Bi Sheng, in­ven­teur de l’im­pri­me­rie à ca­rac­tères mo­biles

China Today (French) - - SOMMAIRE - (France) CH­RIS­TOPHE TRONTIN

La Chine im­pri­mait dé­jà des livres à des mil­lions d’exem­plaires lorsque Gu­ten­berg im­pri­ma sa pre­mière Bible.

Chaque mois, vous ra­conte l’his­toire d’une in­ven­tion chi­noise, an­cienne ou ré­cente, ab­so­lu­ment vé­ri­dique ou un peu ro­man­cée, et de son au­teur. Ces per­son­nages qui ont fait la Chine et le monde tels que nous les connais­sons au­jourd’hui...

Il y a des gens comme ça, qui ré­vo­lu­tionnent un pays puis dis­pa­raissent sans lais­ser de traces. On peut sup­po­ser que Bi Sheng (990-1051), d’ori­gine mo­deste, avait trou­vé à s’em­ployer en tant que co­piste ou que gra­veur sur bois. Il faut dire qu’à cette époque, au dé­but de la dy­nas­tie de Song du Nord (960-1127), l’Em­pire connais­sait une phase de dé­ve­lop­pe­ment de l’en­sei­gne­ment. Le concours im­pé­rial fai­sait éclore une mul­ti­tude d’écoles dans les villes et les vil­lages, et tout ce­la re­qué­rait un grand nombre de livres, de trai­tés et de ma­nuels.

La re­pro­duc­tion des do­cu­ments se fai­sait alors par xy­lo­gra­vure, c’est-à-dire que chaque page im­pri­mée était au préa­lable gra­vée sur une planche de bois. Ce pro­cé­dé était bien sûr très long et la­bo­rieux, et après quelques di­zaines d’exem­plaires au maxi­mum, les planches de bois im­bi­bées d’encre ne tar­daient pas à se dé­for­mer et à perdre leur net­te­té.

Comme tous les in­ven­teurs, Bi Sheng était do­té d’un sens de l’ob­ser­va­tion très ai­gui­sé. Ex­cé­dé par son tra­vail ré­pé­ti­tif, cher­chant à tout prix un moyen de le sim­pli­fier et de l’ac­cé­lé­rer, il avait consta­té que les plaques gra­vées se dé­for­maient sur­tout au centre, tan­dis que les cô­tés res­taient re­la­ti­ve­ment nets. Alors qu’il s’ac­ti­vait à gra­ver des ca­rac­tères, tou­jours les mêmes, sur des planches au for­mat stan­dard, il se de­man­da s’il ne se­rait pas ju­di­cieux de sé­pa­rer les par­ties en­dom­ma­gées des par­ties en­core ac­cep­tables. Ain­si lui vint l’idée des ca­rac­tères mo­biles fixés sur un cadre.

Il se mit à faire des es­sais : com­ment fixer ces ca­rac­tères de fa­çon suf­fi­sam­ment so­lide, en res­pec­tant l’ali­gne­ment ? En quelle ma­tière fal­lait-il les réa­li­ser pour que leurs bords res­tent suf­fi­sam­ment nets, même après de nom­breuses co­pies ? Il com­men­ça par le bois d’abord, puis es­saya des ca­rac­tères de terre cuite, puis en cé­ra­mique. Ses tra­vaux, de plus en plus com­plexes, s’éta­lèrent sur dix ans, avant qu’il ne mette au point, en 1048, la ver­sion fi­nale de son ap­pa­reil ty­po­gra­phique.

Le chro­ni­queur de cette époque, Shen Kuo (1031-1095) re­late ain­si avec ad­mi­ra­tion dans son ou­vrage Notes écrites au pa­villon du ruis­seau des rêves : « Lors­qu’il sou­hai­tait im­pri­mer un texte, il sai­sis­sait un cadre de fer qu’il ap­pli­quait sur une plaque mé­tal­lique. Il lui suf­fi­sait en­suite d’y pla­cer les ma­trices sou­hai­tées, ser­rées les unes contre les autres. Lorsque le cadre était plein, l’en­semble com­po­sait une épreuve à im­pri­mer. Il la pla­çait alors près de la flamme pour la chauf­fer. Lorsque la ré­sine (à l’ar­rière) com­men­çait à fondre, il pre­nait une plaque lisse qu’il pres­sait sur la sur­face de son épreuve afin de la rendre ab­so­lu­ment plane (...)

Ce pro­cé­dé, s’il était ap­pli­qué à l’im­pres­sion de deux ou trois co­pies, ne se­rait ni simple ni fa­cile. Mais pour im­pri­mer des cen­taines ou des mil­liers d’exem­plaires, il est mer­veilleu­se­ment ra­pide (...)

Lorsque l’im­pres­sion d’une épreuve était ter­mi­née, l’autre était prête. »

D’autres in­ven­teurs al­laient per­fec­tion­ner en­core son in­ven­tion. Même si ses ca­rac­tères mo­biles en terre cuite étaient re­la­ti­ve­ment so­lides et per­met­taient d’im­pri­mer des mil­liers de pages, les ca­rac­tères en bronze al­laient don­ner une net­te­té en­core meilleure à l’im­pres­sion. Mais sur­tout, cette nou­velle tech­nique al­lait ou­vrir la voie à d’autres in­ven­tions ré­vo­lu­tion­naires : c’est de cette pé­riode que date l’in­ven­tion de la mon­naie pa­pier, par exemple, qui al­lait bou­le­ver­ser le com­merce, no­tam­ment le com­merce in­ter­na­tio­nal. C’est aus­si de cette époque que nous vient le plus an­cien pan­neau pu­bli­ci­taire connu.

Re­né Etiemble, au­teur du livre L’Eu­rope chi­noise, nous ré­vèle par quel che­mi­ne­ment « l’in­ven­teur » eu­ro­péen de l’im­pri­me­rie, Gu­ten­berg s’ins­pi­ra de ces ré­sul­tats quatre cents ans plus tard, lors­qu’il mit au point son sys­tème de ty­po­gra­phie à ca­rac­tères mo­biles. Il y avait en tout cas belle lu­rette, lors­qu’il im­pri­ma sa pre­mière Bible, qu’on pro­dui­sait des livres en Chine, par­fois à des mil­lions d’exem­plaires.

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