SI­CI­LIA EN PRI­MEUR

Vins et Vignobles - - Sommaire - Par Ema­nuele PELLUCCI Texte et pho­tos

Or­ga­ni­sée par As­so­vi­ni Si­ci­lia, cette ren­contre an­nuelle per­met de dé­cou­vrir les nou­veaux pro­duc­teurs, les nou­veaux mil­lé­simes et de consta­ter sur place les pro­grès oe­no­lo­giques de cette grande île de la Mé­di­ter­ra­née.

En avril der­nier, la Si­cile cé­lé­brait la 13 édi­tion de Si­ci­lia en Pri­meur, la pré­sen­ta­tion à la presse in­ter­na­tio­nale de la pro­duc­tion vi­ni­cole des der­niers mil­lé­simes, sans doute la meilleure vi­trine pour suivre l’évo­lu­tion qua­li­ta­tive des vins de l’île et pour connaître les dif­fé­rentes zones de pro­duc­tion. L’évé­ne­ment est or­ga­ni­sé par As­so­vi­ni Si­ci­lia, une as­so­cia­tion née en 1998 à l’ini­tia­tive de trois par­mi les plus im­por­tants pro­duc­teurs de l’île - Die­go Pla­ne­ta, Gia­co­mo Ral­lo (Don­na­fu­ga­ta), Lu­cio Tas­ca d’Al­me­ri­ta - et qui compte main­te­nant 79 as­so­ciés. Ceux-ci pro­duisent 87 % en va­leur des vins si­ci­liens em­bou­teillés. L’aire vi­ti­cole de l’île est d’en­vi­ron 100 000 hec­tares et la pro­duc­tion 2015 a été lé­gè­re­ment su­pé­rieure à 5,5 mil­lions d’hec­to­litres.

«Grâce à son ac­ti­vi­té, dit le pré­sident Fran­ces­co Fer­re­ri, As­so­vi­ni Si­ci­lia a contri­bué à dé­ve­lop­per une conscience qui réunit tous les en­tre­pre­neurs avec la même idée de qua­li­té, convain­cus de l'uni­ci­té de leur ter­ri­toire et de leurs pro­duits. Le ren­dez-vous Si­ci­lia en Pri­meur re­pré­sente donc la meilleure oc­ca­sion pour faire connaître les dif­fé­rents as­pects de l'oe­no­lo­gie et les ter­ri­toires ré­gio­naux en of­frant aux jour­na­listes l'oc­ca­sion de dé­gus­ter des vins aus­si dif­fé­rents que Ce­ra­suo­lo di Vit­to­ria (la seule DOCG si­ci­lienne), Ne­rel­lo Mas­ca­lese de l'Et­na, Ne­ro d'Avo­la de No­to et Grillo de Mar­sa­la.»

La cen­taine de jour­na­listes, réunis pen­dant deux jours dans un en­droit ma­gni­fique, le Ver­du­ra Re­sort de Sciac­ca, ont pu dé­gus­ter tous ces vins, mais ils ont pu aus­si en dé­cou­vrir d'autres au cours de vi­sites aux do­maines. J'ai choi­si de vi­si­ter la zone oc­ci­den­tale de l'île qui com­prend une par­tie de la val­lée du Be­lice tris­te­ment fa­meuse à cause d'un très puis­sant séisme sur­ve­nu en 1968.

