MONTETI

Au coeur de la Ma­rem­ma

Vins et Vignobles - - Sommaire - Par Ema­nuele PELUCCI Texte et pho­to

Au coeur de la Ma­rem­ma

Main­te­nant c‘est dif­fé­rent. Par­mi le pe­tit groupe de do­maines qui se sont dé­ve­lop­pés grâce à d'im­por­tants in­ves­tis­se­ments, j'ai eu la chance de vi­si­ter ré­cem­ment Te­nu­ta Monteti et de ren­con­trer son pro­prié­taire Pao­lo Ba­rat­ta. Un ren­dez vous très dif­fi­cile (deux ans et de­mi !), car mon­sieur, un éco­no­miste, est un per­son­nage pu­blique très connu en Ita­lie et aus­si à l'étran­ger, ayant oc­cu­pé plu­sieurs postes, y com­pris ce­lui de mi­nistre tech­nique de trois gou­ver­ne­ments ita­liens. Ac­tuel­le­ment, Pao­lo Ba­rat­ta est pré­sident de la Bien­nale de Ve­nise. Il s'oc­cupe donc de plu­sieurs évé­ne­ments dans le do­maine de l'art, l'ar­chi­tec­ture, la mu­sique, le théâtre, la danse, le ci­né­ma (Fes­ti­val In­ter­na­tio­nal de Ve­nise).

«C'était en 1998, me dit-il pen­dant que nous mar­chons dans les vignes en com­pa­gnie de sa fille Eva, quand mon épouse Gemma et moi avons dé­cou­vert cet en­droit. Il n'y avait rien ici, à part des pâ­tu­rages et une mai­son en ruine, mais j'étais convain­cu que sur ces col­lines je pour­rais plan­ter des vignes qui me rap­pel­le­raient mon en­fance pas­sée dans les vi­gnobles de l'Ol­trepò Pa­vese. J'ai donc fait des re­cherches dans le but de pro­duire des vins qui au­raient une per­son­na­li­té et de l'élé­gance. Me ba­sant sur les ca­rac­té­ris­tiques de l'en­droit, j'ai dé­ci­dé de concen­trer la pro­duc­tion sur les cé­pages rouges in­ter­na­tio­naux avec un ob­jec­tif : la très haute qua­li­té.»

Grâce à notre oe­no­logue conseil Car­lo Fer­ri­ni, les vins de Te­nu­ta Monteti sont des IGT Tos­ca­na et non pas de l'ap­pel­la­tion lo­cale (Capalbio DOC) et ce, afin de pou­voir choi­sir les cé­pages ayant de très bas ren­de­ments et les plus adap­tés à ce sol. «Mon idée, dit mon­sieur Ba­rat­ta, était de pro­duire uni­que­ment deux vins : Monteti et Ca­bur­nio. Vins dif­fé­rents entre eux en rai­son de leur com­po­si­tion et de leur éle­vage.»

Le do­maine s'étend sur 60 hec­tares dont 28 hec­tares sont plan­tés sur quatre lots conti­gus, ex­po­sés sud-est et sud-ouest à une al­ti­tude d'en­vi­ron 145 mètres. Une col­line avoi­si­nante pro­tège Monteti des vents de la Mé­di­ter­ra­née et crée un mi­cro­cli­mat idéal pour que les rai­sins pro­fitent de la proxi­mi­té de la mer. Les cé­pages ca­ber­net sau­vi­gnon, pe­tit ver­dot, ca­ber­net franc, ali­cante-bou­schet et mer­lot al­ternent dans le vi­gnoble di­vi­sé en 28 par­celles dans une den­si­té de 6600 pieds par hec­tare.

Des­si­née par l'ar­chi­tecte Ser­gio Brac­co, la cave a été construite en 2001 avec deux cri­tères de base : l'ar­ri­vée des rai­sins à la cave et la des­cente du vin en bar­riques de­vraient se faire par gra­vi­té na­tu­relle; le chai à bar­riques se­rait or­ga­ni­sé pour que chaque par­celle de chaque cé­page puisse être vi­ni­fiée sé­pa­ré­ment. «Grâce à ce­la, dit Ja­vier Pe­draz­zi­ni, qui s'oc­cupe di­rec­te­ment de la ges­tion du do­maine avec Eva, la fille de Pao­lo Ba­rat­ta, au mo­ment de faire l'as­sem­blage des vins nous avons une ex­tra­or­di­naire pos­si­bi­li­té de choix.»

