ÇA RA­CONTE SA­RAH PAU­LINE DELABROY-AL­LARD

VOIR (Québec) - - GUIDE RESTOS - (Jé­ré­my La­niel)

Édi­tions de Mi­nuit, 188 pages

Ça ra­conte Sa­rah. Ça ra­conte une his­toire d’amour, d’in­con­nu, de dé­sir et de dé­cep­tion. Ça res­semble à plein de choses qu’on a dé­jà lues, mais ça pique la cu­rio­si­té. Ça s’ins­talle len­te­ment pen­dant la lec­ture. Quelque chose comme un point, au creux du ventre, juste à cô­té des en­vies. Ça bat de phrase en phrase, de page en page, de cha­pitre en cha­pitre. C’est éton­nant, parce qu’on se dit: «J’ai dé­jà lu ça.» C’est fas­ci­nant, parce qu’avant d’y plon­ger, on pen­sait: «Pas une autre his­toire d’amour.» Ça fonc­tionne, mais on ne sau­rait dire pour­quoi. C’est vi­vant, in­can­des­cent, brû­lant. C’est comme ça les livres par­fois. C’est de la ma­gie, ça en­sor­celle. Ça ra­conte

Sa­rah est un tour de force lit­té­raire, un mau­so­lée en l’hon­neur de ces his­toires qui ne nous quittent pas.

C’est quelque part entre la­tence et ful­gu­rance que se re­trouve ce pre­mier texte de la Fran­çaise Pau­line Delabroy-al­lard. À sa lec­ture, on se rap­pelle pour­quoi on lit. On se sou­vient de l’es­poir qu’on porte en chaque livre dans l’ex­pec­ta­tion d’une telle ré­vé­la­tion. Pro­fes­seure de ly­cée, la nar­ra­trice n’est ja­mais nom­mée. Jeune cé­li­ba­taire et mère d’une pe­tite fille, elle ren­contre Sa­rah lors d’un ré­veillon, chez des amis. C’est à ce mo­ment qu’une al­lu­mette tombe. Celle qui met le feu aux poudres.

Tout au long de la lec­ture, on a cette im­pres­sion de suivre cette étin­celle qui ser­pente le bi­tume jus­qu’à l’écla­te­ment. Par­tout dans Pa­ris, tan­tôt même jus­qu’à la mer et jus­qu’à Trieste, en Ita­lie, pour­quoi pas. Et ça re­vient, et ça cré­pite, jusque dans la chambre à cou­cher et sous les draps. C’est une ex­plo­sion à ve­nir, ou peu­têtre même ad­ve­nue. Du moins, c’est un peu ça. Et beau­coup d’autres choses aus­si.

De cette ren­contre en dé­coule une autre et une autre.

As­sez ra­pi­de­ment, la nar­ra­trice – comme le lec­teur – tom­be­ra folle amou­reuse de Sa­rah, cette vio­lon­cel­liste qui vit comme d’autres fan­tasment. C’est une pre­mière d’his­toire d’amour ho­mo­sexuelle pour cha­cune d’elle, mais ça im­porte si peu. C’est une his­toire d’amour comme un mé­téore. C’est une his­toire de mort, aus­si. De vio­lence, bien sûr. C’est un cours d’écri­ture et un ra­vis­se­ment de lec­ture. C’est d’une maî­trise lit­té­raire, un tour de force. Ça ra­conte Sa­rah, oui, mais nous aus­si, cer­tai­ne­ment.

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