La mi­sère pour le plai­sir

Ma­gha­lie Ro­chette aime se don­ner de la mi­sère. C’est un préa­lable lors­qu’on as­pire à être par­mi les meilleures cou­reuses de cy­clo­cross et de vé­lo de mon­tagne au monde. Or au-de­là des ré­sul­tats et de cette in­cli­na­tion do­lo­riste, on dé­couvre chez la ving­ten

Vélo Mag - - Podium David Desjardins -

On y a cru un mo­ment. Au pre­mier tour des Cham­pion­nats du monde de cy­clo­cross à Fau­que­mont, dans le Lim­bourg, aux Pays-Bas, Ma­gha­lie Ro­chette connais­sait le dé­part ca­non qu’il lui fal­lait pour ré­pé­ter l’ex­ploit de l’an­née pré­cé­dente au Luxem­bourg, c’est-àdire une cin­quième place – aus­si em­bal­lante qu’in­at­ten­due.

Mais ra­pi­de­ment, la cy­cliste de 24 ans s’est lais­sée glis­ser, dans le clas­se­ment comme sur le par­cours qui, sans doute par­mi les plus bru­taux du genre, s’était trans­for­mé en champ de boue. Il fal­lait cou­rir de longs seg­ments ren­dus im­pra­ti­cables sur deux roues par le pas­sage suc­ces­sif des cou­reuses, qui for­mait de pro­fondes tran­chées à la fois dures et vis­queuses. Sans par­ler des dé­vers aux pour­cen­tages pro­hi­bi­tifs.

« J’ai l’im­pres­sion que soit j’es­sayais trop fort, soit j’étais trop pru­dente. Je cou­rais dans des sec­tions où j’au­rais dû rou­ler, et je ten­tais de rou­ler dans des sec­tions où j’au­rais dû cou­rir. Je n’ai jamais trou­vé comment être ef­fi­cace, et j’ai par consé­quent eu un ré­sul­tat moyen. Évi­dem­ment, je suis un peu dé­çue. En même temps, je ne suis pas dé­vas­tée : j’ai vraiment fait de mon mieux. »

Sa der­nière phrase ré­sume bien l’at­ti­tude gé­né­rale de Ma­gha­lie Ro­chette: te­nace, fon­ceuse, am­bi­tieuse et éga­le­ment ca­pable de vivre avec les aléas de la vie com­pé­ti­tive. Quelque chose comme une sorte de lé­gè­re­té qui permet aux dé­cep­tions (plu­tôt nom- breuses cette an­née) de se dis­soudre dans la convic­tion d’avoir tout don­né.

L’am­biance qui règne au sein de l’équipe Clif (au­tre­fois Lu­na) à la­quelle elle s’est jointe en 2014 y est peut-être pour quelque chose. « Tout le monde y est as­sez proche et s’en­traide au mieux de ses pos­si­bi­li­tés, ex­plique- t-elle. Cer­taines des filles dans l’équipe sont pra­ti­que­ment mes meilleures amies. Quand je suis ar­ri­vée, j’étais la plus jeune de beau­coup. Une re­la­tion de men­tore/ap­pren­tie s’est donc ins­tal­lée entre cer­taines filles et moi. Quatre ans plus tard, cette re­la­tion est tou­jours pré­sente, ce­pen­dant il s’agit main­te­nant da­van­tage d’un par­tage d’idées que d’une re­la­tion d’ap­pren­tis­sage uni­di­rec­tion­nelle. »

Il y a chez la jeune femme un vé­ri­table ta­lent de cy­cliste et une ins­pi­rante ca­pa­ci­té à souf­frir dans des condi­tions de course par­fois mi­sé­rables, mais pas seule­ment. Sa ma­nière de prendre du re­cul face aux choses, de faire vi­brer les gens au­tour d’elle au dia­pa­son de ses pas­sions est peut-être ce qui la dé­fi­nit mieux en­core. D’abord, elle ne se contente pas de se ra­con­ter sur son blogue d’ath­lète et pro­fite de sa vi­si­bi­li­té pour faire connaître des per­son­nages plus obs­curs bien qu’es­sen­tiels au bon fonc­tion­ne­ment des équipes de course. Et pas seule­ment la sienne. En­suite, elle et son co­pain (Da­vid Ga­gnon, qui est aus­si son entraîneur) ont mis sur pied CX Fe­ver, un pro­gramme vi­sant à contri­buer au dé­ve­lop­pe­ment du sport chez les plus jeunes. « J’ai tou­jours été chan­ceuse de re­ce­voir de l’aide de gens plus ex­pé­ri­men­tés que moi qui ont par­ta­gé leurs res­sources et leurs connais­sances avec moi. Alors j’ai dé­ci­dé de faire pa­reil. »

La pro­chaine sai­son? Ma­gha­lie l’en­vi­sage avec l’en­thou­siasme de celle qui a com­pris qu’elle pou­vait as­pi­rer au meilleur mais qu’elle doit se don­ner le temps et les oc­ca­sions d’y par­ve­nir. Pre­mier ob­jec­tif : se qua­li­fier pour les Cham­pion­nats du monde de vé­lo de mon­tagne, entre autres en par­ti­ci­pant à quelques courses en Eu­rope. Elle ai­me­rait aus­si s’ins­tal­ler plus long­temps sur le Vieux Conti­nent du­rant la sai­son de cy­clo­cross. « Le sport est dif­fé­rent en Eu­rope ; la com­pé­ti­tion est très re­le­vée et les par­cours sont plus dif­fi­ciles. Je pense que pas­ser du temps là-bas est ce qu’il me faut pour at­teindre le pro­chain ni­veau. » Ça s’ap­pelle se don­ner les moyens de ses am­bi­tions.

Le par­cours de Fau­que­mont était par­ti­cu­liè­re­ment dif­fi­cile.

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