CH­TEAU SAINTE EU­LA­LIE

Pion­niers dans le Mi­ner­vois

Vins et Vignobles - - Sommaire - Par Ja­nine SAINE

Ch­ris­tine et Laurent Cous­tal

V&V - Ra­con­tez com­ment et pour­quoi vous avez ac­quis ce do­maine.

Laurent Cous­tal - Après 10 an­nées pas­sées dans le né­goce in­ter­na­tio­nal bor­de­lais, nous avons dé­ci­dé, ma femme Isa­belle et moi, de de­ve­nir vi­ti­cul­teurs. Pour réa­li­ser cet ob­jec­tif, nous avons dans un pre­mier temps cher­ché des vignes du cô­té du Bor­de­lais, mais le prix était trop éle­vé. Nous sommes donc par­tis à la re­cherche d'un do­maine vi­ti­cole dans les Cor­bières qui sont le ber­ceau fa­mi­lial de la fa­mille Cous­tal de­puis plu­sieurs siècles.

Pro­prié­té d’Isa­belle et de Laurent Cous­tal de­puis 1996,

ce do­maine de 38 ha est si­tué dans l’ap­pel­la­tion Mi­ner­vois-La La­vi­nière dans la ré­gion du Lan­gue­doc.

Fin juillet 1995, par une jour­née où nous étions écra­sés par le so­leil, nous avions don­né ren­dez-vous à un agent im­mo­bi­lier qui nous a fait vi­si­ter cinq pro­prié­tés sur les Cor­bières. Les bâ­ti­ments étaient ma­gni­fiques et té­moi­gnaient d'une pro­duc­tion plé­tho­rique à une autre époque qui avait per­mis de construire de si belles de­meures. Bref, le ter­roir était très pro­duc­tif. Un peu désa­bu­sé à la ter­rasse d'un bis­trot, si­ro­tant une menthe à l'eau, l'agent im­mo­bi­lier nous dit: «Je vois bien que vous n'êtes pas em­bal­lés par les do­maines que je vous ai mon­trés..., par contre, je connais bien un do­maine in­té­res­sant, mais il est dans le Mi­ner­vois.»

Aus­si­tôt, je lui ré­plique qu'il n'y en a qu'un seul qui pour­rait m'in­té­res­ser, car je l'avais vi­si­té 10 ans au­pa­ra­vant avec mes pro­fes­seurs de l'école d'oe­no­lo­gie de Tou­louse comme un exemple de ter­roir qua­li­ta­tif, et que c'était Sainte Eu­la­lie à La Li­vi­nière. Le vi­sage de l'agent im­mo­bi­lier s'illu­mi­na en­fin d'un large sou­rire et il me dit: «Vous avez de la chance, il s'agit de Sainte Eu­la­lie.» Je n'ai eu qu'une ré­ponse im­mé­diate: «J'achète.» Sans même dé­gus­ter les vins, car j'en pos­sé­dais dans ma cave, je lui ai fait une offre d'achat que le pro­prié­taire a ac­cep­tée. Isa­belle et moi concré­ti­sions un rêve né, il y a 10 ans.

V&V – Vos vi­gnobles sont si­tués dans l'ap­pel­la­tion Mi­ner­vois-La Li­vi­nière. Quelles en sont les ca­rac­té­ris­tiques géo­gra­phiques, du sol et du cli­mat ?

LC – Le Mi­ner­vois-La Li­vi­nière est com­po­sé de six villages dis­po­sés sur le flanc sud de la Mon­tagne Noire (entre Car­cas­sonne et Bé­ziers) qui bé­né­fi­cient de l'écou­le­ment d'air frais que pro­duit la mon­tagne dès la nuit tom­bée. Ce­ci a pour ef­fet de ra­len­tir la ma­tu­ri­té, ce qui est très bé­né­fique pour la qua­li­té des arômes et la fi­nesse des ta­nins. Le sol est à do­mi­nante ar­gi­lo-cal­caire avec un ph très éle­vé (+ 8,2), et qui a pour prin­ci­pale consé­quence de pro­duire des rai­sins plus acides qui confèrent une bonne fraî­cheur au vin. On re­trouve aus­si quelques sols ar­gi­lo-mar­neux et ar­gi­lo-gra­ve­leux sur les ter­rasses des an­ciennes ri­vières.

La plu­vio­mé­trie va­rie au plus sec de 450 mm de pluie par an jus­qu'à 600 mm en an­née nor­male.

V&V – Vous êtes cer­ti­fié «Haute Va­leur En­vi­ron­ne­men­tale». Que si­gni­fie cette cer­ti­fi­ca­tion?

LC – Notre cer­ti­fi­ca­tion «Haute Va­leur En­vi­ron­ne­men­tale» cor­res­pond à la nou­velle norme de «la lutte rai­son­née» qui prend en compte trois va­leurs fon­da­men­tales dans la pé­ren­ni­sa­tion d'une ex­ploi­ta­tion vi­ti­cole:

- Le res­pect du vé­gé­tal et des sols en li­mi­tant les pro­duits phy­to­sa­ni­taires. Nous ap­pli­quons une par­tie des prin­cipes de l'agri­cul­ture bio­lo­gique adap­tables à notre ter­roir. Cer­tains trai­te­ments bio sont in­cer­tains sur le dé­ve­lop­pe­ment de ma­la­dies comme la fla­ves­cence do­rée ou sur­tout la plus cou­rante, la pour­ri­ture grise ou «noire» qui dé­ve­loppe des mo­lé­cules par­fois plus no­cives que cer­tains pro­duits de trai­te­ments.

