Dans les mé­dias chi­nois

China Today (French) - - SOMMAIRE - SHEN DINGLI﹡

La Chine est aus­si une vic­time de l’an­ti­mon­dia­li­sa­tion

Si la mon­dia­li­sa­tion s’est bien pas­sée à grande échelle, c’est qu’elle a bel et bien ap­por­té des avan­tages pour l’hu­ma­ni­té. L’as­so­cia­tion du ca­pi­tal, de la tech­no­lo­gie et du mar­ché des pays dé­ve­lop­pés avec les res­sources hu­maines et na­tu­relles des pays sous-dé­ve­lop­pés per­met de va­lo­ri­ser ra­pi­de­ment les ri­chesses pen­dant un court temps et aux dif­fé­rentes par­ties d’en bé­né­fi­cier. Par exemple, les pays dé­ve­lop­pés ob­tiennent des mar­chan­dises de bonne qua­li­té et aux prix mo­diques, et en re­tour les pays sous-dé­ve­lop­pés bé­né­fi­cient de plus d’em­plois dans le sec­teur ma­nu­fac­tu­rier.

Dans la plu­part des cas, grâce à la mon­dia­li­sa­tion, le dé­ve­lop­pe­ment de la so­cié­té hu­maine est plus équi­li­bré et da­van­tage de pos­si­bi­li­tés sont of­fertes pour ser­vir la paix de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale. Avec le pro­grès, les pays sous-dé­ve­lop­pés se­ront sus­cep­tibles d’ex­por­ter des ca­pi­taux et tech­no­lo­gies, tout en four­nis­sant un mar­ché aux pays dé­ve­lop­pés. Par consé­quent, l’hu­ma- ni­té et les pays, mo­ti­vés par la rai­son de l’in­di­vi­du, ac­cueillent sou­vent fa­vo­ra­ble­ment la mon­dia­li­sa­tion.

Mais toute chose a deux as­pects. La mon­dia­li­sa­tion à grande vi­tesse donne aus­si lieu à de nou­veaux dés­équi­libres. La dé­lo­ca­li­sa­tion des ca­pi­taux des pays dé­ve­lop­pés vers d’autres pays cause un creux in­dus­triel dans les pays sources, ce qui n’est pas rare. Par consé­quent, la classe in­dus­trielle de ces pays pro­fite d’une part du faible coût ap­por­té par la mon­dia­li­sa­tion, d’autre part se plaint de la baisse du ni­veau de vie due au chô­mage. En même temps, si les pays sous-dé­ve­lop­pés ignorent la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment et s’en­gagent dans la pro­duc­tion in­dus­trielle, une pol­lu­tion im­por­tante se pro­dui­rait à court terme et pè­se­rait sur eux-mêmes et sur leurs voi­sins. Leurs po­pu­la­tions, quant à elles, paye­raient le prix de la dé­gra­da­tion éco­lo­gique à long terme.

En outre, la cir­cu­la­tion im­por­tante des per­sonnes, des pro­duits et de l’in­for­ma­tion n’a pas tou­jours ap­por­té de l’éner­gie po­si­tive. L’in­té­gra­tion ré­gio­nale et la fa­ci­li­ta­tion des pro­cé­dures d’ob­ten­tion des vi­sas don­ne­raient lieu à plus de dé­fis pour la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale dans la co­opé­ra­tion de lutte contre le terrorisme. En rai­son de la dif­fé­rence de ni­veau de dé­ve­lop­pe­ment et de l’exi­gence en ma­tière de pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment dans dif­fé­rents pays, la dé­lo­ca­li­sa­tion de l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière par les pays dé­ve­lop­pés nui­rait à l’en­vi­ron­ne­ment des pays et ré­gions moins dé­ve­lop­pés. Mal­gré l’im­por­tance de la cir­cu­la­tion de l’in­for­ma­tion, la dif­fu­sion de l’idéo­lo­gie ex­tré­miste, des propos vio­lents et des pen­sées ter­ro­ristes, ren­dues pos­sibles avec la mon­dia­li­sa­tion, pro­duit une grande pres­sion sur la sta­bi­li­té des af­faires in­té­rieures des pays.

