, de­puis plu­sieurs an­nées, des va­rié­tés de sa­veurs toutes plus dif­fé­rentes les unes des autres.

Par­mi les dif­fé­rentes sa­veurs dis­po­nibles, toutes celles qui sont su­crées et frui­tées ob­tiennent un énorme suc­cès au­près des consom­ma­teurs. Et des sa­veurs, il y en a. Si vous êtes un ama­teur de fraises, je vous pro­pose la Hulk­ber­ry. Vous ado­rez les bon­bons? C’est par­fait, la Zkit­tlez BX est pour vous. Ce pro­duit, très po­pu­laire aux État­su­nis, goûte... les Skit­tles. L’ama­teur de crème gla­cée se­ra com­blé avec la graine Green Ge­la­to.

Bien en­ten­du, la Cho­co­late Skunk est tou­jours très po­pu­laire tan­dis que sa pe­tite soeur, la Rasp­ber­ry Boo­gie, com­mence à faire de plus en plus d’adeptes. Si­non, la AK47 est tel­le­ment su­crée que vous au­rez peur d’at­tra­per le dia­bète en fu­mant. Si­non, les arômes de ca­fé, de fro­mage et de ta­bas­co sont aus­si dis­po­nibles.

En fait, avant que le mar­ché s’épa­nouisse, on ne connais­sait que trois types de sa­veurs : frui­tées, fleu­ries ou ter­reuses. Mais, main­te­nant, avec les dif­fé­rents croi­se­ments gé­né­tiques, on parle plu­tôt de 48 fa­milles de sa­veurs.

« J’ADMETS QUE LA PIPE À FUMER EN FORME DE CERCUEIL QUI SE VEND 110$ M’A LAIS­SÉ SUR­PRIS »

Par contre, mal­gré plu­sieurs heures de re­cherche, je n’ai trou­vé au­cune sa­veur qui s’ap­pro­chait de la pou­tine, du pou­ding chô­meur, voire du pâ­té chi­nois. Donc, amis ar­bo­ri­cul­teurs, vous sa­vez quoi faire.

MILLE ET UNE FA­ÇONS DE ROU­LER Oui, la science du rou­lage de joint a at­teint un ni­veau spec­ta­cu­laire. Grâce à In­ter­net, vous trou­ve­rez plu­sieurs tu­to­riels – dont un, fait par un ca­nard de plastique... – pour ap­prendre à rou­ler vos joints loin du clas­sique « un ou deux papiers ». Juste pour vous dire, en fouillant un peu, je suis ar­ri­vé à rou­ler un six papiers. C’est gros. Vrai­ment.

Il y a aus­si un truc qui se nomme « l’hé­li­co­ptère ». Le prin­cipe est simple et vous per­met de fumer six joints en même temps. Il y a éga­le­ment le « sif­flet bré­si­lien », conçu sur le mo­dèle d’une flûte. Il y a aus­si les joints tri­an­gu­laires, les joints car­rés, les joints cou­teaux. Les joints cou­teaux ça, c’est un joint en forme de cou­teau, avec un manche de cou­teau, mais qui ne coupe pas. À quoi ça sert, me de­man­de­rez-vous? Au­cune idée vous ré­pon­drais-je.

On vous dit que fumer n’est pas bon pour la san­té? Eh bien, sa­chez que vous pou­vez fumer votre joint tout en consom­mant des fruits! C’est-tu pas beau ça? Tout d’abord, pre­nez une pomme, per­cez-la de bord en bord, pla­cez votre ci­ga­rette ma­gique d’un cô­té et as­pi­rez de l’autre. Voi­là, vous avez pris un fruit dans votre jour­née. (Ce­ci n’est pas un avis mé­di­cal va­lable.)