- Le res­pect de la na­ture avec le trai­te­ment des eaux usées de la­vage des ap­pa­reils et de la cave.

- Le res­pect des hommes en leur as­su­rant un ave­nir éco­no­mique stable, en ne pre­nant pas de risques

in­con­si­dé­rés, quant à l'orien­ta­tion ha­sar­deuse de la pro­duc­tion ou de la com­mer­cia­li­sa­tion.

V&V – Dé­cri­vez les membres de votre équipe et l'es­prit dans le­quel vous tra­vaillez en­semble.

LC – Notre équipe de tra­vail est consti­tuée de quatre per­sonnes: Isa­belle au com­mer­cial et à l'ad­mi­nis­tra­tif, Laurent à l'ex­ploi­ta­tion tech­nique des vignes et de la cave, Pe­dro et Hen­rique à l'en­tre­tien du vi­gnoble et du ma­té­riel. Nous par­ti­ci­pons en­semble aux ven­danges et à la vi­ni­fi­ca­tion ain­si qu'à la mise en bou­teilles. Quand il y a des tâches in­grates, dif­fi­ciles comme la taille par temps de grands froids ou les plan­ta­tions de nou­velles vignes, nous nous fai­sons ai­der ponc­tuel­le­ment par une aide ex­té­rieure.

V&V – Votre pro­duc­tion de vins in­clut blanc, ro­sé et rouge. Quel est le pro­fil de cha­cun de ces vins ?

LC – Tous nos vins sont ca­rac­té­ri­sés par une fraî­cheur peu cou­rante dans les vi­gnobles du Lan­gue­doc. Nous pro­dui­sons des ro­sés de bouche du fait que notre ter­roir li­mite beau­coup la quan­ti­té. Les vins sont donc tou­jours plus concen­trés. L'an­née 2000 est la seule où nous avons pro­duit le ren­de­ment au­to­ri­sé.

Pour les vins rouges, la fi­nesse des ta­nins et la puis­sance aro­ma­tique sont di­rec­te­ment liées aux condi­tions de sols et de cli­mat. À la cave, nous vi­ni­fions sans ar­ti­fices. La concen­tra­tion des rai­sins par le froid avant fer­men­ta­tion est la plus cou­rante. Elle stan­dar­dise les vins en confi­ture de cas­sis et fait ain­si dis­pa­raître l'arôme va­rié­tal d'un cé­page don­né... et je n'ose pen­ser aux douves de chêne que mettent cer­tains confrères. À la toute fin, par­fois une an­née ou deux, quoique que l'on fasse, il ne reste que le ter­roir qui s'ex­prime dans un vin.

V&V – Quel est votre vin phare et pour­quoi ?

LC – Mon pro­duit phare est La Can­ti­lène, car c'est avec ce vin dé­gus­té par­fois plus de 10 ans après son éla­bo­ra­tion, que je me­sure en­fin la va­leur de notre tra­vail et la gran­deur de notre ter­roir.

V&V – D'après vous quelles sont les spé­ci­fi­ci­tés qui res­sortent à tra­vers l'évo­lu­tion vi­ti­vi­ni­cole du Lan­gue­doc de­puis les deux der­nières dé­cen­nies ?

LC – Ce­la fait trente ans que j'ai dé­mar­ré ma car­rière d'oe­no­logue dans le Lan­gue­doc au­près de Marc Du­ber­net. Dé­jà, il y avait des vins fa­bu­leux et des ter­roirs à très hautes ex­pres­sions, certes qui existent en­core, mais ils n'ont ja­mais re­çu la re­con­nais­sance de leur juste va­leur.

Ce qui me fait le plus mal, après une vie dans le Lan­gue­doc, c'est d'en­tendre dire que l'on pro­dui­ra un jour de grands vins dans le Lan­gue­doc... Amis consom­ma­teurs, ne vous fiez pas à l'ordre éta­bli, li­bé­rez-vous et ap­pré­ciez les vins à leur juste va­leur !

V&V – Quels sont vos pro­chains dé­fis vi­ti­coles ?

LC – Notre pro­chain dé­fi vi­ti­cole, et non des moindres dans l'em­pri­son­ne­ment ad­mi­nis­tra­tif de la France, est de sim­ple­ment tra­vailler dans la quié­tude et en­fin es­sayer d'ame­ner notre contri­bu­tion à tra­vers l'im­plan­ta­tion d'autres cé­pages sur nos ter­roirs.

Pay­sage ty­pique du Lan­gue­doc

NOTRE COU­VER­TURE

Pro­prié­té d’Isa­belle et de Laurent Cous­tal de­puis 1996, Châ­teau Sainte Eu­la­lie est si­tué dans l’ap­pel­la­tion Mi­ner­vois-La La­vi­nière dans la réw­gion du Lan­gue­doc et compte une su­per­fi­cie de 38 hec­tares. Pion­niers dans cette ap­pel­la­tion, ils éla­borent des vins d’une qua­li­té in­usi­tée.

Châ­teau Sainte Eu­la­lie Plai­sir d'Eu­la­lie 2015, Mi­ner­vois (17,90 $ - 00488171) Châ­teau Sainte Eu­la­lie La Can­ti­lène 2013, Mi­ner­vois - La (22,80 $ - 00917948)

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