Le cerf-vo­lant

China Today (French) - - SOMMAIRE - Gu he

Un sym­bole de créa­ti­vi­té chi­noise qui a ins­pi­ré les in­ven­teurs d’ob­jets vo­lants du monde à tra­vers les temps.

La Chine est sans conteste le pays d’ori­gine du cerf-vo­lant. D’ailleurs au Na­tio­nal air and Space Mu­seum de Wa­shing­ton, une plaque de pré­sen­ta­tion ex­plique : « les plus an­ciens ob­jets vo­lants sont les cerfs-vo­lants et les fu­sées chi­noises ».

Le cerf-vo­lant, qui se dit fengz­heng en chi­nois, est aus­si ap­pe­lé « mi­lan de pa­pier » ou en­core « mi­lan de bois ». L’on ra­conte que c’est Mo­zi qui, il y a plus de 2 500 ans, l’au­rait in­ven­té et qu’il en au­rait en­sei­gné la tech­nique à son dis­ciple Gong Shu­ban. D’après le pas­sage des En­tre­tiens avec le roi de Lu dans l’oeuvre de Mo­zi, Gong Shu­ban se se­rait ser­vi de bam­bou et de bois pour créer une sorte d’oi­seau res­sem­blant à une pie qui au­rait vo­lé et se­rait res­té dans le ciel du­rant trois jours. Cette « pie en bois » se­rait donc la pre­mière ver­sion du cerf-vo­lant.

Après l’in­ven­tion du pa­pier sous les Han de l’Est (25-220), on a com­men­cé à uti­li­ser du pa­pier fait à par­tir du co­ton pour le col­ler sur l’os­sa­ture en bam­bou des cerfs-vo­lants et ain­si créer le type de cerf-vo­lant que l’on ap­pelle « mi­lan de pa­pier ». Pen­dant les Cinq Dy­nas­ties (907-960 ), on a ins­tal­lé des sif­flets sur la tête des cerfs-vo­lants pour les faire sif­fler pen­dant leur vol. Ce son est ap­pe­lé zheng, d’où l’ap­pel­la­tion ac­tuelle : fengz­heng que l’on peut tra­duire lit­té­ra­le­ment par « sif­fle­ment du vent ».

Après l’ap­pa­ri­tion du cerf-vo­lant à pro­pre­ment par­ler, ce­lui-ci a été uti­li­sé pour me­su­rer des dis­tances, faire pas­ser des mes­sages, mais aus­si sur­vo­ler les po­si­tions en­ne­mies. D’après des ré­cits an­tiques, la rai­son pour la­quelle Gong Shu­ban au­rait fa­bri­qué ses « mi­lans de bois » était sur­tout mi­li­taire : c’était pour es­pion­ner et sur­veiller les cam­pe­ments de la par­tie ad­verse.

Liu Bang (256-195 av. J-C), l’em­pe­reur fon­da­teur de la dy­nas­tie des Han se se­rait ser­vi de cerfs-vo­lants lors de sa cam­pagne contre Chen Xi. Son gé­né­ral d’ar­mée : Han Xin, au­rait uti­li­sé un cerf-vo­lant pour cal­cu­ler à quelle dis­tance se trou­vait le pa­lais Weiyang et ain­si creu­ser un tun­nel de la lon­gueur adé­quate pour l’en­va­hir.

Sous les Ming (1368-1644), les cerf­svo­lants étaient même équi­pés d’ex­plo­sifs, ce qui fai­sait de ceux-ci de vrais « bom­bar­diers » avant l’heure. On les sur­nom­mait les « cor­beaux du feu ma­gique ». Leur dan­ge­ro­si­té était ex­trême.

Mais le cerf-vo­lant était aus­si un di­ver­tis­se­ment. D’ailleurs cette mode com­men­ça très tôt sous les Tang (618-907) et était très ap­pré­ciée par la cour im­pé­riale. Dans un poème pour en­fants de l’époque, on trouve d’ailleurs une des­crip­tion de plu­sieurs ac­ti­vi­tés en­fan­tines, dont le cerf­vo­lant.

Sous les Song (960-1279), le cerf-vo­lant a connu ses grandes heures de gloire et la tra­di­tion du lâ­cher de cerf-vo­lant le jour de la fête Qing­ming vient de cette époque. Pour les Chi­nois, « lâ­cher » un cerf-vo­lant consiste à le faire mon­ter le plus haut pos­sible puis à cou­per la corde du cerf­vo­lant pour que les mau­vaises éner­gies de l’an­née pas­sée soient em­por­tées avec lui. L’em­pe­reur Hui­zong (1082-1135) de la dy­nas­tie des Song était un pas­sion­né de cerf-vo­lant et avait même fait com­pi­ler un Ca­ta­logue du cerf-vo­lant.

Dès lors et pen­dant des siècles, l’ha­bi­tude de jouer au cerf-vo­lant en sor­tant de l’école s’est an­cré chez les en­fants chi­nois. La forme des cerfs-vo­lants s’est éga­le­ment di­ver­si­fiée : crabe, mille-pattes, li­bel­lule, et même des cerfs-vo­lants en forme des ca­rac­tères chi­nois pour « Bon­heur » et « Lon­gé­vi­té ». Mlle Lin Daiyu, pro­ta­go­niste frêle et mé­lan­co­lique du Rêve dans le pa­villon rouge, a tou­jours ca­res­sé l’es­poir de faire du cerf­vo­lant pour em­por­ter ses maux loin d’elles et ain­si re­trou­ver la san­té. Car le cerf-vo­lant est aus­si consi­dé­ré comme un sport. Dans le Bo­wuz­hi, un re­cueil d’anec­dotes de l’époque des Song, on trouve un pas­sage di­sant que « jouer au cerf-vo­lant au prin­temps fait les en­fants ou­vrir la bouche et re­gar­der vers les cieux en dé­rou­lant la fi­celle, ce qui les vide du trop-plein d’éner­gie conte­nu dans leur corps. » De plus, faire du cerf­vo­lant met en scène les mains, la tête et le cou, le dos et les jambes. C’est donc un sport com­plet. « À l’ar­ri­vée du prin­temps, les grands et les moins grands sortent faire du cerf-vo­lant. Cet ac­ti­vi­té joyeuse leur for­ti­fie la san­té et pro­longe leur vie. »

Le prin­cipe du cerf-vo­lant est simple : pour que ce­lui-ci s’élève, il suf­fit de jouer sur le vent. L’air pas­sant sous le cerf-vo­lant est ra­len­ti par l’aile et porte le cerf-vo­lant vers le haut. Ce prin­cipe a beau­coup ins­pi­ré les scien­ti­fiques oc­ci­den­taux et il est in­té­res­sant de re­mar­quer que c’est grâce à un cerf-vo­lant que Ben­ja­min Frank­lin a dé­cou­vert le prin­cipe de la foudre en 1752, que les frères Wright ont eu l’idée de l’avion en 1903, et qu’en 1907 la ma­chine vo­lante em­bar­quée de Graham Bell a pu vo­ler.

L’éru­dit an­glais Jo­seph Need­ham a dé­crit le cerf-vo­lant comme « une in­ven­tion de la Chine an­tique ayant gran­de­ment in­fluen­cé le pro­grès de l’hu­ma­ni­té. »

La ville na­tale de Mo­zi : Wei­fang, est au­jourd’hui consi­dé­rée comme la ca­pi­tale mon­diale du cerf-vo­lant, qui est un vé­ri­table ar­ti­sa­nat sym­bo­li­sant la ci­vi­li­sa­tion chi­noise an­cienne et aus­si sa créa­ti­vi­té.

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