BAGLIO DI PIANETTO

«De­puis tou­jours je suis amou­reux de la Si­cile. C'est peut-être parce que dans une pre­mière vie j'ai vé­cu en Si­cile» dit le comte Pao­lo Mar­zot­to, de l'his­to­rique fa­mille d'en­tre­pre­neurs tex­tiles de la Vé­né­tie et du groupe vi­ni­cole San­ta Mar­ghe­ri­ta. Il faut rap­pe­ler qu'il fut aus­si, dans sa jeu­nesse, un cé­lèbre pi­lote de voi­tures de course avec ses trois frères, sur­nom­més «les comtes cou­rants» (voir V&V Vol 17 # 5, pp 14). En 1997, Mar­zot­to a ache­té près de Pa­lerme des hec­tares de terre pour créer Baglio di Pianetto, un do­maine spec­ta­cu­laire au mi­lieu des col­lines, avec des vignes plan­tées à 650 mètres d'al­ti­tude. Son ob­jec­tif était de pro­duire un vin qui exal­te­rait l'uni­ci­té du ter­roir si­ci­lien en uti­li­sant le sa­voir-faire des grands châ­teaux fran­çais. Il a donc plan­té 65 ha avec les cé­pages au­toch­tones (in­zo­lia, ca­tar­rat­to, grillo) et in­ter­na­tio­naux (ca­ber­net sau­vi­gnon, mer­lot, pe­tit ver­dot, vio­gnier), tous en cul­ture bio­lo­gique. Outre la pro­prié­té si­tuée près de San­ta Cris­ti­na Ge­la, Baglio di Pianetto pos­sède une deuxième cave (40 ha de vignes) dans la par­tie orien­tale de la Si­cile, près de Pa­chi­no-No­to, ber­ceau du cé­page ne­ro d'avo­la. Celle-ci est plan­tée de frap­pa­to, sy­rah et mos­ca­to di no­to. En tout, Baglio di Pianetto pro­duit 630 000 bou­teilles par an dont 40 % à l'ex­port. Au som­met de la gamme on trouve les blancs Fi­ci­li­gno et Ra­mione et les rouges Cem­ba­li, Car­du­ni et sur­tout Agnus. Ce der­nier vin, dont on ne connaît pas la com­po­si­tion va­rié­tale, peut être consi­dé­ré la réa­li­sa­tion du rêve de Pao­lo Mar­zot­to, un pro­duit unique et ex­tra­or­di­naire comme le ter­ri­toire de la Si­cile.

PRINCIPI DI SPADAFORA

Agréable, iro­nique, dé­con­trac­té, le prince Fran­ces­co Spadafora, des­cen­dant d'une an­cienne fa­mille aris­to­crate si­ci­lienne, nous ac­cueille en toute sim­pli­ci­té dans son do­maine. Spadafora a com­men­cé à mettre son vin en bou­teille en 1993 et la pre­mière éti­quette a été le Don Pie­tro (ca­ber­net sau­vi­gnon, mer­lot, ne­ro d'avo­la) en hom­mage à son père qui avait re­plan­té les vignes après le séisme de 1968. En moins d'un quart de siècle, la fa­mille Spadafora a réuni 95 hec­tares de vignes et 20 d'oli­viers, tout près de Cam­po­reale. Les cé­pages culti­vés, ca­tar­rat­to, grillo, in­zo­lia et char­don­nay pour les blancs, sy­rah, ca­ber­net, mer­lot et ne­ro d'avo­la pour les rouges, sont plan­tés à une al­ti­tude de 200 à 400 mètres.

«Le nou­veau vin si­ci­lien est né ici, aime ré­pé­ter le prince, parce que pen­dant une di­zaine d'an­nées, 1989 à 2000, l'Ins­ti­tut de la Vigne et du Vin de Si­cile a plan­té sur nos terres une vigne ex­pé­ri­men­tale plan­tée à la bor­de­laise.» À pré­sent, la pro­duc­tion est d'en­vi­ron 250 000 bou­teilles par­ta­gées 50-50 en blanc et en rouge, avec 45 % à l'ex­port. Par­mi les vins dégustés, nous avons pré­fé­ré le spu­mante me­to­do clas­si­co En­ri­ca Spadafora 2011, pro­duit avec du grillo, Grillo 2009 (en­core très frais), Ne­ro d'Avo­la 2011 et Sole dei Pa­dri 2003 (sy­rah 100 %).

FEUDO ARANCIO

C'est un des plus gros do­maines vi­ti­vi­ni­coles de la Si­cile avec 600 hec­tares de vignes (200 ha à Sam­bu­ca et 400 ha dans la val­lée de l'Acate), qui ap­par­tient à Mez­za­co­ro­na (1700 as­so­ciés dont le quar­tier gé­né­ral est dans le Tren­tin). Ar­ri­vé en Si­cile en 2001 avec un in­ves­tis­se­ment ini­tial de 100 mil­lions d'eu­ros, Feudo Arancio pro­duit ac­tuel­le­ment (pour les deux caves) 7 mil­lions de bou­teilles, dont 80-85 % sont des­ti­nés à l'ex­por­ta­tion dans 60 pays. Nous avons vi­si­té leur très belle pro­prié­té si­tuée près de Sam­bu­ca qui pro­duit à part égale des cé­pages blancs et noirs : grillo, char­don­nay, ne­ro d'avo­la, ca­ber­net, pi­not noir, sy­rah, mer­lot et pe­tit ver­dot. L'ir­ri­ga­tion se fait au goutte-à-goutte, les vignes sont taillées Guyot et cor­don royat, les ven­danges sont pour la plu­part mé­ca­niques et de nuit. Par­mi les vins dégustés, nous avons pré­fé­ré Da­li­la 2014 (grillo, vio­gnier), Cen­to­do­ro 2013 Ré­serve (ne­ro d'avo­la, ca­ber­net sau­vi­gnon), He­do­nis 2008 (ne­ro d'avo­la, sy­rah) et He­kate 2012, vin de ven­dange tar­dive (zi­bib­bo et autres va­rié­tés aro­ma­tiques).

