VA­CANCES SUR DEUX ROUES

Pour­quoi som­brer dans le far­niente sur une plage alors qu’il est pos­sible de bouf­fer des ki­lo­mètres ? C’est ce se­cond choix que font chaque prin­temps des mil­liers de cy­clistes du Qué­bec. Coup d’oeil sur les camps d’en­traî­ne­ment, vé­ri­tables va­cances sur de

Vélo Mag - - Reportage Maxime Bilodeau -

Dire que Marc Du­four a in­ven­té les camps d’en­traî­ne­ment pour cy­clistes au Qué­bec se­rait un peu exa­gé­ré – mais pas tant que ça. Lors­qu’il a com­men­cé à en or­ga­ni­ser en Vir­gi­nie en 1996, le grand pa­tron du Groupe Cen­tri­fuge fai­sait of­fice de pré­cur­seur. « À l’époque, seuls les cou­reurs pro­fes­sion­nels se payaient ce luxe. C’était une pra­tique ré­ser­vée qua­si ex­clu­si­ve­ment à l’élite », se sou­vient l’homme aujourd’hui âgé de 50 ans qui ef­fec­tuait alors des al­lers et re­tours ré­gu­liers entre Mon­tréal et l’État amé­ri­cain au vo­lant d’un mi­ni­bus de quinze places.

Vingt-deux ans plus tard, le Groupe Cen­tri­fuge conti­nue d’or­ches­trer des stages de mise en forme prin­ta­niers dans la ré­gion de New Castle – ceux de 2018 s’éta­le­ront d’ailleurs sur six se­maines, entre le 24 mars et le 5 mai pro­chains. Au con­cept ori­gi­nal (un camp de base confor­table, de belles routes, et bas­ta !) se sont gref­fées quelques com­mo­di­tés afin de maxi­mi­ser l’ex­pé­rience des 60 par­ti­ci­pants par camp. « Nous of­frons de la mas­so­thé­ra­pie, des ser­vices de mé­ca­nique et de la­vage de vé­lo sur place, ain­si que des es­sais de vé­los Ar­gon 18, entre autres. Le cy­cliste qui dé­barque ici pé­nètre dans une vé­ri­table bulle », ex­plique-t-il.

Ré­sul­tat : en­vi­ron 60 % des par­ti­ci­pants font du camp Cen­tri­fuge un pè­le­ri­nage an­nuel, rap­porte Marc Du­four. « N’im­porte qui peut se louer une chambre d’hô­tel sous des cieux clé­ments et partir rou­ler. Pour notre part, nous mi­sons sur une or­ga­ni­sa­tion ir­ré­pro­chable et une am­biance qui donne le goût de se dé­pas­ser. Nous ven­dons une ex­pé­rience », re­lève-t-il.

Rou­ler comme un pro Dé­mo­cra­ti­sa­tion du sport cy­cliste ai­dant, l’offre en ma­tière de camps d’en­traî­ne­ment au Qué­bec a lit­té­ra­le­ment ex­plo­sé ces der­nières an­nées. Il existe aujourd’hui des di­zaines de pro­duits pour tous les goûts, du camp d’en­traî­ne­ment axé sur la per­for­mance au voyage de vé­lo plus clas­sique en pas­sant par tous les dé­ri­vés pos­sibles, y com­pris le triathlon (voir en­ca­dré ci-des­sous). Les des­ti­na­tions pro­po­sées sont tout aus­si va­riées: Cu­ba, Ma­jorque, Ari­zo­na, Vir­gi­nie, Ca­li­for­nie, Ré­pu­blique do­mi­ni­caine, alouette ! Leur seul point en com­mun : la ga­ran­tie de pé­da­ler au chaud en échange de plu­sieurs cen­taines, voire quelques mil­liers de dol­lars.

Comment s’y re­trou­ver ? Chose cer­taine, le prix ne de­vrait pas être le cri­tère dé­ci­sion­nel nu­mé­ro un lors­qu’on ma­ga­sine ce genre de pro­duit, es­time Yan­nick Co­jan, an­cien cy­cliste pro­fes­sion­nel et res­pon­sable pen­dant nombre d’an­nées du camp d’en­traî­ne­ment Vé­lo Mag. « Quand on uti­lise ces ser­vices, on veut être pris en charge de A à Z comme le se­rait un pro­fes­sion­nel, tant sur le vé­lo qu’en de­hors. Mal­heu­reu­se­ment, moins on paie cher, moins bons et struc­tu­rés sont les ser­vices », sou­ligne-t-il. Un ho­raire dé­taillé à l’heure près est un « strict mi­ni­mum », dit-il. Idem en ce qui concerne un plan d’ur­gence en vue d’un ac­ci­dent sur la route (voir en­ca­dré en haut à droite).

