Hu­go Houle : sa­gesse et rêve ac­com­pli

Au terme de son contrat avec As­ta­na, Hu­go Houle au­ra ac­com­pli neuf an­nées de cyclisme pro­fes­sion­nel. S’il af­firme en­core se plaire sur le vé­lo, il évoque son ave­nir avec la sa­gesse d’un vé­té­ran qui voit bien que la vie re­cèle d’autres pro­messes que celles

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Quand, dé­but dé­cembre, l’équipe ka­za­khe As­ta­na s’est amu­sée à faire croire qu’elle obli­geait ses nou­veaux cou­reurs à se faire ta­touer le nom de l’équipe sur le corps, on a com­pris qu’il s’y tra­mait quelque chose de neuf. L’es­couade, qui sous la fé­rule d’Alexandre Vi­no­kou­rov avait tou­jours don­né une im­pres­sion d’aus­té­ri­té, sem­blait avoir ap­pris à ri­go­ler. Les ré­sul­tats sui­vraient. Au mo­ment d’écrire ces lignes, soit au len­de­main des clas­siques ar­den­naises, As­ta­na cu­mu­lait 12 vic­toires, dont trois étapes au Tour des Alpes (Luis León Sán­chez et Mi­guel Án­gel Ló­pez), les deux pre­mières places au clas­se­ment gé­né­ral du Tour d’Oman (Alexey Lut­sen­ko et Ló­pez), mais sur­tout deux triomphes si­gnés de la main du Da­nois, Mi­chael Val­gren, sur Het Nieuws­blad et l’Am­stel Gold Race. Hu­go Houle a in­té­gré l’équipe en dé­cembre. Juste à temps pour se faire faus­se­ment ta­touer. Le Qué­bé­cois, qui ve­nait de pas­ser cinq an­nées au sein de l’AG2R La Mon­diale, a tout de suite sen­ti qu’il s’y pas­sait quelque chose d’ins­pi­rant. « Il n’y a pas de clique, le groupe s’en­tend bien, c’est vrai­ment une gang de chums, et ça pa­raît. Les équipes ont la ca­pa­ci­té de se payer de gros lea­ders, mais ce genre de chi­mie-là, c’est plus dif­fi­ci­leà ob­te­nir. » En chiffres ab­so­lus, les ré­sul­tats de Hu­go Houle peuvent avoir l’air dé­ri­soires. Ils ne tiennent tou­te­fois pas compte du tra­vail de pla­ce­ment sou­vent extrêmement éprou­vant qui est le sien : pla­cer un lea­der comme Val­gren au bon en­droit et au mo­ment op­por­tun tout au long de clas­siques sur pa­vés re­lève en soi de l’ex­ploit phy­sique et men­tal. Et Houle n’est pas à la ra­masse, par la suite : l’in­ven­taire de ceux qui l’ac­com­pagnent sur la ligne d’ar­ri­vée dans les feuilles de ré­sul­tats (mer­ci, ProCy­clingS­tats !) per­met de consta­ter qu’il est en ex­cel­lente com­pa­gnie. « La forme est bonne, ça s’amé­liore chaque an­née, et l’équipe semble très contente de ce que je fais », ob­serve-t-il. Hu­go Houle pa­raît avoir trou­vé sa place dans le pe­lo­ton et le pe­lo­ton, lui, une place confor­table dans son esprit. Même la pré­ca­ri­té de l’em­ploi dans le cyclisme pro ne le te­naille plus. « Pour être bien hon­nête avec toi, ça ne me stresse plus vrai­ment, confie-t-il. Ça va faire neuf ans que je suis pro à la finde ce contrat [de deux ans], dit-il. J’ap­pré­cie la chance que j’ai de faire ça, et s’il me reste en­core de belles an­nées de course, je ne m’en fais plus avec l’ave­nir. Plus jeune, je ne voyais pas les choses du même angle. Là, j’es­saie de ne pas trop me mettre de pres­sion. Je veux re­ve­nir à la base, m’amu­ser sur mon vé­lo. » Il y a une beau­té cer­taine dans le ton comme dans les pa­roles que pro­nonce Houle de son dé­bit lent mais as­su­ré, qui s’ac­corde par­fai­te­ment au thème de la sa­gesse qui res­sort de l’en­tre­tien sans que ja­mais le mot ne soit dit. Il y a quelque chose aus­si du rêve ac­com­pli. Presque une dé­cen­nie chez les pros. Le vé­lo comme bou­lot pen­dant tout ce temps. « Nous sommes sous pres­sion pour per­for­mer, mais il faut re­la­ti­vi­ser les choses, sur­tout quand du monde meurt », pour­suit-il, évo­quant la fin tra­gique du jeune Mi­chael Goo­laerts sur Pa­ris-Rou­baix. « Je suis convain­cu que j’ai en­core de belles an­nées de­vant moi, mais si c’est fi­nia­près, c’est fi­ni.Il y a tel­le­ment d’autres belles choses dans la vie. »

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