TE­NU­TA RAPITALÀ

Re­cons­truire les vignes après le séisme de 1968 et com­mer­cia­li­ser les vins en bou­teille, voi­là ce qui a été le dé­fi de Gi­gi Guar­ra­si et de son ma­ri (main­te­nant dé­cé­dé), le comte Hugues Ber­nard de la Ga­ti­nais. La pre­mière pro­duc­tion de Rapitalà re­monte à 1975 et très vite, ils de­viennent connus en Ita­lie et à l'étran­ger. Dans les an­nées 1980-1990 la pro­duc­tion at­teint 1,2 mil­lion de bou­teilles. Dès le dé­but, la phi­lo­so­phie de Rapitalà a été de pro­duire des vins qui pré­servent les sa­veurs et les par­fums de la Si­cile tout en of­frant de l'élé­gance pour plaire aux pa­lais les plus raf­fi­nés. À par­tir de 1999 le Grup­po Ita­lia­no Vi­ni (GIV) achète 51% de la marque Te­nu­ta Rapitalà et grâce à ces nou­veaux in­ves­tis­se­ments la cave a pu être mo­der­ni­sée et la com­mer­cia­li­sa­tion a connu une nou­velle im­pul­sion. Ac­tuel­le­ment, le do­maine couvre 170 hec­tares de vignes dont 20 ha sont culti­vés en go­be­let et qui pro­duisent une grande quan­ti­té de vins ré­par­tis sur deux gammes: Te­nu­ta Rapitalà des­ti­née à l'Ho­re­ca et Rapitalà pour les grandes sur­faces. Au to­tal, 3 mil­lions de bou­teilles, avec 25 % à l'ex­port (France et États-Unis aux pre­miers rangs). Grâce à la col­la­bo­ra­tion avec l'Uni­ver­si­té de Pa­lerme, le do­maine tra­vaille pour amé­lio­rer en­core da­van­tage la qua­li­té des vins, prin­ci­pa­le­ment sur l'as­pect bio­lo­gique. En dé­gus­ta­tion, nous avons bien ap­pré­cié plu­sieurs vins de la ligne Te­nu­ta Rapitalà : Grillo 2015, Char­don­nay 2014, Nu­har 2014 (pi­not noir et ne­ro d'avo­la), So­li­ne­ro 2013 (sy­rah) et Hu­go­nis 2013 (ca­ber­net sau­vi­gnon et ne­ro d'avo­la).

DI GIOVANNA

C'est en 1860 que Cris­to­fo­ro Ciac­cio (sol­dat de Ga­ri­bal­di) plan­ta la pre­mière vigne sur les hautes col­lines de Fiu­mi­cel­lo à Sam­bu­ca di Si­ci­lia. De­puis cette époque, la fa­mille conti­nue de culti­ver les vignes et les oli­viers sur des ter­rains si­tués entre 650 et 870 mètres d'al­ti­tude (les plus éle­vés de la Si­cile oc­ci­den­tale). Main­te­nant ce sont les frères Gün­ther et Klaus Di Giovanna qui sont res­pon­sables du do­maine (56 hec­tares de vignes et 7 d'oli­viers), ayant pris la suite de leurs pa­rents Au­re­lio et Bar­ba­ra qui avaient com­men­cé dans les an­nées 1980 avant de dé­mé­na­ger en Al­le­magne. Ils avaient re­cher­ché quels étaient les meilleurs ter­rains et les meilleurs cé­pages avant de plan­ter des va­rié­tés au­toch­tones et in­ter­na­tio­nales. Le do­maine com­prend cinq par­celles (Ger­bi­no, Pa­ra­di­so, Mic­ci­na, San Gia­co­mo et Fiu­mi­nel­lo) qui donnent une pro­duc­tion de 250 000 bou­teilles dont 85 % est ex­por­té sur­tout en Al­le­magne, USA et Ca­na­da. Il faut sou­li­gner, in­ci­dem­ment, que De­nis Du­bour­dieu est l'oe­no­logue conseil du do­maine (mal­heu­reu­se­ment dé­cé­dé en juillet der­nier). Nous avons beau­coup ai­mé les vins dégustés dont les rouges Ger­bi­no 2015 (ne­ro d'avo­la 100 %), et le haut de gamme, He­lios 2014 (ne­ro d'avo­la, sy­rah).

