MU­SIQUE

C’EST UN DISQUE QU’ON PORTE CONTRE SOI COMME UN PY­JA­MA DE FLA­NELLE. TAN­DIS QUE LA FROI­DEUR S’INS­TALLE, SA­LO­MÉ LE­CLERC NOUS EMMITOUFLE DE SA PROSE DE DEN­TELLE. UN VENT CHAUD SOUFFLE SUR NOTRE AU­TOMNE.

VOIR (Québec) - - CONTENTS - MOTS | CA­THE­RINE GE­NEST PHO­TO | JER­RY PIGEON

Sa­lo­mé Le­clerc Be­noit Pa­ra­dis Trio

Sa­lo­mé Le­clerc n’est pas née des der­nières pluies. Son étoile rayonne par-de­là l’at­lan­tique: lau­réate du prix Rap­sat-le­lièvre en 2015, ap­plau­die en France, à Pa­ris comme en pro­vince. Là-bas comme ici, les lettres de son nom s’ap­puient contre la lu­mière des mar­quises. Ses disques ne font qu’ajou­ter à l’éclat de la constel­la­tion Au­dio­gram, cette fa­mille qu’elle par­tage avec Bé­lan­ger et La­pointe. Après deux bou­quets de chan­sons qui ne risquent pas de fa­ner, Sous les arbres puis 27 fois l’au­rore, la gra­cile si­rène nous en­voûte avec une troi­sième of­frande. Un al­bum pa­vé de pa­roles im­pu­diques, de textes tendres qu’elle em­balle dans un écrin rock, presque grunge par mo­ments.

Quatre ans sé­parent Les choses ex­té­rieures de l’avant-der­nier ef­fort. Le cycle du se­cond al­bum pas­sé, la com­po­si­trice s’est ter­rée loin des scènes, em­poi­gnant gui­tare et sty­lo pour ex­traire les pé­pites de son coeur. C’est dans le calme de cet entre-deux qu’elle a don­né vie aux 10 perles dont elle se pare au­jourd’hui. «Il est temps que ça sorte! En même temps, j’ai pas chô­mé [...]. On m’a de­man­dé de par­ti­ci­per à d’autres pro­jets, ç’a vrai­ment bien meu­blé le temps. Je pense que c’est pour ça, jus­te­ment, que j’en suis à sor­tir quelque chose après quatre ans. J’ai en­ri­chi mon par­cours pen­dant ces an­nées-là.»

Mais quelle im­por­tance, ce tra­jet entre nos écou­teurs et son coeur. Sa­lo­mé est de re­tour, forte, so­li­de­ment an­crée, elle ga­lope jus­qu’à nous et dès les pre­mières se­condes de la plage 1. Un mor­ceau (Entre ici et chez toi) qui cap­ture un ins­tant de pur aban­don. «C’est un es­pèce de lais­ser-al­ler, peu­têtre un lais­ser-al­ler qui s’ex­prime en fai­sant de la route, en vou­lant al­ler plus loin, al­ler ailleurs et sans trop de but. Des fois, on a juste des en­vies de road trips et on part. Ad­vienne que pour­ra.»

Qu’im­porte où la vie la mè­ne­ra, la mu­si­cienne trime dur et sans bron­cher, constante comme les jar­di­niers, ap­pli­quée, ré­col­tant hon­neurs et cri­tiques em­bal­lées. Une ru­meur qui tarde à ga­gner les masses, le pro­ver­bial grand pu­blic. Mais à quoi bon s’en for­ma­li­ser? Les choses ex­té­rieures, on ne les con­trôle pas.

Bro­der sur les por­tées

Cette fois en­core, l’au­teure brise le mur du son, ou sim­ple­ment le qua­trième, en nous in­ter­pel­lant di­rec­te­ment au «tu». Une ré­cur­rence dans son écri­ture, sa fa­çon d’ins­tal­ler un cli­mat in­time. «En 2009, j’étais à l’école de la chan­son à Gran­by et on avait des cours d’in­ter­pré­ta­tion avec Ma­rie-claire Sé­guin. Une fois, elle nous avait dit: “Peu im­porte le texte, qu’il soit au je, au il, au elle, au nous ou au vous, ima­gine que tu le chantes à quel­qu’un que tu connais, rien que pour cette per­sonne-là.” Et ça mar­chait dans mon cas! Quand j’étais en contact avec un texte qui ne me par­lait pas tant que ça, j’ima­gi­nais quel­qu’un as­sis au fond de la salle. Peu­têtre qu’après ça, in­cons­ciem­ment, j’ai dé­ve­lop­pé le dé­sir de par­ler di­rec­te­ment aux gens. Je vou­drais que ceux qui écoutent ce disque-là, ceux qui l’ont dans les oreilles, aient l’im­pres­sion que je leur chu­chote la chan­son, que je suis su­per proche.»

Ré­ap­pa­rue à la fin de sep­tembre avec Ton équi­libre, un autre dé­ter­mi­nant pos­ses­sif à la deuxième per­sonne du sin­gu­lier, la Cen­tri­coise est ve­nue cueillir les ar­ticles et elle a vu les billets de sa tour­née s’en­vo­ler par di­zaines. On ne l’avait pas ou­bliée. L’attente est bien réelle, gri­sante. «Oui, c’est une pres­sion, mais en même temps, ça me met en confiance. C’est tel­le­ment le fun d’avoir ce sou­tien-là des pairs, au­tant des jour­na­listes que des autres mu­si­ciens.»

La brillante créa­trice s’est d’abord pré­sen­tée au monde sous un jour folk avant d’en­chaî­ner avec un al­bum ta­pis­sé de syn­thés. Cette fois, la réa­li­sa­trice et ar­ran­geuse s’amuse sur­tout avec sa gui­tare élec­trique. «J’avais vrai­ment la vo­lon­té d’al­ler vers des ins­tru­ments plus or­ga­niques, plus acous­tiques cette fois-ci. [...] Je vou­lais écrire des chan­sons plu­tôt que de for­mer un es­pèce de ta­pis mu­si­cal et d’ajou­ter des mots et des mé­lo­dies par-des­sus.» Dès le dé­but, la mul­ti-ins­tru­men­tiste s’est mise en quête de to­na­li­tés cha­leu­reuses, tro­quant ses pads de drums pour de la vraie bat­te­rie et met­tant vo­lon­tai­re­ment les Moog et Pro­phet de cô­té, ses cla­viers au­tre­fois fé­tiches, pour re­nouer avec son pia­no. Elle s’y ré­ins­talle sur la pièce-titre, as­sise sur ce siège de bois rond cra­quant sous son poids. De lé­gères im­per­fec­tions, des pe­tits bruits pa­ra­sites qui nous donnent l’im­pres­sion d’en­trer chez elle, dans sa mai­son. De tou­cher à son âme.

Les choses ex­té­rieures (Au­dio­gram) En vente main­te­nant 22 no­vembre au Théâtre Pe­tit Cham­plain

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