l’ac­tion et la res­pon­sa­bi­li­té de la Chine éclai­rées

Dans un contexte in­ter­na­tio­nal com­plexe et un re­cul an­non­cé des États-Unis sous l’ad­mi­nis­tra­tion Trump, la Chine af­firme sa ma­tu­ri­té et son sens des res­pon­sa­bi­li­tés.

China Today (French) - - REPORTAGE SPECIAL - XU YANZHUO﹡

Le pré­sident chi­nois Xi Jin­ping a par­ti­ci­pé au Fo­rum éco­no­mique mon­dial qui s’est te­nu du 17 au 20 jan­vier 2017 à Da­vos. Il s’agis­sait de la pre­mière par­ti­ci­pa­tion d’un pré­sident chi­nois à la session an­nuelle éco­no­mique mon­diale qui a lieu en hiver dans la ville suisse. Dans le contexte d’une sé­rie d’évé­ne­ments contre la mon­dia­li­sa­tion, la pré­sence du pré­sident chi­nois à ce grand ren­dez-vous réunis­sant des di­ri­geants po­li­tiques, des chefs d’en­tre­prise et des cher­cheurs in­carne un rôle phare pour la di­rec­tion fu­ture de la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale. Suivant les su­jets prin­ci­paux de la session, no­tam­ment le ren­for­ce­ment des sys­tèmes pour la co­opé­ra­tion mon­diale, la re­con­nais­sance ac­crue des iden­ti­tés par la nar­ra­tion po­si­tive, la re­vi­ta­li­sa­tion de l’éco­no­mie mon­diale, la ré­forme du ca­pi­ta­lisme de mar­ché et la pré­pa­ra­tion pour la qua­trième ré­vo­lu­tion in­dus­trielle, la Chine a pro­po­sé des solutions chinoises aux pro­blèmes mon­diaux, et a mon­tré qu’elle as­sume plei­ne­ment ses res­pon­sa­bi­li­tés in­ter­na­tio­nales.

Les op­por­tu­ni­tés et les dé­fis de la Chine dans la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale

L’« anor­ma­li­té » a ca­rac­té­ri­sé toute l’an­née 2016. Les nom­breux im­pré­vus sur­ve­nus en Eu­rope, au Moyen-Orient, en Asie de l’Est et en Amé­rique du Sud ont don­né lieu à une ré­flexion et à une re­mise en ques­tion sur la di­rec­tion de la mon­dia­li­sa­tion et le pro­ces­sus d’in­té­gra­tion dans la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Des idées ont été bri­sées sur la ré­so­lu­tion des pro­blèmes mon­diaux à tra­vers l’amé­lio­ra­tion des mé­ca­nismes in­ter­na­tio­naux. La re­ven­di­ca­tion de la pri­mau­té des in­té­rêts nationaux dans dif­fé­rents pays et le na­tio­na­lisme ont connu une ré­sur­gence ex­plo­sive. Avec l’émer­gence de di­ri­geants po­pu­listes et d’ex­trême-droite, la re­con­nais­sance mu­tuelle et les conver­gences di­mi­nuent dans la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale, tan­dis que les conflits et la confron­ta­tion aug­mentent. Dans ces cir­cons­tances, la Chine fait face à des op­por­tu­ni­tés comme à des dé­fis, en par­ti­ci­pant ac­ti­ve­ment au pro­ces­sus de la mon­dia­li­sa­tion et en pro­po­sant ses solutions à la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale à Da­vos.

D’une part, le nou­veau pré­sident amé­ri­cain Do­nald Trump a mul­ti­plié les propos ap­pe­lant les États-Unis à se débarrasser de ses res­pon­sa­bi­li­tés in­ter­na­tio­nales, y com­pris sur le retrait de l’Ac­cord de Partenariat trans­pa­ci­fique (TPP). Il a dé­cla­ré que les « États-Unis sont prio­ri­taires » en at­ta­quant les règles com­mer­ciales in­ter­na­tio­nales exis­tantes. Il a exi­gé que les al­liés as­sument plus de dé­penses de sé­cu­ri­té. Ces dé­cla­ra­tions, qu’elles soient le lan­gage d’un po­li­ti­cien vou­lant at­ti­rer l’at­ten­tion, ou la lo­gique de « tran­sac­tions » d’un com­mer­çant qui fait pres­sion sur ses ad­ver­saires et cherche le plus d’avan­tages, re­flètent la baisse du lea­der­ship mon­dial des États-Unis, ain­si que le mé­con­ten­te­ment du pu­blic sur l’ordre in­ter­na­tio­nal et les règles exis­tants. Comme l’ont men­tion­né de nom­breux com­men­ta­teurs, un vide au sein du pou­voir ap­pa­raî­tra dans la

