Cher­cher l’ins­pi­ra­tion dans la phi­lo­so­phie chi­noise

China Today (French) - - CULTURE - LIND­SAY PRADELLE, membre de la rédaction

l’heure où les bou­le­ver­se­ments du monde viennent ter­nir notre illu­sion de sta­bi­li­té, nous ne sommes plus aus­si cer­tains de nos choix de vie. Les doutes face aux choix de nos so­cié­tés en­gendrent les doutes sur nos propres vies. Nous cher­chons des ré­ponses à nos an­goisses.

La Chine, avec sa cul­ture mul­ti­mil­lé­naire du soin du corps et de l’es­prit, est na­tu­rel­le­ment grande pour­voyeuse de tech­niques et phi­lo­so­phies à même de ve­nir au se­cours de l’homme mo­derne déso­rien­té.

Pour­tant, la Chine vue sous de mul­tiples fa­cettes sou­vent contras­tées, est ra­re­ment ci­tée comme un exemple. En ef­fet, les mé­dias dé­peignent ré­gu­liè­re­ment son aven­ture de pro­gres­sion éco­no­mique, ses pré­oc­cu­pa­tions éco­lo­giques, son avan­cée dans la construc­tion d’un État de droits, mais on omet bien sou­vent l’om­ni­pré­sence de sa cul­ture du bien-être, aus­si af­fi­née soit-elle. En quoi la Chine est-elle de­ve­nue une réelle fon­taine de jou­vence pour les Oc­ci­den­taux qui ne se re­con­naissent plus dans leurs so­cié­tés ?

La Chine, source de ré­veil et de re­nais­sance

Dja­mi­la est une voya­geuse fran­çaise an­cien­ne­ment ins­ti­tu­trice ve­nue dé­cou­vrir, un peu par ha­sard, le taï chi à Yang­shuo, un site pit­to­resque dans le Guangxi. Loin des grandes mé­ga­lo­poles où l’on est da­van­tage plon­gé dans la quête de réus­site fi­nan­cière, elle s’est épa­nouie dans la sim­pli­ci­té des phi­lo­so­phies tra­di­tion­nelles chi­noises dans leur contexte na­tu­rel : « En fait, (en Chine), j’ai lit­té­ra­le­ment vé­cu une crise d’ado­les­cence, un (ré)ap­pren­tis­sage de la vie. J’étais lo­gée par­mi les lo­caux, dans un pe­tit vil­lage en bor­dure de ri­vière, im­pré­gné du par­fum des oran­gers. Dès que j’ou­vrais les yeux pour une nou­velle jour­née, je me trou­vais face à un pays tel­le­ment frap­pant de dif­fé­rence qu’il s’agis­sait lit­té­ra­le­ment d’un autre monde, où tout était à ré­ap­prendre. Tel un en­fant, il m’a fal­lu ap­prendre à me faire com­prendre, à par­ler, à man­ger, à cui­si­ner et à ré­ap­pri­voi­ser mon corps. Ma dif­fi­cul­té à être in­dé­pen­dante et mon in­com­pré­hen­sion m’ont ame­née à ten­ter de me re­bel­ler, de ré­sis­ter. Mais au fond de moi, je res­sen­tais pour­tant une évi­dence : l’es­sence et le sens même de la vie contre les­quels on ne peut se battre. Cette ré­vo­lu­tion in­té­rieure s’est pas­sée à mon corps dé­fen­dant, la Chine m’a en­voû­tée. Je me suis per­due pour mieux me re­trou­ver. (…) Je me suis sen­tie libre de pro­fi­ter du pré­sent. J’ai pu être à l’écoute de moi-même, par­fois en ac­cord, par­fois en désac­cord, j’ai ain­si vé­cu et ex­plo­ré plei­ne­ment ma tris­tesse aus­si bien que ma joie, jus­qu’à dé­ve­lop­per une clair­voyance et une ca­pa­ci­té à me lais­ser glis­ser vers la bonne voie du mo­ment. Plus rien d’autre n’im­por­tait. À l’image de nos com­por­te­ments d’en­fants, la vie est un jaillis­se­ment spon­ta­né. Les Chi­nois savent da­van­tage la lais­ser exis­ter et lui faire confiance. Ils n’ont pas cette pu­deur, cette peur de pa­raître im­ma­ture. Ils portent des t-shirts Mi­ckey ou Hel­lo Kit­ty à qua­rante ans, ils rient en bandes de co­pains toute la soi­rée à tout âge... Ils vivent quoi ! J’y ai ap­pris le plai­sir de la dis­ci­pline à tra­vers le taï chi et le qi­gong, et la pa­tience in­fi­nie des hommes qui vivent avec le rythme que leur im­pulse la na­ture. »

En fait, là où les Oc­ci­den­taux ont ten­dance à am­pli­fier les an­goisses quo­ti­diennes pour « gon­fler » leurs ca­pa­ci­tés à se battre, les Chi­nois ré­priment l’in­quié­tude en ac­cep­tant le flux de la vie. Le mau­vais est né­ces­saire au même titre que le bien. L’équi­libre du yin et du yang est pré­sent en toute chose. C’est ce qui crée ce sen­ti­ment de paix au mi­lieu du chaos ap­pa­rent, et ce res­sen­ti de force, d’en­ra­ci­ne­ment d’une cul­ture qui ne peut ai­sé­ment être dé­sta­bi­li­sée. Con­fu­cius a dit : « Le sage est calme et se­rein. L’homme de peu est

À Yang­shuo, Dja­mi­la (2e à dr.) suit un cours de taï chi en harmonie avec la na­ture avec Maître Kim Wu.

Newspapers in French

Newspapers from China

© PressReader. All rights reserved.