Le vi­gnoble Rapitalà

PRIN­CIPE DI COR­LEONE

De­puis quatre gé­né­ra­tions, la fa­mille Pol­la­ra s'oc­cupe d'agri­cul­ture, mais la vi­ti­cul­ture n'a com­men­cé que dans les an­nées 1960 dans le but de vendre des rai­sins dans un pre­mier temps, et en­suite du vin en vrac. 1983 marque les dé­buts de la mise en bou­teille au do­maine. Le do­maine est plan­té de cé­pages au­toch­tones et aus­si de char­don­nay, pi­not blanc et ca­ber­net sau­vi­gnon grâce aux ex­pé­riences me­nées par l'Ins­ti­tut de la Vigne et du Vin de Si­cile. À pré­sent, la pro­prié­té qui est si­tuée à Mal­vel­lo près de Cor­leone, s'étend sur 100 hec­tares dont 75 sont plan­tés de vignes et dont la ges­tion est as­su­rée par le frère Vin­cen­zo et Lea Pol­la­ra et le fils de la mai­son Leo­lu­ca. La pro­duc­tion an­nuelle est d'un mil­lion de bou­teilles des­ti­nées à parts égales à l'Ho­re­ca et aux grandes sur­faces. Prin­cipe di Cor­leone pro­duit une vaste gamme de vins, même bio­lo­giques, qui prennent nais­sance dans un en­droit idyl­lique à 450 mètres d'al­ti­tude. Nous avons sur­tout ap­pré­cié Gocce di Luce 2015 (ne­ro d'avo­la de ven­dange tar­dive, vi­ni­fié en blanc), Grillo 2015, Quat­tro Can­ti 2013 (sy­rah, ne­ro d'avo­la) et Quer­cus Ré­serve 2013 (ca­ber­net sau­vi­gnon).

CAN­TINE SETTESOLI

Settesoli, une cave coo­pé­ra­tive fon­dée en 1958 à Men­fi, re­pré­sente 2000 vi­ti­cul­teurs as­so­ciés, 6000 hec­tares de vignes, trois caves de vi­ni­fi­ca­tion où chaque an­née, 500000 quin­taux de rai­sins sont trans­for­més en vin, et un centre d'em­bou­teillage et de sto­ckage. Can­tine Settesoli re­pré­sente donc la plus grosse en­tre­prise vi­ti­vi­ni­cole si­ci­lienne im­pli­quant 70 % des 5000 fa­milles de la zone de Agri­gen­to. Au-de­là des chiffres, c'est toute l'or­ga­ni­sa­tion de la coo­pé­ra­tive qui est sur­pre­nante : la grande at­ten­tion à la re­cherche dans la vigne, l'uti­li­sa­tion de la tech­no­lo­gie la plus mo­derne, la vaste base am­pé­lo­gra­phique avec de nom­breux cé­pages au­toch­tones et in­ter­na­tio­naux, la sé­lec­tion des rai­sins à la ven­dange, la sau­ve­garde de l'en­vi­ron­ne­ment et une forte or­ga­ni­sa­tion com­mer­ciale. Cette der­nière s'ex­prime à tra­vers 25 mil­lions de bou­teilles par an, dont 70 % à l'ex­port dans 30 pays, pour un chiffre d'af­faires su­pé­rieur à 50 mil­lions d'eu­ros.

Dans la large gamme de vins, une par­tie est des­ti­née à l'Ho­re­ca et l'autre aux grandes sur­faces, mais le haut de gamme est Man­dra­ros­sa. Ces vins, ob­te­nus par la meilleure sé­lec­tion des par­celles et des cé­pages, sont riches en charme, qua­li­té et tra­di­tion. Nous avons re­te­nu les vins su­vants lors de notre dé­gus­ta­tion : Man­dra­ros­sa Per­ri­cone Ro­sé, Man­dra­ros­sa Frap­pa­to et Man­dra­ros­sa Zi­bib­bo.

Vi­gnoble Ra­pi­talá en Si­cile

Les vi­gnobles en col­lines de Baglio di Pianetto près de Pa­lerme

Prin­cipe di Cor­leone Vin­cen­zo et Lea Pol­la­ra, et Leo­lu­ca

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