com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale et se­ra com­blé par la Chine, qui as­su­me­ra un rôle de lea­der. De plus, les dé­cla­ra­tions de Trump ré­vèlent que le mode de gou­ver­nance ac­tuel ne sait ré­soudre les pro­blèmes mon­diaux de plus en plus graves. Que ce soit dans les pays dé­ve­lop­pés ou dans les pays en dé­ve­lop­pe­ment, les po­pu­la­tions n’ont ma­jo­ri­tai­re­ment pas bé­né­fi­cié du pro­ces­sus de la mon­dia­li­sa­tion. La par­ti­ci­pa­tion du pré­sident Xi Jin­ping au Fo­rum de Da­vos ne pré­dit pas qui dé­tien­dra le pou­voir mon­dial, loin de là, mais elle sert à ren­for­cer la confiance dans la mon­dia­li­sa­tion dans un contexte com­plexe et à re­voir les mé­thodes de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale pour que plus de gens pro­fitent des ré­sul­tats de la mon­dia­li­sa­tion. Cet ap­pel in­ter­na­tio­nal va dans le même sens que la dé­mo­cra­ti­sa­tion des re­la­tions in­ter­na­tio­nales que la Chine pré­co­nise depuis long­temps. La dé­mo­cra­ti­sa­tion des re­la­tions in­ter­na­tio­nales a pour es­prit fon­da­men­tal de lut­ter contre la politique du plus fort et l’uni­la­té­ra­lisme, ré­soudre les pro­blèmes in­ter­na­tio­naux par tous les pays du monde à tra­vers des consul­ta­tions sur un pied d’éga­li­té et gou­ver­ner en­semble les af­faires mon­diales. La dé­mo­cra­ti­sa­tion des re­la­tions in­ter­na­tio­nales re­pré­sente une de­mande de temps, la clé et la condi­tion préa­lable à la construc­tion d’un monde har­mo­nieux, la pro­mo­tion de la paix du­rable de l’hu­ma­ni­té, du dé­ve­lop­pe­ment commun et du pro­grès des ci­vi­li­sa­tions.

D’autre part, la com­plexi­té de l’ordre in­ter­na­tio­nal ne doit pas être niée, avec le che­vau­che­ment des trai­tés ré­gio­naux, les conflits d’in­té­rêts ré­gio­naux, le ma­rasme de l’éco­no­mie mon­diale, ou le re­tard de dé­ve­lop­pe­ment du sys­tème com­mer­cial mul­ti­la­té­ral et de ses règles. L’émer­gence des forces d’ex­trême-droite dans cer­tains pays montre que les po­pu­la­tions penchent pour un re­cours à des solutions ra­di­cales aux pro­blèmes in­ter­na­tio­naux et nationaux, et que les me­sures et mé­ca­nismes contrai­gnants s’af­fai­blissent. Ce­la si­gni­fie que, contrai­re­ment à la di­rec­tion de la gou­ver­nance mon­diale qui était do­mi­née par l’élite, la Chine qui par­ti­cipe à la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale doit faire face non seule­ment à la pres­sion que la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale exerce sur une puis­sance émer­gente, mais aus­si aux re­ven­di­ca­tions des peuples en co­lère qui ont été dé­lais­sés par la mon­dia­li­sa­tion. Ces ap­pels simples et ra­di­caux sont lé­gi­ti­més par le vote et pro­voquent de nou­veaux pro­blèmes à la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale.

Les solutions chinoises pour la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale

Au mi­lieu d’ap­pels au frei­nage de la mon­dia­li­sa­tion, la pré­sence du pré­sident Xi Jin­ping au Fo­rum de Da­vos a per­mis d’in­di­quer la di­rec­tion pour la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale, afin de pro­mou­voir la re­lance de l’éco­no­mie mon­diale, à tra­vers le ren­for­ce­ment de la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale et l’ac­crois­se­ment de la re­con­nais­sance des iden­ti­tés dis­tinctes. Si l’on com­pare la mon­dia­li­sa­tion de 2016 à un su­per-or­di­na­teur, le ma­té­riel n’a pas beau­coup chan­gé par rap­port aux or­di­na­teurs pré­cé­dents. La com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale reste une ma­chine com­plexe dont les pièces sont en­tre­la­cées. Les grands