Mais al­lez-y, fouillez. Vous trou­ve­rez vrai­ment dif­fé­rentes fa­çons ori­gi­nales de rou­ler et, comme ça, d’im­pres­sion­ner vos amis. Y’a même une fa­çon de rou­ler en imitant un bouquet de tulipes. Ça peut tou­jours ser­vir pour une date un peu bi­zarre. ET LE THC? C’est le Δ-9-té­tra­hy­dro­can­na­bi­nol qui vous gèle. Oui madame, simple comme ça, c’est le THC. La mo­lé­cule a été iso­lée pour la pre­mière fois en 1964 et ce fut le coup de dé­part pour les mo­di­fi­ca­tions gé­né­tiques des plans de marijuana.

C’est cet as­pect du cannabis qui in­quiète le plus les cher­cheurs et les mé­de­cins, mais pas le gou­ver­ne­ment; le gou­ver­ne­ment, lui, il s’en fout, il ne veut que votre ar­gent.

Dans les an­nées dites « peace and love », quand tout le monde, même votre oncle Ro­ger, fumait de la ma­ri, la te­neur en THC, l’agent psy­choac­tif, avait une concen­tra­tion de 3 ou de 4 %. Au­jourd’hui, le pot que vous trou­vez dans la rue a plu­tôt une concen­tra­tion tour­nant au­tour du 30 %. Dix fois plus. Le joint de votre oncle Ro­ger le fai­sait rire et man­ger un peu plus. Au­jourd’hui, ce­lui de votre ne­veu Louis-phi­lippe-alexandre lui fait perdre contact avec la réa­li­té et le rend ex­trê­me­ment vul­né­rable à des dé­rè­gle­ments psy­cho­tiques et psy­cho­lo­giques.

De­puis l’élec­tion du gou­ver­ne­ment de Jus­tin Tru­deau, plu­sieurs cher­cheurs, des mé­de­cins et des as­so­cia­tions mé­di­cales ont ti­ré la son­nette d’alarme concer­nant les risques énormes de la consommation de marijuana chez les jeunes, dont le cer­veau n’a pas en­core ter­mi­né son dé­ve­lop­pe­ment. Bien en­ten­du, al­lé­ché par l’ap­pât de taxe, le gou­ver­ne­ment n’a écou­té per­sonne et les mi­nis­tères de la San­té des pro­vinces ca­na­diennes s’at­tendent à une aug­men­ta­tion de pro­blèmes neu­ro­lo­giques chez les jeunes adultes d’ici quelques an­nées. Mal­heu­reu­se­ment.

CONCLUONS! Rien. At­ten­dons de voir.

Au Co­lo­ra­do, qui est sou­vent pris comme ré­fé­rence ici, lors des pre­mières an­nées de la lé­ga­li­sa­tion de la marijuana, l’état a en­gran­gé des mil­lions et des mil­lions de dol­lars. Cent trente-cinq mil­lions juste en 1995. Il y a 450 magasins de pot et d’ac­ces­soires. C’est plus que le nombre de Mc­do. Sauf que de­puis quelques mois, le mar­ché illé­gal re­vient en force. Le prix est ré­duit au maxi­mum et les consom­ma­teurs, ex­ci­tés au dé­but de contri­buer à la so­cié­té en payant près de 30 % en taxe sur le gramme, com­mencent à en avoir as­sez. Moins de bon ser­vice en ma­ga­sin, moins de va­rié­té, aug­men­ta­tion constante des prix. Alors le pe­tit ven­deur à pa­gette est re­ve­nu. Et l’état est en train de perdre la bataille.

Ici aus­si, au Ca­na­da, on sou­haite anéan­tir le crime or­ga­ni­sé en lé­ga­li­sant le pot... (le sen­tez-vous le gros sar­casme? ). On en re­par­le­ra dans un an. D’ici là, je vous quitte, j’ai faim.

« Y’A MÊME UNE FA­ÇON DE ROU­LER EN IMITANT UN BOUQUET DE TULIPES. ÇA PEUT TOU­JOURS SER­VIR SUR UNE DATE UN PEU BI­ZARRE »

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