La mon­dia­li­sa­tion pro­vient de l’as­pi­ra­tion de l’hu­ma­ni­té à une meilleure vie. Elle est de­ve­nue ir­ré­sis­tible grâce aux moyens tech­no­lo­giques tels que le trans­port, les té­lé­com­mu­ni­ca­tions et la fi­nance. Mais pour sur­mon­ter les in­con­vé­nients qui ac­com­pagnent la mon­dia­li­sa­tion, l’hu­ma­ni­té a be­soin d’en prendre conscience plei­ne­ment et d’agir en­semble. D’une part, toute no­tion qui

fait seule­ment l’éloge de la mon­dia­li­sa­tion tout en igno­rant les di­vers dés­équi­libres qu’elle pro­voque ne se­ra pas utile pour pré­voir les ten­sions des re­la­tions in­ter­na­tio­nales et des com­mu­nau­tés in­té­rieures qu’elle en­gendre, ni pour y ré­pondre avec ef­fi­ca­ci­té. D’autre part, cer­tains pays qui jouissent d’énormes di­vi­dendes de la mon­dia­li­sa­tion at­tri­buent tou­te­fois ses fac­teurs né­ga­tifs à d’autres pays. Ce­la ne cor­res­pond non seule­ment pas à la réa­li­té, mais en­trave aus­si la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale pour cor­ri­ger les er­reurs.

Ini­tia­le­ment, on avait cer­taines at­tentes concer­nant D. Trump, le nou­veau pré­sident amé­ri­cain qui est ar­ri­vé au pou­voir en jan­vier, es­pé­rant que ce ma­gnat qui s’était en­ri­chi au cours du pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion uti­li­se­rait son ex­pé­rience de réus­site dans l’exer­cice de son ad­mi­nis­tra­tion. Mais ce bu­si­ness­man a pro­non­cé fré­quem­ment des dé­cla­ra­tions très cho­quantes depuis sa can­di­da­ture à l’élec­tion pré­si­den­tielle. Il a at­ta­qué sans cesse la mon­dia­li­sa­tion, at­tri­bué la re­prise faible de l’éco­no­mie amé­ri­caine à son pré­dé­ces­seur et à d’autres pays. Sur­tout, ce cou­rant an­ti-mon­dia­li­sa­tion fe­rait de la Chine un « bouc émis­saire ». Sa lutte contre la mon­dia­li­sa­tion se ré­pand en por­tant at­teinte à la Chine.

Selon cer­tains Américains, la Chine a abu­sé de la mon­dia­li­sa­tion, elle en a ob­te­nu la ma­jo­ri­té des avan­tages, mais n’y a pas ap­por­té de grandes contri­bu­tions. Selon leurs pré­ju­gés, la Chine au­rait fer­mé ses portes, im­po­sé des droits de douane éle­vés sur les mar­chan­dises im­por­tées et sub­ven­tion­né les ex­por­ta­tions. Tou­jours selon eux, la Chine ne res­pecte pas les droits de pro­prié­té in­tel­lec­tuelle, ni n’aug­mente les ré­mu­né­ra­tions du tra­vail, et elle ma­ni­pule les taux de change. Elle est en fait cou­pable de tous les for­faits.

Tou­te­fois, ce n’est pas la réa­li­té. Depuis la ré­forme et l’ou­ver­ture, la Chine a mis en oeuvre la politique na­tio­nale d’in­tro­duc­tion des ca­pi­taux étran­gers. Mais la Chine n’a pas for­cé avec na­vires et ca­nons les étran­gers à in­ves­tir, ni ne les a for­cés à ou­vrir des ports par une Guerre de l’Opium. La Chine a certes beau­coup ex­por­té et est de­ve­nue le pre­mier pays ex­por­ta­teur de mar­chan­dises, mais ses im­por­ta­tions sont aus­si très im­por­tantes, avec le titre de deuxième im­por­ta­teur de mar­chan­dises. La Chine a at­ti­ré une grande quan­ti­té d’investissements étran­gers, mais elle a aus­si com­men­cé à in­ves­tir à l’étran­ger et est de­ve­nu un pays ex­por­ta­teur net de ca­pi­tal depuis 2014. Les investissements bi­la­té­raux entre la Chine et les États-Unis ap­prochent de plus en plus l’équi­libre, et à l’ave­nir, les investissements chi­nois aux États-Unis de­vraient dé­pas­ser les investissements de ceux-ci en Chine.