La pre­mière ven­dange (en­tiè­re­ment ma­nuelle) s'est dé­rou­lée en 2004, fut com­mer­cia­li­sée trois ans plus tard, et le ré­sul­tat (po­si­tif) a même sur­pris mon­sieur Ba­rat­ta et sa fa­mille. Les rai­sins sont d'abord sé­lec­tion­nés à la vigne et en­suite sur le toit de la cave avant et après leur en­trée dans l'égrap­poir. Les rai­sins passent di­rec­te­ment dans les cuves de fer­men­ta­tion. Toutes les bar­riques sont en chêne fran­çais de pro­ve­nances et de chauffes dif­fé­rentes. L‘uti­li­sa­tion de bar­riques neuves va­rie se­lon chaque vin. L'as­sem­blage pour Ca­bur­nio et pour Monteti se fait après un an d'éle­vage, en bar­riques de un ou deux ans, et en cuves in­ox. En­suite, Ca­bur­nio passe en bou­teille, tan­dis que Monteti re­vient en bar­riques pour en­core 6 à 8 mois. La pé­riode d'af­fi­nage en bou­teille est très im­por­tante : deux ans pour Monteti et un an pour Ca­bur­nio. Ce­la per­met d'af­fi­ner les ta­nins après le long vieillis­se­ment dans le bois tout en exal­tant les ca­rac­té­ris­tiques na­tu­relles de chaque cé­page.

Après la vi­site, nous avons dé­gus­té en­semble les vins que Te­nu­ta Monteti com­mer­cia­lise en ce mo­ment : le der­nier né, TM 2015, un très jo­li ro­sé (80 % mer­lot, 20 % ca­ber­net franc) à la fa­çon pro­ven­çale ; Ca­bur­nio 2012 (55 % ca­ber­net sau­vi­gnon, 20 % mer­lot, 15 % ali­cante-bou­schet, 5 % pe­tit ver­dot et 5 % ca­ber­net franc), éle­vé pour moi­tié dans l'in­ox et moi­tié dans le bois ; Monteti 2011 (55 % pe­tit ver­dot, 25 % ca­ber­net franc, 20 % ca­ber­net sau­vi­gnon) éle­vé pen­dant 18 mois en bar­rique et 24 en bou­teille. Trois pro­duits ex­trê­me­ment in­té­res­sants, avec Monteti sur un très haut ni­veau qua­li­ta­tif. Et pour té­moi­gner du po­ten­tiel de garde de ce der­nier vin, Pao­lo Ba­rat­ta m'a fait goû­ter le mil­lé­sime 2006, en­core en pleine forme et très re­cher­ché par les oe­no­philes. «Avec Monteti, nous re­cher­chons la per­son­na­li­té du ter­ri­toire, la Ma­rem­ma, mais avec la com­plexi­té et l'élé­gance d'un grand vin.»

La pro­duc­tion ac­tuelle est d'en­vi­ron 150 000 bou­teilles par an, dont 85 à 90 % à l'ex­port, in­cluant un pour­cen­tage sur les mar­chés canadiens.

LE SUD DE LA MAREMME RÉ­SERVE DE TRÈS BELLES SUR­PRISES EN SE DÉ­SI­GNANT TERRE DE GRANDS VINS ROUGES. AS­SEZ ÉTON­NANT, PARCE QU'IL Y A UNE DI­ZAINE D'AN­NÉES LE TER­RI­TOIRE AU­TOUR DE CAPALBIO, PRÈS DE LA CÔTE TYRRHÉNIENNE, N'AVAIT PAS EN­CORE RÉ­VÉ­LÉ TOUT SON PO­TEN­TIEL QUA­LI­TA­TIF DANS LA PRO­DUC­TION VI­NI­COLE.

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