Gi­ro d’Ita­lia : quand Is­raël adopte le rose

Vélo Mag - - Sommaire -

Syl­van Adams a tra­vaillé fort pour que le Gi­ro d’Ita­lia parte d’Is­raël avant de re­joindre la botte ita­lienne. L’homme d’af­faires ca­na­dien dé­tient un pal­ma­rès spor­tif aus­si so­lide que ses réus­sites im­mo­bi­lières. Après avoir don­né un pe­tit coup de pouce à l’équipe Spi­derTech de Steve Bauer, il est de­ve­nu co­pro­prié­taire de l’équipe conti­nen­tale pro Is­rael Cy­cling Aca­de­my.

Puis Syl­van Adams a quit­té le Ca­na­da et s’est ins­tal­lé en Is­raël, où la ve­nue du Gi­ro pro­voque quelques re­mous. D’abord, les or­ga­ni­sa­teurs du Gi­ro se sont fait ta­per sur les doigts par le gou­ver­ne­ment is­raé­lien pour avoir an­non­cé la pos­si­bi­li­té d’un départ de Jé­ru­sa­lem-Ouest plu­tôt que d’une seule ville de Jé­ru­sa­lem uni­fiée. Aus­si, deux équipes du Pro Tour (Bah­rain-Me­ri­da et UAE Emi­rates) pro­viennent de pays qui ne re­con­naissent pas Is­raël; elles n’ont ce­pen­dant pas an­non­cé qu’elles ne par­ti­ci­pe­raient pas au Gi­ro.

Reste qu’un « Grand Départ » coûte cher. Le chiffre de 12 mil­lions d’eu­ros cir­cule, une fac­ture gon­flée par les coûts de lo­gis­tique et de sé­cu­ri­té. Avant le départ du 4 mai, Vé­lo Mag a po­sé quelques ques­tions à Syl­van Adams, qui porte la cas­quette de pré­sident ho­no­raire du Big Start in Is­rael.

Q Qui a été le plus dif­fi­cile à convaincre : les or­ga­ni­sa­teurs du Gi­ro ou le gou­ver­ne­ment is­raé­lien ?

R Comme il n’est ja­mais ar­ri­vé qu’un Grand Tour dé­bute hors de l’Eu­rope, les gens du Gi­ro ont trou­vé que l’idée était un peu folle. J’ai per­sua­dé le di­rec­teur de la course, Mau­ro Ve­gni, de venir voir sur le ter­rain. Quand il a consta­té la beau­té du par­cours, la qua­li­té des routes, les condi­tions de sé­cu­ri­té et le dy­na­misme de la culture cy­cliste, il a été convain­cu. Du cô­té du gou­ver­ne­ment, tout le monde était bien en­thou­siaste d’ac­cueillir l’évé­ne­ment spor­tif le plus im­por­tant des 70 ans d’his­toire d’Is­raël.

Q

I Les routes is­raé­liennes sont-elles adap­tées à une grosse course cy­cliste comme le Gi­ro ? R

I En fait, les routes ca­na­diennes, et par­ti­cu­liè­re­ment celles du Qué­bec, ne sont pas aus­si bien en­tre­te­nues que celles d’Is­raël. En outre, la mé­téo est par­faite douze mois sur douze. Is­raël est un pe­tit pays, mais il y a de fan­tas­tiques pay­sages : la côte mé­di­ter­ra­néenne, les fo­rêts tem­pé­rées du nord, les mon­tagnes arides de Ju­dée et le dé­sert sec du Né­guev au sud, sans ou­blier la mer Morte, à plus de 400 m sous le ni­veau de la mer.

Q Pou­vez-vous nous faire une ra­pide des­crip­tion des trois étapes ?

R L’idée de par­tir de Jé­ru­sa­lem, point de re­père des trois re­li­gions mo­no­théistes – le ju­daïsme, le chris­tia­nisme et l’is­lam –, fai­sait consen­sus ; les Ita­liens nous ont convain­cus qu’il fal­lait un contre-la-montre en vue de mon­trer la ville à la pre­mière étape. En ce qui concerne la deuxième étape, nous avons choi­si de com­men­cer à Haï­fa, où ha­bite une po­pu­la­tion mixte is­raé­lienne, arabe et juive ; en­suite, le par­cours pas­se­ra par Na­za­reth, ville où Jé­sus vé­cut sa jeu­nesse, pour se ter- mi­ner sur la côte, dans la mé­tro­pole ul­tra­mo­derne de Tel-Aviv–Jaf­fa. La troi­sième étape par­ti­ra de Be’er She­va et tra­ver­se­ra le dé­sert du Né­guev avant d’ar­ri­ver à Ei­lat, sur les bords de la mer Rouge.

Q Politique et sport peuvent-ils mar­cher la main dans la main ?

R Je pense que la politique et le sport de­vraient être sé­pa­rés. Mais si l’es­prit spor­tif et les évé­ne­ments spor­tifs peuvent être un pont qui unit les gens, c’est une rai­son sup­plé­men­taire d’en or­ga­ni­ser. Dans cet es­prit, chaque cou­reur de l’Is­rael Cy­cling Aca­de­my a été dé­si­gné comme « am­bas­sa­deur de la paix » par le Centre Peres pour la paix et l’in­no­va­tion fon­dé par le prix No­bel et an­cien pré­sident Shi­mon Peres ; ce­la veut dire que nos cou­reurs doivent avoir un com­por­te­ment exem­plaire dans tous les do­maines.

Q Pou­vez-vous nous en dire da­van­tage sur cette équipe?

R C’est la pre­mière équipe pro­fes­sion­nelle en Is­raël. Elle a d’ailleurs re­çu une in­vi­ta­tion à par­ti­ci­per au Gi­ro. L’idée est d’in­ci­ter les pa­rents à im­pli­quer les en­fants tôt dans le sport afin que ceux-ci puissent po­ten­tiel­le­ment at­teindre un haut ni­veau. Le mot « aca­dé­mie » in­dique que nous avons des pro­grammes de for­ma­tion des­ti­nés aux en­fants dé­fa­vo­ri­sés par­tout dans le pays.

Q Guillaume Boi­vin fait par­tie de votre équipe. Quelle est votre per­cep­tion du cou­reur qué­bé­cois ?

R Guillaume est un cou­reur très puis­sant. Il a tout de même ter­mi­né 3e des Cham­pion­nats du monde U23 en plus d’avoir une ex­cel­lente éthique de tra­vail. Nous avons de grandes at­tentes en­vers « G » – c’est ain­si que nous l’ap­pe­lons. Il a un rôle très im­por­tant dans l’aide qu’il ap­porte à ses co­équi­piers.

Syl­van Adams

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