Les in­ves­tis­seurs étran­gers ne sont pas avares de plaintes sur l’en­vi­ron­ne­ment d’in­ves­tis­se­ment chi­nois. La cause ré­side par­tiel­le­ment dans l’aug­men­ta­tion ra­pide du ca­pi­tal hu­main. Si la Chine ne mé­nage au­cun prix pour at­ti­rer les investissements étran­gers, il n’est pas né­ces­saire de don­ner libre cours à la crois­sance de la ré­mu­né­ra­tion du tra­vail sous l’éco­no­mie de mar­ché. L’en­vi­ron­ne­ment éco­lo­gique de la Chine laisse en ef­fet à dé­si­rer, mais c’est jus­te­ment parce que l’on ac­corde pro­gres­si­ve­ment da­van­tage d’im­por­tance à la pro­tec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment que la va­leur des pro­duits chi­nois aug­mente et les pro­duits étran­gers res­pec­tueux de l’en­vi­ron­ne­ment ain­si que les ali­ments bio ont da­van­tage de chances d’en­trer en Chine. Depuis un an, bien que la Chine ait en ef­fet connu de fré­quentes fluc­tua­tions des taux de change de la mon­naie, le fait est at­tri­buable à la ré­ac­tion du mar­ché pro­vo­quée par l’in­té­gra­tion du yuan dans le pa­nier des DTS du FMI. Avec le ren­for­ce­ment de l’in­no­va­tion tech­no­lo­gique, l’époque où les ex­por­ta­tions chinoises s’ap­puyaient sur la sous-trai­tance pren­dra fin. L’ère de « créa­tion chi­noise » s’im­po­se­ra plus ra­pi­de­ment dans le monde.

La Chine et les États-Unis sont in­ti­me­ment liés par l’éco­no­mie et le com­merce, et ils voient aus­si leurs in­té­rêts es­sen­tiels in­ti­me­ment liés. C’est la mon­dia­li­sa­tion qui les relie l’une à l’autre et per­met de sou­la­ger beau­coup d’autres contra­dic­tions ré­gnant entre des deux par­ties. Il faut certes étu­dier avec sé­rieux comment par­ta­ger le « gâ­teau » dans la mon­dia­li­sa­tion. Mais si l’on mo­no­po­lise tous les in­té­rêts de la mon­dia­li­sa­tion et at­tri­bue les désa­van­tages à l’ad­ver­saire, c’est com­pa­rable à l’at­ti­tude d’un en­fant co­lé­rique. La Chine et les États-Unis sont des pays ma­jeurs, au­cun des deux n’ob­tien­drait d’avan­tages par l’in­ver­sion de la mon­dia­li­sa­tion. Les deux par­ties doivent co­opé­rer dans le pro­ces­sus de mise à ni­veau de la mon­dia­li­sa­tion et cor­ri­ger les fac­teurs né­ga­tifs qui ac­com­pagnent la mon­dia­li­sa­tion, pour frayer un che­min plus sain en fa­veur du dé­ve­lop­pe­ment commun des deux pays.

Le retrait pro­chain des États-Unis de l’Ac­cord de partenariat trans­pa­ci­fique (TPP) se­ra un signe im­por­tant du cou­rant de l’an­ti-mon­dia­li­sa­tion.

Des sa­vants et ex­perts chi­nois et étran­gers pro­cèdent à des dis­cus­sions au­tour du thème « Dé­fis de la crois­sance éco­no­mique mon­diale et ré­forme fi­nan­cière », au fo­rum de Lu­jia­zui à Shan­ghai, le 12 juin 2016.

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