pays sont fondateurs et for­geurs de l’ordre in­ter­na­tio­nal et de ses règles. Ce­pen­dant, des in­com­pa­ti­bi­li­tés se ma­ni­festent dans les lo­gi­ciels. Le pro­ces­sus d’in­té­gra­tion eu­ro­péenne a été ébran­lé par le Brexit. Les ten­sions ré­gio­nales et la pres­sion ac­cen­tuée à la baisse dans l’éco­no­mie de tous les pays ont don­né lieu à une stag­na­tion du dé­ve­lop­pe­ment du sys­tème com­mer­cial mul­ti­la­té­ral. Avec des pièces iden­tiques et des lo­gi­ciels en évo­lu­tion, ain­si que le re­flux de la mon­dia­li­sa­tion, il ne faut pas se ré­soudre à une tendance du cha­cun pour soi. C’est parce que le re­flux de la mon­dia­li­sa­tion n’équi­vaut pas à ce­lui des pro­blèmes mon­diaux, et l’exis­tence de ces pro­blèmes si­gni­fie éga­le­ment que le mode de gou­ver­nance mon­diale mar­quée par la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale doit exis­ter. Par consé­quent, le voyage du pré­sident chi­nois en Suisse re­pré­sente le cou­rage d’as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té de la gou­ver­nance mon­diale.

La Chine en­cou­rage la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale. À Da­vos, Xi Jin­ping a net­te­ment po­si­tion­né la Chine dans cette voie. La théo­rie géo­po­li­tique clas­sique af­firme que dans les conflits entre les an­ciennes et les nou­velles puis­sances, ces der­nières sont une source d’in­sta­bi­li­té. Mais le voyage à Da­vos du pré­sident Xi a ren­ver­sé cette al­lé­ga­tion. À la dif­fé­rence de Do­nald Trump dont la politique étran­gère est faite d’in­cer­ti­tudes et de dé­cla­ra­tions fermes, le pré­sident chi­nois a par­ti­ci­pé ac­ti­ve­ment aux dis­cus­sions sur la gou­ver­nance mon­diale, confir­mant le rôle sta­bi­li­sa­teur de la Chine dans l’ordre exis­tant. Depuis la pre­mière par­ti­ci­pa­tion de Bill Clin­ton au Fo­rum de Da­vos, les États-Unis ont joué un rôle de lea­der dans cette réunion des élites oc­ci­den­tales, et les di­ri­geants des grands pays eu­ro­péens ont presque tous ser­vi d’ac­teurs prin­ci­paux, tan­dis que la Chine était consi­dé­rée comme un pays dé­fiant le pro­ces­sus de la mon­dia­li­sa­tion et l’ordre mon­dial. Mais cette an­née, face aux pro­blèmes mon­diaux com­plexes et chan­geants, la Chine s’est dé­mar­quée des États-Unis qui aban­donnent pro­gres­si­ve­ment le mul­ti­la­té­ra­lisme et penchent vers le ré­gio­na­lisme et l’iso­la­tion­nisme, en choi­sis­sant de dé­fendre les fon­da­men­taux du sys­tème mul­ti­la­té­ral exis­tant. Évi­dem­ment, cer­tains pré­tendent à tort que la Chine est le plus grand bé­né­fi­ciaire de la mon­dia­li­sa­tion. Au contraire, ses in­té­rêts nationaux ont éga­le­ment été af­fec­tés par la mon­dia­li­sa­tion, et le pro­ces­sus de son in­té­gra­tion avec le reste du monde a eu des consé­quences au ni­veau na­tio­nal. La Chine a par contre bé­né­fi­cié de la sta­bi­li­té ap­por­tée par l’ordre in­ter­na­tio­nal. Par consé­quent, dans la gou­ver­nance mon­diale, elle se po­si­tionne tou­jours en fa­veur du main­tien de la mon­dia­li­sa­tion exis­tante. Tou­te­fois, elle pro­pose un plan de ré­forme de cette gou­ver­nance pour re­mé­dier aux in­jus­tices, afin que la mon­dia­li­sa­tion suive une di­rec­tion plus équi­table.

