Du ma­riage nu aux manches de cro­co­dile : ni­doiuov­meall­tei­q­suexes­preenssCioh­nins e

China Today (French) - - CULTURE - VE­RE­NA MENZEL, membre de la rédaction

Ce­lui qui veut sa­voir ce qui se passe de nou­veau dans une cul­ture, ob­ser­ver les chan­ge­ments qui se pro­duisent dans une so­cié­té, ob­ser­ver de quelle fa­çon elle se dé­ve­loppe, de­vrait je­ter un oeil sur l’évo­lu­tion de la langue. À chaque fois qu’un phé­no­mène nou­veau fait son ap­pa­ri­tion, que d’an­ciennes modes se brisent ou que des ten­dances in­édites se ré­vèlent, on peut être sûr que ce­la se tra­dui­ra pas des in­no­va­tions lin­guis­tiques. C’est jus­te­ment le signe qu’on est en pré­sence d’une nou­veau­té lorsque celle-ci est au dé­but dé­pour­vue de dé­si­gna­tion claire et pré­cise, qu’elle n’a pas en­core été pensée ni dé­crite avec pré­ci­sion. Dès que se dé­ve­loppe une ma­ni­fes­ta­tion vo­cale dont l’usage se ré­pand, une dé­si­gna­tion et une dé­fi­ni­tion, ces phé­no­mènes font leur en­trée dans la conscience col­lec­tive. Pour prendre le pouls de la so­cié­té à un mo­ment don­né, et ce­la vaut bien sûr pour la so­cié­té chi­noise, pour dé­tec­ter son état d’es­prit cultu­rel ou so­cial, ce­la peut va­loir la peine de je­ter un coup d’oeil au vo­ca­bu­laire idio­ma­tique ré­cent.

C’est avant tout l’In­ter­net qui, grâce à son po­ten­tiel de com­mu­ni­ca­tion ra­pide, s’est avé­ré ces der­nières an­nées le ré­cep­tacle pri­vi­lé­gié des ap­proches lin­guis­tiques créa­tives et qui a per­mis une dif­fu­sion ac­cé­lé­rée de nou­veaux concepts. Cer­taines ex­pres­sions chi­noises pas en­core ré­per­to­riées par les dic­tion­naires of­fi­ciels, ont de­puis belle lu­rette fait leur che­min dans les es­prits et se trouvent sur toutes les lèvres, dé­cri­vant avec jus­tesse des phé­no­mènes ré­cents qui, avant ce­la, sim­ple­ment « flot­taient dans l’air ». Cer­tains de ces mots nou­veaux dis­pa­raissent aus­si vite qu’ils sont ap­pa­rus. D’autres au contraire res­tent et entrent au Pan­théon des tour­nures of­fi­cielles. Ces néo­lo­gismes ne sont pas uni­que­ment l’apa­nage de l’air du temps et de modes pas­sa­gères, mais consti­tuent des élé­ments qui sur le long terme for­me­ront la ri­chesse d’une com­mu­nau­té lin­guis­tique.

Le chi­nois a ac­cueilli ces der­nières an­nées un grand nombre de ces ex­pres­sions, et celles-ci sont le mi­roir de la so­cié­té chi­noise qui offre aux étran­gers un point de vue fas­ci­nant sur les bou­le­ver­se­ments et les chan­ge­ments qui se dé­roulent dans le pays. Que veut-on dire lors­qu’on parle de « ma­riage nu », de « manches de cro­co­dile » ou en­core de « chasse à la viande hu­maine » ? Vous al­lez tout sa­voir !

Ma­riage en cos­tume d’Adam

Par­mi les at­tri­buts de tout ma­riage qui se res­pecte, on comp­tait au­tre­fois en Chine des choses telles que la pro­prié­té d’un ap­par­te­ment et une fête un peu so­len­nelle avec tout le tra­la­la. De nos jours, au-de­là d’un re­ve­nu cor­rect du cô­té de l’homme, l’union pour le meilleur et pour le pire ne peut pas dé­cem­ment se pas­ser d’une voi­ture pour le couple, d’une bague au doigt pour ma­dame, d’une séance de pho­tos de ma­riage très gla­mour en stu­dio et de­vant des mo­nu­ments cé­lèbres, et d’un voyage de noces propre à ex­ci­ter les ja­lou­sies. Par le pas­sé, le ma­riage était avant tout une af­faire de fa­mille en Chine et l’union vi­sait moins des buts ro­man­tiques que l’ob­jec­tif d’as­su­rer la sé­cu­ri­té fi­nan­cière et ce­lui de for­mer une com­mu­nau­té de pa­tri­moine. C’était avant l’ap­pa­ri­tion en Chine de ce que l’on ap­pelle dans le lan­gage cou­rant le « ma­riage nu ». Ne rou­gis­sez pas ! On ne parle pas ici de cé­ré­mo­nie de ma­riage nu­diste, mais au sens fi­gu­ré, de faire abs­trac­tion du cor­set des exi­gences ma­té­rielles et fa­mi­liales. Au vu de la crois­sance du coût de la vie, en par­ti­cu­lier dans les grandes métropoles, et d’une nou­velle fa­çon de voir les choses dans la jeu­nesse chi­noise, qui re­cherche la ro­mance et la li­ber­té au lieu des ma­riages ar­ran­gés et né­go­ciés, nom­breux sont ceux qui re­cherchent une union sans ap­par­te­ment, sans voi­ture et sans ban­quet de ma­riage rui­neux. La dé­fi­ni­tion de l’ex­pres­sion « se ma­rier nu » a fi­na­le­ment don­né une réa­li­té of­fi­cielle à ce phé­no­mène et fut prise pour titre d’une sé­rie té­lé­vi­sée ul­tra-kitsch dif­fu­sée en 2010 avec une fin heu­reuse ga­ran­tie. Si le charme de ces « noces en cos­tume d’Adam ou d’Ève » a un peu de mal à s’im­po­ser par­mi les re­pré­sen­tants de l’an­cienne gé­né­ra­tion, c’est que ceux-ci sou­hai­te­raient voir plus de ga­ran­ties de du­ra­bi­li­té dans le choix du par­te­naire de vie de leurs des­cen­dants, qu’ils scèlent avec un do­mi­cile confor­ta­ble­ment ins­tal­lé.

Rage au vo­lant

Le terme sui­vant se si­tue dans un re­gistre plus agres­sif que ro­man­tique, car l’époque ro­man­tique où la Chine était vue comme le royaume du vé­lo ap­par­tient au pas­sé. Au­jourd’hui en Chine, toute per­sonne qui se res­pecte pré­fère,

Ma­riage nu.

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