LIVRES

VOIR (Montréal) - - LA UNE - James Hynd­man

Quel­qu’un

Zviane au Ja­pon

À son image

Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

LE CO­MÉ­DIEN JAMES HYND­MAN PASSE DE LA PA­ROLE À L’ÉCRI­TURE. IL LAN­CE­RA SON PRE­MIER LIVRE À L’OC­CA­SION D’UNE LEC­TURE-SPEC­TACLE EN OU­VER­TURE DU FES­TI­VAL IN­TER­NA­TIO­NAL DE LA LIT­TÉ­RA­TURE (FIL), AUX CÔ­TÉS DE SA COM­PLICE, EVE­LYNE DE LA CHENELIÈRE.

Douze so­li­loques com­posent le ré­cit qui pa­raî­tra en sep­tembre pro­chain dans la col­lec­tion Quai no 5 des édi­tions XYZ. Des frag­ments d’his­toires qui se sont im­po­sés à James Hynd­man au fil des an­nées, au compte-gouttes, jus­qu’à ce que se ré­vèle un lien entre eux. Ces mo­no­logues in­té­rieurs – les trois pre­miers en par­ti­cu­lier – et ce qu’ils pos­sèdent en com­mun ont don­né l’idée du re­cueil Océans. «Il y a quelque chose qui les re­lie à la fois dans la forme, l’idée d’un frag­ment, d’une ph­rase in­ter­rom­pue, et dans le fond, c’est-à-dire que ce sont des si­tua­tions dans les­quelles on peut tous se re­trou­ver à dif­fé­rents mo­ments. On est à deux, on parle à quel­qu’un, mais en fait, on se sent ter­ri­ble­ment seul.»

En­semble et pour­tant…

La re­la­tion à deux, c’est ce qui in­té­resse l’au­teur et ce qui est ex­plo­ré dans Océans. Le couple amou­reux, sur­tout, car il y en a plu­sieurs. Au dixième so­li­loque, l’écri­vain évoque Ing­mar Berg­man et ses cé­lèbres Scènes de la vie conju­gale. Il n’est pas ano­din qu’on re­trouve James Hynd­man à la mise en scène et à l’in­ter­pré­ta­tion de l’adap­ta­tion scé­nique de l’oeuvre ci­né­ma­to­gra­phique en 2019 au Quat’sous avec une fois de plus Eve­lyne de la Chenelière.

On re­trouve aus­si au fil des textes le couple d’amis ou le duo parent-en­fant dans des si­tua­tions «simples et concrètes». «Je vou­lais qu’on puisse sen­tir aus­si qu’au-de­là de l’anec­do­tique, il y a des océans, des gouffres qui nous sé­parent, soit des autres, soit de nous-mêmes. C’est ça qui m’in­té­res­sait fi­na­le­ment: la co­exis­tence du lé­ger et du pro­fond.»

Cette so­li­tude et l’in­ca­pa­ci­té à at­teindre l’autre viennent bien de quelque part, et dans les brefs por­traits bros­sés par Hynd­man, on y per­çoit une ten­ta­tive de ré­ponse. «Par­fois, cette dis­tance énorme entre soi et l’autre, elle est due à l’autre qui n’a pas en­vie d’être là, qui n’est pas pré­sent, qui ne donne rien en re­tour. Par­fois, elle est due à soi, parce qu’on de­mande et on at­tend quelque chose qu’on ne peut pas nous don­ner.»

Lec­ture vi­vante

De­puis une di­zaine d’an­nées, James Hynd­man se consacre à une sé­rie de lec­tures pu­bliques par amour de la lit­té­ra­ture, qui l’ac­com­pagne de­puis l’en­fance. Avec sa voix dans la­quelle on se perd vo­lon­tiers, il en­ta­me­ra sa cin­quième sai­son au Quat’sous dès l’au­tomne avec une nou­velle sé­rie qui nous in­vite à «Perdre le Nord».

Un au­tomne qui se­ra mar­quant, car cette voix qui a tant por­té les mots des autres por­te­ra dé­sor­mais les siens. Et Océans fait par­tie des ré­cits qui se prêtent bien à l’in­ter­pré­ta­tion orale. «Je me suis po­sé la ques­tion, évi­dem­ment. J’avais l’in­tui­tion que c’était da­van­tage pour la lec­ture que pour la scène, parce que lors­qu’on écrit pour la scène, il faut qu’il se passe un évé­ne­ment dra­ma­tique, il doit se pro­duire quelque chose dans les corps. Ce que j’écri­vais était de l’ordre du rien ou du trois fois rien.» Un ob­jet lit­té­raire plus que théâ­tral se­lon Hynd­man.

L’exer­cice de lire à voix haute est un art et s’ap­pa­rente à un che­min de so­li­tude pour James Hynd­man, qui prend en exemple le co­mé­dien fran­çais Jean-louis Trin­ti­gnant qui nous avait lu les mots de Jacques Pré­vert, de Bo­ris Vian et de Ro­bert Des­nos au FIL en 2012. «Je pense qu’il y a un art de lire, mais qui n’ap­par­tient qu’à soi. C’est quelque chose qui se tra­vaille jus­qu’à ce qu’on trouve une fa­çon à soi de lire. Il faut dé­ve­lop­per une in­ti­mi­té avec l’oeuvre.»

Vi­brer sur la même note

Si l’on s’ima­gine de­vant une femme ou un homme qui lit, on s’ima­gine par­ta­ger avec elle ou lui un ins­tant qui ne peut exis­ter ailleurs et qui échappe au temps. James Hynd­man parle d’ex­pé­rience, celle qu’il tente de créer à cha­cune de ces lec­tures. «Quand je suis sur scène et que je lis, il y a tou­jours ce sou­ci chez moi de pro­vo­quer et de faire ré­son­ner quelque chose chez le spec­ta­teur pour que tout à coup, il soit sub­mer­gé, qu’il re­çoive, qu’il soit éton­né, que ça vibre en lui d’une ma­nière qu’il n’au­rait pas ima­gi­né en s’as­soyant dans la salle ce soir-là.»

Le fait que ce soit un texte écrit par le co­mé­dien ne change rien au but ul­time, qui est que ça vibre en cha­cun de nous, qu’on en­tende la même mu­sique.

Océans

21 sep­tembre À la Cin­quième Salle de la Place des Arts

Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de la lit­té­ra­ture, du 21 au 30 sep­tembre à Mon­tréal

«JE VOU­LAIS QU’ON PUISSE SEN­TIR AUS­SI QU’AU-DE­LÀ DE L’ANEC­DO­TIQUE, IL Y A DES OCÉANS, DES GOUFFRESQUI NOUS SÉ­PARENT, SOIT DES AUTRES, SOIT DE NOUS-MÊMES.»

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