La res­tau­ra­tion à l’ère d’In­ter­net

China Today (French) - - SOMMAIRE - XIE FEIJUN*

Le per­fec­tion­ne­ment des struc­tures de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif four­nit des op­por­tu­ni­tés aux en­tre­pre­neurs aux idées sé­dui­santes de réa­li­ser leurs rêves en réunis­sant des dis­ciples de tous ho­ri­zons.

Un in­gé­nieur di­plô­mé aux États-Unis re­tourne en Chine et ouvre un res­tau­rant de plats sains aux ali­ments tra­çables. Le chef d’un cinq étoiles ouvre son propre res­tau­rant d’écre­visses de Loui­siane… Au­jourd’hui, les pro­jets de ce genre se mul­ti­plient sur les sites de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif et sont sou­te­nus par des in­di­vi­dus in­té­res­sés.

Le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif est une forme de consom­ma­tion col­la­bo­ra­tive. Au dé­but, ce mo­dèle se concen­trait dans le do­maine de la créa­tion : si quel­qu’un dé­ci­dait de créer un ob­jet qui n’exis­tait pas en­core sur le mar­ché, il pou­vait trou­ver des ca­pi­taux de dé­mar­rage et des pre­miers ache­teurs grâce au fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. Par la suite, ce mo­dèle s’est gé­né­ra­li­sé dans le mi­lieu du fi­nan­ce­ment des start-ups et a sus­ci­té une vague d’en­goue­ment en Chine : des films, des ca­fés, des hô­tels aux concepts ori­gi­naux ont ain­si été créés.

La res­tau­ra­tion trans­for­mée par In­ter­net

Dans un res­tau­rant de 90 m2 si­tué sur la rue Shaan­xi Nan de Shan­ghai, plu­sieurs jeunes vê­tus de tee-shirts noirs se pressent pour ser­vir les clients. Par­mi eux se trouve un jeune homme à lu­nettes nom­mé Ye Hai­bo. Il est di­plô­mé d’un mas­ter d’in­gé­nie­rie du trans­port de l’Uni­ver­si­té de Ca­li­for­nie du Sud. Il est re­tour­né à Shan­ghai et y a ou­vert ce res­tau­rant, Raw Plus.

Ye Hai­bo est le pa­tron et l’un des ser­veurs de ce lieu exi­gu. Il s’oc­cupe de tout : du dé­ve­lop­pe­ment des plats au choix de la chaîne d’ap­pro­vi­sion­ne­ment, du ser­vice aux clients à la vé­ri­fi­ca­tion des comptes. Le nom « Raw Plus » in­dique que la cui­sine n’uti­lise que des ali­ments crus. Le res­tau­rant pré­co­nise une cui­sine simple et bé­né­fique pour la san­té. Ce concept, dé­jà po­pu­laire aux États-Unis, vient de dé­col­ler en Chine.

Une jeune femme d’une ving­taine d’an­nées, Mlle Che, mange dans le res­tau­rant avec ses pa­rents. « Ce type de res­tau­rant est pour les jeunes, pas pour nous », dit son père. Mlle Che fait des études de dié­té­tique aux États-Unis et est ren­trée à Shan­ghai pour les va­cances d’été. Ses amis lui ont sug­gé­ré d’es­sayer ce res­tau­rant ori­gi­nal avec ses pa­rents. Mais son père voit dans les cé­réales ser­vies par le res­tau­rant la nour­ri­ture des pauvres d’au­tre­fois. « Pour­quoi mange-t-on ce­la au­jourd’hui à de tels prix ? » s’in­ter­roge-t-il.

En ef­fet, pour l’ins­tant la plu­part des clients sont des jeunes sou­cieux de man­ger sain et qui ne s’in­quiètent pas des prix éle­vés.

Se­lon Ye Hai­bo, les Chi­nois ac­cordent de plus en plus d’at­ten­tion à la sû­re­té ali­men­taire et la tra­ça­bi­li­té des ali­ments est de­ve­nue une prio­ri­té. De­puis l’ou­ver­ture du res­tau­rant, le nombre quo­ti­dien de clients est pas­sé en un an d’une soixan­taine à en­vi­ron 200 cou­verts. Plus de 80 % des clients sou­haitent faire un re­pas lé­ger. « Nous avons li­bé­ré nos clients des sa­veurs trop fortes, épi­cées et grasses », se fé­li­cite le pa­tron.

Huang Xiao­bin était chef dans un cé­lèbre hô­tel de Shan­ghai avant de se lan­cer dans un pro­jet d’écre­visses de Loui­siane. Un jour de 2003, un ami l’a in­vi­té à man­ger dans un res­tau­rant d’écre­visses. Il a été sur­pris par le vo­lume de ventes de ce pe­tit res­tau­rant de 40 m2 : plus de 500 kg par jour. « Il faut sa­voir qu’à cette époque nous ve­nions de su­bir le SRAS et que la plu­part des res­tau­rants étaient vides », ex­plique-t-il.

Il a donc quit­té son an­cien poste de chef et a ou­vert un res­tau­rant d’écre­visses de Loui­siane avec deux amis. Les deux amis ont four­ni un fi­nan­ce­ment et Huang Xiao­bin s’est char­gé de l’ap­pro­vi­sion­ne­ment, de la cui­sine, des paie­ments et de la comp­ta­bi­li­té. Il a ga­gné de l’ar­gent, mais il était épui­sé. Il a fi­ni par vendre son res­tau­rant.

Après son pre­mier es­sai, il a tra­vaillé pen­dant une di­zaine d’an­nées pour de grandes chaînes de res­tau­ra­tion ja­po­naises et amé­ri­caines. Son an­cienne pas­sion s’est ral­lu­mée ré­cem­ment quand un nou­vel es­sor de res­tau­rants d’écre­visses de Loui­siane s’est pro­duit en Chine.

Il a com­men­cé à pré­pa­rer son pro­jet en 2014. Au mois de juin 2015, son pro­jet était of­fi­ciel­le­ment prêt. Au dé­but, il n’avait pas de res­tau­rant phy­sique. Il ven­dait ses plats sur In­ter­net ou sur WeC­hat. Par­mi ses clients, il y avait aus­si des gé­rants de res­tau­rants, dont plu­sieurs qui ont vou­lu par­ti­ci­per à son pro­jet. Il a donc dé­ci­dé d’ou­vrir un vé­ri­table res­tau­rant et a ten­té le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif. « Puisque beau­coup de per­sonnes vou­laient par­ti­ci­per, le fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif don­nait l’oc­ca­sion à tous de le faire », ex­plique-t-il.

Comme pré­vu, une fois mis en ligne sur une pla­te­forme de fi­nan­ce­ment par­ti­ci­pa­tif, son pro­jet a re­çu 1,3 mil­lion de yuans. En juillet 2016, son res­tau­rant a ou­vert ses portes à Shan­ghai. Il pré­pare au­jourd’hui l’ou­ver­ture de son deuxième res­tau­rant à Hangz­hou. Il est am­bi­tieux pour l’ave­nir de sa marque : « Cette an­née nous al­lons ou­vrir d’autres res­tau­rants à Bei­jing et à Suz­hou, puis dans le sud de la Chine à Guangz­hou ou à Shenz­hen, dans l’ouest à Cheng­du ou à Chong­qing, et au nord à She­nyang ou à Da­lian. »

Xu Jian­jun, l’un des fon­da­teurs de la pla­te­forme Kais­tart.

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