DOS­SIER : MS-13

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On n’est pas à un gang près… Il y a les gangs de rue et autres or­ga­ni­sa­tions cri­mi­nelles no­toires qui sé­vissent oui ici, mais qui sont pas mal plus ac­tifs ailleurs. Par­mi l’un des groupes les plus craints ces der­nières an­nées, il y a le MS-13, dont la de­vise est « tuer, vio­ler, contrô­ler ». Cette or­ga­ni­sa­tion née à Los An­geles com­mence à faire cou­ler au­tant d’encre que de sang. Qui sont-ils? Que font-ils?

PAR CARL RODRIGUE – « TUER, VIO­LER, CONTRÔ­LER », TELLE EST LA DE­VISE DE LA MS-13, UN GANG CRI­MI­NEL PAR­TI­CU­LIÈ­RE­MENT VICIEUX QUI SÉ­VIT AUX ÉTATS-UNIS ET EN AMÉ­RIQUE CEN­TRALE. DE­PUIS QUELQUES AN­NÉES, CETTE OR­GA­NI­SA­TION NÉE À LOS AN­GELES A COM­MEN­CÉ À FAIRE COU­LER AU­TANT D’ENCRE QUE DE SANG. QUI SONT-ILS? COM­BIEN SONT-ILS? COM­MENT OPÈRENT-ILS?

VOI­LÀ UN VÉ­RI­TABLE NOEUD DE VIPÈRES QUE NOUS VOUS PRO­PO­SONS DE DÉ­MÊ­LER EN ASSEMBLANT 13 PIÈCES DE CE PUZZLE DES PLUS SAN­GLANTS…

A POUR « AC­TI­VI­TÉ » Plu­sieurs croient à tort que la MS-13 est un car­tel de drogue comme il en existe tant en Amé­rique la­tine. En fait, bien qu’il y touche comme tout gang cri­mi­nel qui se res­pecte, ses ac­ti­vi­tés se concentrent d’abord et avant tout au­tour du tra­fic sexuel et de la pros­ti­tu­tion. Il s’af­faire, entre autres choses, à re­cru­ter de jeunes im­mi­grantes lors de leur ar­ri­vée aux États-unis. Comme celles-ci n’ont sou­vent per­sonne vers qui se tour­ner, elles de­viennent des proies fa­ciles. Il en va de même pour les fu­gueuses qui ne peuvent se faire re­pé­rer par la po­lice et tombent alors dans les griffes de l’or­ga­ni­sa­tion.

B POUR « BUT » À l’ori­gine, le but pre­mier de la MS-13 était de se pro­té­ger des autres gangs de Los An­geles. C’est en ef­fet au dé­but des an­nées 80 que bon nombre de ré­fu­giés fuyant la guerre ci­vile du Sal­va­dor dé­barquent aux ÉtatsU­nis. En l’es­pace de 10 ans, les im­mi­grés sal­va­do­riens passent de 94 000 à 465 000. La grande ma­jo­ri­té d’entre eux s’ins­talle dans la ré­gion de Los An­geles où elle de­vient la proie d’autres bandes de cri­mi­nels, prin­ci­pa­le­ment mexi­caines. Comme plu­sieurs de ces im­mi­grants ont gran­di dans la vio­lence, ils ont tôt fait de s’or­ga­ni­ser eux-mêmes en bandes pour ri­pos­ter.

C POUR « CHAIR » Les membres de la MS-13 sont par­ti­cu­liè­re­ment re­con­nais­sables à leurs nom­breux ta­touages qui re­couvrent par­fois même leur vi­sage. Ce­la a non seule­ment pour ef­fet de les rendre ef­frayants au sein de la po­pu­la­tion, mais dé­montre aus­si leur loyau­té en­vers le groupe. Plu­sieurs de ces ta­touages sont liés aux crimes que com­mettent ses membres ain­si qu’à l’his­toire et à la phi­lo­so­phie du gang. Les toiles d’arai­gnée qui se trouvent gé­né­ra­le­ment sur les épaules, par exemple, sym­bo­lisent la crois­sance et l’ex­pan­sion. Il y a aus­si beau­coup de sym­bo­lisme re­li­gieux : un mé­lange d’images chré­tiennes et sa­ta­niques re­pré­sen­tant la lutte entre le bien et le mal. Évi­dem­ment, être re­con­nais­sable aux yeux de la po­pu­la­tion, c’est aus­si l’être à ceux des forces de l’ordre, ce pour quoi cette culture du ta­touage, en par­ti­cu­lier les ta­touages fa­ciaux, est pro­gres­si­ve­ment en voie d’être éli­mi­née.