Un con­seil : pre­nez garde aux spé­cia­listes au­to­pro­cla­més qui or­ga­nisent des camps sur le coin d’une table. Beau­coup le font dans l’op­tique de faire d’une pierre deux coups et d’ain­si se payer des va­cances. « C’est un plan pour être lais­sé à soi-même pen­dant toute la se­maine. Mon per­son­nel et moi sommes là pour tra­vailler, pas pour nous la cou­ler douce », af­firme Marc Du­four, du Groupe Cen­tri­fuge. À ce titre, le ra­tio d’en­ca­dreurs et de par­ti­ci­pants est une in­for­ma­tion per­ti­nente à vé­ri­fier. Tout ce qui ex­cède 1 guide pour 10 cy­clistes de­vrait faire sour­ciller. Un trem­plin Il faut aus­si s’as­su­rer que le ni­veau des cy­clistes ci­blés par un camp d’en­traî­ne­ment cor­res­pond au sien. Après tout, on parle bien d’un stage de mise en forme, pas de re­mise en forme ! « Il n’y a rien de plus plate que de faire du vé­lo contem­pla­tif quand on veut rou­ler fort, ou vice ver­sa », fait va­loir Ch­ris­tian Ouel­let, qui pi­lote chaque an­née des camps d’en­traî­ne­ment pour le compte de la com­pa­gnie qué­bé­coise Gran Fon­do Éco. On s’in­forme du nombre d’ar­rêts et de ra­vi­taille­ments pré­vus par sor­tie, de même que de la com­po­si­tion des groupes de vi­tesse... si bien sûr il y en a.

Ch­ris­tian Ouel­let in­siste éga­le­ment sur la né­ces­si­té de bien se pré­pa­rer en vue de ces quelques jours de dé­bauche de ki­lo­mètres. Se­lon lui, le plai­sir qu’on re­tire d’un tel exer­cice est pro­por­tion­nel à son ni­veau de forme phy­sique. « On de­vrait l’abor­der de la même fa­çon qu’on aborde une com­pé­ti­tion. On pré­voit donc du re­pos avant, de ma­nière à y ar­ri­ver frais et dis­pos, mais aus­si après, en vue d’ab­sor­ber la charge nd d’en­traî­ne­ment », conseille ce­lui qui est entraîneur-chef des Dy­na­miks de Contre­coeur. Le but : re­ve­nir in­demne de son sé­jour afin d’être en me­sure de pour­suivre sur sa lan­cée une fois de re­tour au Qué­bec. « C’est un trem­plin pour la sai­son à venir, pas une fin en soi », nuance-t-il.

Bien sûr, on peut faire fi de toutes ces pro­po­si­tions et or­ga­ni­ser un camp d’en­traî­ne­ment par ses propres moyens. Outre la fac­ture, qui se­ra né­ces­sai­re­ment moins éle­vée que si on cogne à la porte d’une en­tre­prise, l’op­tion du do it your­self (DIY) pré­sente l’avan­tage de la flexi­bi­li­té. On s’en­vole là où on le dé­sire, on pé­dale comme on veut, sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. La sainte paix, quoi ! Mais at­ten­tion : cette li­ber­té a tout de même un prix, ce­lui du temps. « Pré­pa­rer un camp d’en­traî­ne­ment de­mande beau­coup d’éner­gie. Per­son­nel­le­ment, je peux fa­ci­le­ment in­ves­tir de 40 à 60 heures dans l’exer­cice avant que je ne le consi­dère à la hau­teur », pré­vient Ch­ris­tian Ouel­let. Du temps mieux in­ves­ti dans son en­traî­ne­ment en vue du­dit camp? C’est à vous de tran­cher.

Cen­tri­fuge ver­sion mise en forme prin­ta­nière

Gran Fon­do Éco à Cu­ba

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