LE POINT SUR L’AGRI­CUL­TURE RAI­SON­NÉE MD

VOIR (Québec) - - GASTRONOMIE -

Lors­qu’on se trouve face à un tigre, il faut choi­sir entre le com­bat et la fuite. L’agri­cul­ture in­dus­trielle est de­ve­nue un dé­fi de­vant le­quel la dé­ro­bade n’est plus une op­tion. Dans nos champs de blé, le gros bon sens de l’agri­cul­ture Rai­son­néemd est une belle épée. Une fier­té.

Pe­tite mise en contexte agro­no­mique : afin de ré­pondre aux be­soins tou­jours gran­dis­sants de la po­pu­la­tion après la Se­conde Guerre mon­diale, l’agri­cul­ture est de­ve­nue in­ten­sive. Cet avè­ne­ment a en­traî­né une uti­li­sa­tion mas­sive d'en­grais et de pro­duits vi­sant à lut­ter contre les ma­la­dies, le foi­son­ne­ment des herbes in­dé­si­rables et toutes ces mi­gnonnes bes­tioles qui se dis­putent le fruit de nos ef­forts. Ces pra­tiques agri­coles, on le sait, ont eu de mul­tiples con­sé­quences sur les eaux, la faune, la flore et, par ex­ten­sion, les ho­mo sa­piens de­ve­nus aus­si mo­dernes qu’in­quiets. Face à cette réa­li­té, il se trouve que l’agri­cul­ture Rai­son­néemd ap­porte des so­lu­tions. En cher­chant à se rap­pro­cher de l’agri­cul­ture bio­lo­gique sans tou­te­fois en adop­ter toutes les contraintes, ce type de culture ré­gie par une cer­ti­fi­ca­tion a lon­gue­ment été étu­dié, éva­lué, puis pri­vi­lé­gié par les Mou­lins de Sou­langes, cette so­cié­té cha­peau­tée par Ro­bert Beau­che­min (La Mi­la­naise) dans la­quelle Ber­nard Fi­set (Pre­mière Mois­son) est éga­le­ment im­pli­qué. Le vo­cable « Agri­cul­ture Rai­son­née » est une adap­ta­tion fran­çaise du concept « In­te­gra­ted Far­ming » des An­glo-saxons. À mi-che­min entre l’agri­cul­ture in­ten­sive et l’agri­cul­ture bio­lo­gique, l’agri­cul­ture rai­son­née est en­ca­drée par 103 ba­lises vi­sant une ré­gie glo­bale de l’ex­ploi­ta­tion agri­cole. Elle im­plique, par exemple, une ges­tion ser­rée de la fer­ti­li­sa­tion ; la ré­duc­tion, puis l’éli­mi­na­tion des pes­ti­cides ; le ban­nis­se­ment des phy­to­cides, sauf en cas de force ma­jeure pou­vant mettre en pé­ril la ré­colte ; la li­mi­ta­tion des risques de pol­lu­tion ; la ges­tion éco­nome des res­sources en eau ; le res­pect des con­di­tions de vie des ex­ploi­tants de la ferme et ce­lui des ani­maux, ain­si que la pro­tec­tion des pay­sages. Un beau contrat ! On est à mille lieues d’un sal­to ar­rière dans la char­rette de grand-pa­pa. On est plu­tôt dans des tech­niques de pointe com­bi­nées à un sa­voir-faire « à l’an­cienne » d’une va­leur in­con­tes­table. Ce type d'agri­cul­ture a aus­si, et peut-être sur­tout, le po­ten­tiel de ser­vir de trem­plin à des mé­thodes agri­coles en­core plus éco­lo­giques et du­rables. Il per­met aux agri­cul­teurs aux pra­tiques ré­tro­grades d’amor­cer une tran­si­tion vers une dé­marche plus res­pon­sable pour en­suite mi­grer vers le bio­lo­gique. Ce n’est pas juste un pas en avant, ça, c’est plu­sieurs en­jam­bées du cô­té d’une nou­velle réa­li­té.

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