D POUR « DÉPORTATION » Pla­cé de­vant les crimes odieux qui al­laient en se mul­ti­pliant, le Congrès a adop­té, en 1996, une loi au­to­ri­sant l’ex­pul­sion de tout cri­mi­nel im­mi­gré condam­né à plus d’un an de pri­son. Cette loi a conduit à des di­zaines de mil­liers de dé­por­ta­tions, dont celles de nom­breux membres de la MS-13. Comme bon nombre d’entre eux n’étaient que des en­fants à leur ar­ri­vée aux États-unis, ils ont pri­vi­lé­gié l’an­glais à l’es­pa­gnol et ont eu du mal à s’in­té­grer une fois de re­tour dans leur pays d’ori­gine. Ils sont, par consé­quent, de­meu­rés proches les uns des autres, ce qui les a me­nés à per­pé­trer leurs ac­ti­vi­tés cri­mi­nelles. Bref, bien loin d’en­di­guer le fléau, ces dé­por­ta­tions mas­sives ont au contraire contri­bué à la crois­sance de la MS-13 à l’échelle in­ter­na­tio­nale. De­puis, des en­quêtes du FBI ont ré­vé­lé que des chefs du gang ba­sé au Sal­va­dor en­voyaient des re­pré­sen­tants aux États-unis afin de tis­ser des liens avec les di­ri­geants lo­caux.

E POUR « EL SAL­VA­DOR » Avec ses 6 mil­lions d’ha­bi­tants ré­par­tis sur 20 000 km2, le Sal­va­dor est pa­ra­doxa­le­ment le plus pe­tit pays du conti­nent amé­ri­cain, mais aus­si le plus dense. Or, tan­dis qu’il faut ha­bi­tuel­le­ment une ar­mée pour prendre le contrôle d’un pays, dans ce cas-ci un simple gang a suf­fi. Si bien qu’en l’es­pace d’une ving­taine d’an­nées, le Sal­va­dor est de­ve­nu la ca­pi­tale mon­diale du meurtre. Le taux d’ho­mi­cides y est en ef­fet 22 fois su­pé­rieur à ce­lui des États-unis. En 2015 seule­ment, on a en ef­fet re­cen­sé 6656 as­sas­si­nats, soit le taux d’ho­mi­cide le plus éle­vé au monde pour un pays non en guerre.

F POUR « FEMMES » Dans l’or­ga­ni­sa­tion, les femmes sont au bas de l’échelle, consi­dé­rées comme des ob­jets sexuels dont on abuse phy­si­que­ment et émo­tion­nel­le­ment. Bien sou­vent, la femme de­vra cou­cher avec cha­cun des membres d’une cel­lule avant d’y être ad­mise. Une fois ce­la fait, on s’en sert comme pros­ti­tuée, mais aus­si pour trans­por­ter la drogue et les armes à feu, car les femmes at­tirent gé­né­ra­le­ment moins les soup­çons des au­to­ri­tés que les hommes. Mal­gré ces mau­vais trai­te­ments, il existe un nombre sur­pre­nant de femmes qui choi­sissent ce mode de vie… quand elles n’y sont pas contraintes bien en­ten­du.

G POUR « GANG » Les femmes ne re­pré­sentent tou­te­fois qu’une pe­tite par­tie des ef­fec­tifs de la MS-13, dont les cel­lules sont com­po­sées au mi­ni­mum de 80 % d’hommes. Se­lon le gou­ver­ne­ment amé­ri­cain, le gang comp­te­rait plus 10 000 membres aux États-unis et quelque 50 000 ré­par­tis dans plu­sieurs pays d’amé­rique du Nord et d’amé­rique cen­trale; par­ti­cu­liè­re­ment au Sal­va­dor bien sûr, mais aus­si au Gua­te­ma­la et au Hon­du­ras. En de­hors de ces bases tra­di­tion­nelles, les ex­pan­sions les plus ré­centes ont eu lieu en Es­pagne, mais sur­tout au Mexique. Dans ce der­nier pays, la MS-13 a tra­ver­sé la fron­tière gua­té­mal­tèque pour se rendre dans l’état du Chia­pas, si­tué au sud du Mexique, où elle s’im­plique dans le tra­fic d’êtres hu­mains.

H POUR « HO­MI­CIDES » Sur le site de la Mai­son-blanche, qui n’hé­site pas à dé­peindre les membres de la MS-13 comme des ani­maux sau­vages, on re­cense quelques-uns des ho­mi­cides les plus san­glants qu’ils ont com­mis ces der­nières an­nées : « Dans le Ma­ry­land, les ani­maux de la MS-13 sont ac­cu­sés d’avoir poi­gnar­dé un homme à plus de 100 re­prises, puis de l’avoir dé­mem­bré et dé­ca­pi­té avant de lui ar­ra­cher le coeur. […] En jan­vier 2017, des membres de la MS-13 ont été ac­cu­sés d’avoir tué un ado­les­cent du com­té de Nas­sau dans le simple but d’être pro­mu au sein de leur or­ga­ni­sa­tion. […] Les com­mu­nau­tés de New York ont aus­si énor­mé­ment souf­fert de la vio­lence odieuse du gang. En ef­fet, près de 40 % de tous les meurtres com­mis entre jan­vier 2016 et juin 2017 dans le seul com­té de Suf­folk, à New York, étaient liés à la MS-13. »

