Un ju­ge­ment uni­la­té­ral

China Today (French) - - OPINIONS -

Évi­tons

Ré­flexion sur le rôle que jouent les mé­dias dans la com­pré­hen­sion si­no-fran­çaise et les failles qu’il reste à com­bler dans ce do­maine.

Voi­là bien long­temps que je vou­lais écrire un ar­ticle à ce su­jet pour mes confrères fran­çais et chi­nois. Je n’ai nul­le­ment l’in­ten­tion de don­ner des le­çons à qui que ce soit. Sim­ple­ment, je vou­drais faire part de mes ex­pé­riences ac­cu­mu­lées au fil de mes 30 ans de car­rière de jour­na­liste dont ils pour­raient se ser­vir comme ré­fé­rence, car j’es­time qu’un mur épais, en­tra­vant la com­pré­hen­sion mu­tuelle, se dresse en­core entre nos deux grandes ci­vi­li­sa­tions chi­noise et fran­çaise.

J’ai tra­vaillé comme jour­na­liste en France pen­dant une ving­taine d’an­nées. Au cours de cette pé­riode, j’ai consta­té que les re­la­tions si­no-fran­çaises, et même les re­la­tions si­no-eu­ro­péennes, se dé­ve­loppent pé­ni­ble­ment dans le monde mou­ve­men­té d’au­jourd’hui, mais avancent tou­jours dans la bonne di­rec­tion. Dans le même temps, je consi­dère que co­existent tou­jours, entre nos deux po­pu­la­tions, en­ten­de­ments et mal­en­ten­dus. D’un cô­té, nous nous connais­sons mieux l’un l’autre ; d’un autre cô­té, cette com­pré­hen­sion mu­tuelle de­meure sou­vent li­mi­tée. No­tam­ment parce que la Chine et l’Eu­rope évo­luent toutes deux à une époque en mu­ta­tion ra­pide. Trois ou cinq se­maines avant la primaire de la droite, au­cun Chi­nois ne pen­sait que le fu­tur pré­sident fran­çais se­rait Fillon ou Ma­rine Le Pen, au lieu de Sar­ko­zy ou Jup­pé. Et in­ver­se­ment. Com­bien de Fran­çais savent que la Chine a lan­cé un sa­tel­lite quan­tique, qu’elle est le chef de file mon­dial en ma­tière de paie­ment mo­bile et qu’elle a dé­ve­lop­pé un sys­tème de na­vi­ga­tion sa­tel­li­taire, ap­pe­lé Bei­dou, plus fiable que le GPS amé­ri­cain ? Je suis per­sua­dé que cette si­tua­tion de com­pré­hen­sion mu­tuelle en­ta­chée de mal­en­ten­dus, à la fois op­ti­miste et in­quié­tante, va se pour­suivre dans les cinq ou dix pro­chaines an­nées. Les mé­dias y joue­ront un rôle de plus en plus ma­jeur.

Nous vi­vons au­jourd’hui à l’ère de la mon­dia­li­sa­tion, où la conscience de l’autre passe de plus en plus par les mé­dias. Si les mé­dias ne trans­mettent pas des in­for- ma­tions ex­haus­tives et ob­jec­tives, nos connais­sances sur au­trui au­ront peu de chances d’être ex­haus­tives et ob­jec­tives. Je dois dire que j’en ai fait l’ex­pé­rience per­son­nelle.

Dans le cadre de mon tra­vail en France, j’ai pu ob­ser­ver l’énorme dif­fé­rence entre les conte­nus et les angles de vue choi­sis par les mé­dias chi­nois et fran­çais. Les jour­na­listes chi­nois ne voient que le cô­té tendre et ro­man­tique de la France. Nos re­por­tages chi­nois traitent tou­jours des par­ti­cu­la­ri­tés bien fran­çaises, comme la belle ave­nue des Champs-Ély­sées, le vin, le par­fum, les dé­fi­lés de mode, le Fes­ti­val de Cannes et même le Tour de France ; en re­vanche, les mé­dias fran­çais ont pour ha­bi­tude de se fo­ca­li­ser sur les droits de l’homme en Chine, le Ti­bet, le smog, la peine de mort ou la consom­ma­tion de viande de chien. Le « droit-de-l’hom­misme »… Vous le connais­sez, je crois, très bien.

Il y a peu de temps, j’ai vu aux in­for­ma­tions sur France 2 un re­por­tage où étaient com­pa­rées des couettes en du­vet de ca­nard fa­bri­quées en Chine et en France. Celle de fac­ture fran­çaise était ven­due au prix de 300 eu­ros, tan­dis que celle Made in Chi­na ne coû­tait que 29 eu­ros. Tou­te­fois, le re­por­tage ne se concen­trait pas sur la qua­li­té in­fé­rieure des couettes chi­noises par rap­port aux couettes fran­çaises. Si ce­la avait été le cas, je l’au­rais tout à fait com­pris, car il se­rait im­pro­bable qu’une couette à 29 eu­ros soit équi­va­lente à une couette de 300 eu­ros au re­gard de la qua­li­té. L’émis­sion s’in­té­res­sait plu­tôt aux taches de sang qui ap­pa­rais­saient à la ra­cine de cer­taines plumes. Le jour­na­liste fran­çais soup­çon­nait (il s’agis­sait bien de soup­çons) que ces plumes avaient été ar­ra­chées sur des ca­nards vi­vants. Cette mise en cause m’a rap­pe­lé un re­por­tage amé­ri­cain, qui contes­tait la mé­thode de fa­bri­ca­tion du foie gras en France : « Les Fran­çais uti­lisent la tech­nique du ga­vage d’oies, c’est in­hu­main. » Les deux cri­tiques se res­semblent. Le « droit-de-l’hom­miste » est en train de se trans­for­mer en « ca­nar­diste ». Quelles im­pres­sions les Eu­ro­péens au­ront-ils de la Chine après avoir vu ce genre d’in­for­ma­tions ?

Pour ce qui est des mé­dias chi­nois, de nos jours, ils rap­portent de plus en plus aux nou­velles les vols, les coups voire les as­sas­si­nats dont sont vic­times les res­sor­tis­sants chi­nois en France. Ils abordent égale-

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