JAZZ JOUR­NA­LIER

VOIR (Québec) - - MUSIQUE - MOTS & PHO­TO | AN­TOINE BOR­DE­LEAU

DE­PUIS 2006, LE BE­NOIT PA­RA­DIS TRIO SE TAILLE UNE PLACE AS­SEZ UNIQUE DANS L’HO­RI­ZON MU­SI­CAL QUÉ­BÉ­COIS. À MI-CHE­MIN ENTRE JAZZ ET CHAN­SON, ENTRE POÉ­SIE ET PUNK, L’UNI­VERS QUE TISSE LA FOR­MA­TION MONTRÉALAISE ÉVITE LES CONVEN­TIONS NA­TU­REL­LE­MENT, SANS AR­TI­FICE. À LA VEILLE DU LAN­CE­MENT DE SON TROI­SIÈME OPUS, LA QUIN­TES­SENCE DU CO­OL, EN­TRE­TIEN AVEC LE PRIN­CI­PAL IN­TÉ­RES­SÉ, BE­NOIT PA­RA­DIS.

«Eh boy, y a ben trop de mots dans cette mau­dite toune-là!» En pleine ré­pé­ti­tion pour son con­cert de lan­ce­ment le 2 no­vembre, le Be­noit Pa­ra­dis Trio s’éver­tue à se re­mettre dans les doigts les chan­sons de l’al­bum pré­cé­dent, T’as-tu toute?, dans un ap­par­te­ment du Pla­teau trans­for­mé en lo­cal de pra­tique im­pro­vi­sé. Les trois mu­si­ciens font vi­brer l’im­meuble avec les portes grandes ou­vertes, ce qui donne à la scène une au­ra de quo­ti­dien ty­pi­que­ment mont­réa­lais, les ac­cords de pia­no sou­te­nus par les voi­tures klaxon­nant et se dé­pas­sant sur une ave­nue acha­lan­dée. C’est dans ce lieu où traînent des vi­nyles épars que Be­noit Pa­ra­dis fait naître ses chan­sons ex­cen­triques aux thèmes an­crés dans le day-to-day, ma­té­riel source ser­vant de fon­da­tion aux ac­cents jazz que la pia­niste Chan­tale Mo­rin et le contre­bas­siste Be­noit Cou­lombe ap­portent à son oeuvre. «J’aime ça qu’on puisse per­ce­voir le texte et bien le com­prendre, c’était comme na­tu­rel pour moi d’al­ler vers un genre de trio jazz acous­tique pour faire vivre mes chan­sons, ex­plique Pa­ra­dis. Le jazz, c’est une mu­sique élé­gante qui peut ser­vir drô­le­ment un texte qui pour­rait être plus sim­pliste, ou même un texte très sombre mais sur une mu­sique vrai­ment douce. C’est un peu ça que fai­saient les grands chan­teurs de l’époque swing, des tounes qui par­laient de leur vie de tous les jours, avec peu de mots, mais poé­tiques et rem­plies d’émo­tions. C’est un peu ça que je vou­lais; al­ler cher­cher quelque chose entre El­la Fitz­ge­rald pis Tom Waits.»

Sur ce nou­vel al­bum, la for­ma­tion af­fine en­core plus son es­thé­tique unique, entre deux chaises. Alors que Pa­ra­dis avait l’ha­bi­tude de par­tir des textes pour al­ler vers la mu­sique sur ses créa­tions pré­cé­dentes, cette fois-ci, c’est les notes qui sont ve­nues s’ins­tal­ler en pre­mier. «C’est moi qui fais les pro­po­si­tions de dé­part pis qui fi­nis par re­tou­cher aux af­faires, mais les ar­ran­ge­ments, on fait vrai­ment ça tous en­semble. Les grandes lignes sont là quand j’ar­rive de­vant Chan­tale et Be­noit, mais l’évo­lu­tion de la toune est pas juste entre mes mains. Ce coup-ci, je trouve la mu­sique plus abou­tie que sur nos al­bums pré­cé­dents, pro­ba­ble­ment parce qu’on a com­men­cé par ça et qu’on a eu beau­coup d’échanges là-des­sus avant d’y mettre des mots.» Si la mu­sique est plus me­su­rée qu’avant, sa re­la­tion avec les pa­roles de­meure un pro­ces­sus un peu mys­té­rieux, du propre aveu de Be­noit Pa­ra­dis. «Y a pas de re­cette, on y va vrai­ment au fee­ling je di­rais. Y a une chan­son où je vou­lais vrai­ment par­ler de quel­qu’un dans la rue qui quête, je vou­lais pas que ça de­vienne dra­ma­tique, pis fi­na­le­ment, c’est de­ve­nu une toune très be-bop, ben ben swing. C’est un peu le ha­sard qui fait bien les choses. Si ça avait pas mar­ché de même, on au­rait es­sayé autre chose! C’est de l’es­sai-er­reur, pis ça fait voir un peu l’ab­sur­di­té qui se dé­gage de tout ça.»

Pour Pa­ra­dis, l’ins­pi­ra­tion naît lit­té­ra­le­ment de la vie cou­rante. À tra­vers ses ren­contres, ses jour­nées ty­piques, il écrit des tonnes de notes qui sont en­suite éla­guées pour en ex­traire la sub­stance et construire des textes aux­quels on peut tous s’iden­ti­fier. «Ça vient des in­ter­ac­tions que j’ai avec le monde, de ce que j’ap­prends aux nou­velles à propos de la so­cié­té, mais j’es­saie de le tra­duire au quo­ti­dien pour pas que ce soit trop mo­ra­li­sa­teur ou fa­cile, que ce soit un peu plus ima­gé. Au­tant des fois les textes sont re­tra­vaillés en ma­lade, au­tant à

d’autres mo­ments ça sort vrai­ment tout seul, d’un jet, pis c’est bon de même faque j’y touche pus.» Pré­co­ni­sant l’ef­fi­ca­ci­té plu­tôt que la prose étof­fée, il écrit des textes re­la­ti­ve­ment courts et simples, qui vont droit au but. Ce­la ap­porte un contraste presque punk entre le jazz lé­ché et les pa­roles qui y sont su­per­po­sées. «Au ni­veau de la mu­sique, on es­saie d’évi­ter les trucs trop clas­siques, on veut raf­fi­ner ça au­tant que pos­sible. Mais d’un autre cô­té, pour les textes, je suis un peu anar­chiste. Y a une vo­lon­té de pas trop pous­ser ça loin, de gar­der quelque chose de vrai­ment au­then­tique et brut. Ça donne un mé­lange qui, je pense, est sur­pre­nant pis qui nous donne une iden­ti­té qui est propre à nous. C’est ça qui est le plus im­por­tant pour moi, je pense, qu’on soit aus­si vrais que pos­sible dans ce qu’on fait.»

La quin­tes­sence du co­ol se­ra en vente par­tout dès le 2 no­vembre 2018

BE­NOIT COU­LOMBE, CHAN­TALE MO­RIN ET BE­NOIT PA­RA­DIS

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