La musique pour ré­parer l’âme

Winnipeg Free Press - - COMMUNITY VOICES - Mber­ck­vens@la-lib­erte.mb.ca

Ata­man avait ren­con­tré le doc­teur Muk­wege dans un hôpi­tal de Bukavu, dans la prov­ince du Sud-Kivu.

“Beau­coup de per­son­nes vi­en­nent dans la zone de con­flit, pren­nent des pho­tos et ne re­vi­en­nent ja­mais. Ça m’a pris longtemps pour prou­ver au doc­teur que je ve­nais pour de bonnes raisons.”

Cette an­née-là, ils dé­ci­dent de tra­vailler en­sem­ble. Un pro­jet qui prend du temps mais donne déjà des ré­sul­tats con­crets.

“Ça prend deux ans pour que les femmes sur­vivantes puis­sent avoir leur chirurgie pour se sen­tir à nou­veau en­tière. C’est à cette étape de leur vie que nous in­ter­venons, après le soin. À travers le mod­èle mu­si­cal qu’on a créé, on ré­duit le trau­ma­tisme. On tra­vaille sur le syn­drome post-trau­ma­tique, les ef­fets des dé­pres­sions. On aide ces femmes à se réin­té­grer dans la com­mu­nauté, en par­lant des atroc­ités qu’elles ont vécues.”

2 500 femmes ont déjà par­ticipé au pro­gramme. Avec émo­tion, Ata­man se sou­vient de l’une d’elles: “Cette dame avait donné nais­sance à deux bébés nés de deux vi­ols dif­férents. Le premier a été en­voyé à sa grand-mère dans le vil­lage. Lorsqu’elle a mis au monde le deux­ième, elle avait dit qu’elle n’ar­riverait ja­mais à aimer ce bébé. La com­mu­nauté l’a poussée et aidée. Avant de mon­ter sur scène, elle a pris le bébé. On est tous resté bouche bée. Elle a donné un mag­nifique con­cert et in­ter­prété des chan­sons qu’elle avait écrites. La com­mu­nauté célébrait son his­toire en chan­tant et dansant. En prenant le bébé avec elle, elle a donné sa chance à cet en­fant.”

Bouleversé par les in­é­gal­ités en­tre les pays africains et les pays in­dus­tri­al­isés, dès son premier voy­age, le pro­duc­teur mu­si­cal sen­tait qu’il n’avait qu’un choix: agir.

“J’ai réal­isé que nous sommes com­plices, d’une cer­taine façon. Ces femmes tra­vail­lent dans les mines. La plu­part des vi­ols se déroulent dans ces mines. Et les minéraux qu’elles ré­coltent sont un élé­ment de nos télé­phones porta­bles. Il y a des con­nex­ions en­tre elles et notre quo­ti­dien.”

Le Man­i­to­bain n’en­tend pas s’ar­rêter là. Avec le doc­teur Muk­wege, ils vont ou­vrir d’autres stu­dios de musique, en Guinée, en Afrique du Sud et en République cen­trafricaine.

Ata­man aimerait égale­ment servir l’hu­man­ité d’ici, en ou­vrant un cen­tre en Amérique du Nord.

“Je suis un homme, je ne peux pas par­ler au nom des femmes. Mais je suis sûr qu’ici aussi, il y a beau­coup de trau­ma­tismes qui ont be­soin d’être pris en compte, d’être évac­ués.”

SUP­PLIED

Darcy Ata­man au Congo, en com­pag­nie de Doc­teur De­nis Muk­wege.

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