I POUR « INI­TIA­TION » Ne de­vient pas un membre de la MS-13 qui veut. Pour être ini­tiés, les can­di­dats doivent tout d’abord as­sas­si­ner le membre d’un gang ri­val. Comme ces meurtres se font par­fois dans la rue, en plein jour, ils ne manquent pas de ré­pandre la ter­reur au sein de la po­pu­la­tion… sur­tout lorsque le can­di­dat tire sur sa vic­time à bout por­tant en plein vi­sage. Une fois fait, les membres votent pour sa­voir si le can­di­dat est digne d’être ad­mis par­mi eux. S’il ob­tient la ma­jo­ri­té des voix, il doit se pré­pa­rer à re­ce­voir la ra­clée de sa vie, deuxième et der­nière étape de l’ini­tia­tion. C’est ain­si qu’il est as­sailli de

toutes parts par les autres membres tan­dis que ceux-ci comptent len­te­ment jus­qu’à 13. Voi­là com­ment on entre dans la MS-13… et la seule ma­nière d’en sor­tir est ha­bi­tuel­le­ment la mort.

J POUR « JEUNOCIDE » Se­lon un rap­port D’ONU-HA­BI­TAT, les en­fants is­sus de fa­milles pauvres de­viennent dé­lin­quants dès l’âge de 10 ans. Plu­sieurs d’entre eux quittent l’école très tôt, tan­dis que d’autres n’y vont tout sim­ple­ment pas. Ils se re­trouvent donc sans em­ploi et doivent se tour­ner vers des ac­ti­vi­tés illé­gales pour sur­vivre. Bien évi­dem­ment, la MS-13 n’est tou­te­fois pas le seul gang cri­mi­nel d’amé­rique cen­trale et, dans l’en­semble, tou­jours se­lon L’ONU, on y comp­te­rait près d’un de­mi-mil­lion de jeunes cri­mi­nels âgés de 15 à 24 ans qui se livrent une guerre sans fin. Dans cette tranche d’âge, on es­time qu’un jeune a en­vi­ron trois fois plus de chances de se faire as­sas­si­ner en Amé­rique cen­trale qu’aux États-unis, soit 30 fois plus qu’au Ca­na­da et 300 fois plus qu’au Ja­pon.

K POUR « KILL, RAPE, CON­TROL » Si le but pre­mier de la MS-13 était ja­dis de dé­fendre ses in­té­rêts, l’or­ga­ni­sa­tion est ra­pi­de­ment pas­sée à l’of­fen­sive et com­met de­puis des actes d’une vio­lence in­ouïe, les­quels sus­citent la crainte de leurs ri­vaux. Pour ins­tau­rer cette peur, on n’hé­site pas à dé­lais­ser l’arme à feu et à lui pré­fé­rer la ma­chette ou à re­cou­rir à des viols col­lec­tifs; le genre de crimes qui fait évi­dem­ment man­chettes et nour­rit l’image que le gang sou­haite pro­je­ter. C’est ain­si que l’an der­nier, par exemple, lors du pro­cès de Mi­guel An­gel Al­va­rez-flores, 22 ans, et de Die­go Alexan Her­nan­dez-ri­ve­ra, 18 ans, ac­cu­sés d’agres­sion sexuelle et de meurtre, ces deux membres de la MS-13, loin d’éprou­ver des re­mords, ont plu­tôt en­voyé la main à la ca­mé­ra en riant. Des images qui n’ont pas man­qué de cho­quer les mé­dias.

L POUR « LOS AN­GELES » Bien que l’on re­cense des membres de la MS-13 dans pas moins de 42 États amé­ri­cains, et ce, même en Alas­ka (!), c’est en­core en Ca­li­for­nie qu’ils sont le plus nom­breux, qu’ils font le plus de ra­vage et qu’ils s’at­taquent le plus à la com­pé­ti­tion. Pour bien éva­luer les forces en pré­sence, il faut se rap­pe­ler qu’à l’ori­gine, une par­tie des im­mi­grants sal­va­do­riens s’étaient en­traî­nés et avaient com­bat­tu pen­dant la guerre ci­vile avant de se ré­fu­gier aux États-unis. Ha­bi­tués à un ni­veau de vio­lence ex­trême, ils étaient peu im­pres­sion­nés par les ba­tailles de rues de Los An­geles et y ont ra­pi­de­ment fait leur propre loi.

M POUR « MA­RA SALVATRUCHA » En­fin, que si­gni­fie donc MS-13? La lettre M tient pour « ma­ra » qui, en es­pa­gnol, est le di­mi­nu­tif de « ma­ra­bun­da »; une four­mi afri­caine par­ti­cu­liè­re­ment vo­race re­con­nue pour agir en com­mu­nau­té de plu­sieurs mil­liers. Une image qui va à mer­veille à ces groupes or­ga­ni­sés de jeunes se li­vrant à des ac­ti­vi­tés cri­mi­nelles. La lettre S est quant à elle mise pour « salvatrucha », au­tre­ment dit des Sal­va­do­riens ma­lins. En­fin, la lettre M est aus­si la trei­zième lettre de l’al­pha­bet, d’où l’ap­pel­la­tion « MS-13 ».

« PLUS LE CRIME QU’ILS COM­METTENT EST HOR­RIBLE, PLUS ILS S’EN RÉJOUISSENT »

AN­CIEN MEMBRE ANO­NYME DU MS-13

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