Les solutions chinoises cla­ri­fiées au Fo­rum de Da­vos

La pré­sence du pré­sident chi­nois à Da­vos a per­mis de cla­ri­fier les solutions

chinoises. Les États-Unis ont tou­jours in­sis­té pour un ordre in­ter­na­tio­nal sous leur do­mi­na­tion et di­rec­tion, dont le noyau était la dé­fense d’une hé­gé­mo­nie amé­ri­caine mo­dé­rée, le sou­tien des al­liés et des pays avec un sys­tème politique dé­mo­cra­tique, ain­si que de mar­chés li­bé­ra­li­sés. Mais au­cune ré­ponse claire n’a été for­mu­lée pour dé­fendre l’équi­té, la jus­tice et la to­lé­rance quant à la mon­dia­li­sa­tion, l’équi­libre des in­té­rêts ré­gio­naux et la co­or­di­na­tion mon­diale, ou l’amé­lio­ra­tion des mé­ca­nismes mon­diaux du mar­ché. La ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale pré­co­ni­sée par la Chine ap­porte des solutions chinoises aux pro­blèmes mon­diaux, no­tam­ment en dé­pas­sant l’op­po­si­tion entre le cou­rant prin­ci­pal et la mar­gi­na­li­sa­tion. Les solutions chinoises pré­co­nisent la di­ver­si­té et la co­exis­tence, c’est-à-dire la co­exis­tence de pays aux dif­fé­rents sys­tèmes po­li­tiques, ré­gimes so­ciaux, modes de gou­ver­nance na­tio­nale, ni­veaux de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, dans un sys­tème in­ter­na­tio­nal dans le­quel les dif­fé­rences de points de vue n’em­pêchent pas le res­pect et la co­opé­ra­tion mu­tuels. Dans le do­maine éco­no­mique, en contraste avec la mon­tée du pro­tec­tion­nisme dans le monde, la Chine in­siste sur une éco­no­mie ou­verte et la division in­ter­na­tio­nale du tra­vail. Sur la base de la co­opé­ra­tion éco­no­mique exis­tante, ce­ci a pour ob­jec­tif de pro­mou­voir la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale tous azi­muts, à tous les ni­veaux et dans de nom­breux do­maines, per­mettre aux éco­no­mies mar­gi­na­li­sées de re­joindre le mar­ché in­ter­na­tio­nal pour aug­men­ter l’offre de biens pu­blics, et main­te­nir la sta­bi­li­té et l’équi­té du mar­ché mon­dial.

Les es­sais chi­nois pour as­su­mer la res­pon­sa­bi­li­té de la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale

En par­ti­ci­pant à la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale, la Chine a non seule­ment pro­po­sé des solutions chinoises, elle a aus­si eu le cou­rage de faire des es­sais et d’as­su­mer ses res­pon­sa­bi­li­tés sur le plan pra­tique. Grâce à la créa­tion, à son ini­tia­tive, de la Banque asia­tique d’investissements pour les in­fra­struc­tures et de la Banque de dé­ve­lop­pe­ment des BRICS, la Chine a par­ti­ci­pé à l’éla­bo­ra­tion et à la ré­vi­sion des règles en­ca­drant la gou­ver­nance fi­nan­cière mon­diale. L’ini­tia­tive des Nou­velles Routes de la Soie en­cou­rage non seule­ment le par­tage des stra­té­gies de dé­ve­lop­pe­ment entre la Chine et les pays ri­ve­rains, elle fa­vo­rise aus­si l’in­ter­con­nexion pour re­mé­dier aux dés­équi­libres et aux in­jus­tices du com­merce in­ter­na­tio­nal, en ou­vrant des op­por­tu­ni­tés de dé­ve­lop­pe­ment aux sous-puis­sances ré­gio­nales et aux pe­tits et moyens pays. En s’ap­puyant sur la fi­nance et le com­merce, la Chine as­sume dans la pra­tique la res­pon­sa­bi­li­té de la ré­forme de la gou­ver­nance mon­diale, afin de mieux faire par­ta­ger les fruits du dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique, et de construire un sys­tème in­ter­na­tio­nal plus in­clu­sif, plus ré­ci­proque, plus ra­tion­nel et plus co­or­don­né.

Le 17 jan­vier 2017, le pré­sident Xi Jin­ping a ren­con­tré Klaus Sch­wab, fon­da­teur et pré­sident exé­cu­tif du Fo­rum éco­no­mique mon­dial.

Un grand pan­neau pu­bli­ci­taire du Fo­rum éco­no­mique mon­dial à Da­vos en Suisse

Le 10 jan­vier 2017, Klaus Sch­wab, fon­da­teur et pré­sident exé­cu­tif du Fo­rum éco­no­mique mon­dial, a ex­pri­mé à Ge­nève que le fo­rum at­tend « la voix de la Chine » pour ex­pli­quer comment exer­cer son lea­der­ship et sa res­pon­sa­bi­li­té dans les af­faires in­ter­na­tio­nales.

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