Le sa­viez-vous Impératrice Wu Ze­tian des Tang (624-705)

China Today (French) - - SOMMAIRE - (France) CH­RIS­TOPHE TRONTIN Por­tait de Wu Ze­tian

Wu Ze­tian, am­bi­tieuse ? Cruelle ? Ef­fi­cace ? Sans doute un peu tout ça à la fois.

On en­tend sou­vent dire que l’impératrice Wu Ze­tian fut la seule impératrice ré­gnante de l’his­toire chi­noise. Comme elle eut plus de soixante ans à la conquête du pou­voir, on l’a tra­di­tion­nel­le­ment dé­peinte comme une am­bi­tieuse sans scru­pules. Et il est vrai qu’on ne manque pas d’in­dices pour étayer cette thèse. Née dans une grande fa­mille du Shan­xi, elle bé­né­fi­cia d’une bonne éducation et fut choi­sie, à l’âge de 14 ans, comme concu­bine mi­neure de l’em­pe­reur Tang Tai­zong. Am­bi­tieuse, elle n’al­lait pas se conten­ter de ce rôle de cin­quième roue du car­rosse, d’au­tant qu’elle ne jouis­sait pas d’une grande fa­veur im­pé­riale. Mais le prince hé­ri­tier du trône, le neu­vième fils de l’em­pe­reur, un cer­tain Li Zhi, n’était pas in­dif­fé­rent aux charmes de sa tante. En 649, ce­lui-ci suc­cède à son père sous le nom de Gao­zong et sou­pire de voir la belle envoyée, avec toutes ses col­lègues concu­bines, crou­pir dans un mo­nas­tère. La liai­son fait ja­ser, mais le nou­veau mo­narque n’en dé­mord pas : il veut dame Wu près de lui. Tout em­pe­reur qu’il est, il a bien du mal à la faire sor­tir de là, et il par­vient, après bien des in­trigues, à la ré­in­té­grer à la cour où elle est pro­mue au rang de se­conde épouse.

Elle lui donne deux fils, puis une fille, la­quelle dé­cède mal­heu­reu­se­ment très ra­pi­de­ment. Ac­ci­dent ? As­sas­si­nat ? Les his­to­riens se dis­putent sur la ques­tion. Tou­jours est-il que Wu ac­cuse l’impératrice Wang et pro­fite du scan­dale pour l’écar­ter du trône. On ra­conte même que pour frap­per de stu­peur la cour, la nou­velle fa­vo­rite fait exé­cu­ter sa ri­vale vain­cue de fa­çon par­ti­cu­liè­re­ment cruelle. Dans la fou­lée de ce re­ma­nie­ment, Wu par­vient à im­po­ser à son ma­ri l’em­pe­reur de nom­mer leur fils aî­né Li Hong au rang d’hé­ri­tier im­pé­rial, écar­tant de la suc­ces­sion ce­lui de l’an­cienne impératrice.

À par­tir de cette date, sa vie se trans­forme en une course d’obs­tacles vers le pou­voir ab­so­lu. En 660, son im­pé­rial ma­ri est vic­time d’une crise car­diaque qui le laisse di­mi­nué. Épouse mo­dèle, elle le sou­tient et l’en­toure d’un soin ja­loux, et en pro­fite pour prendre l’as­cen­dant sur lui et par­ti­ci­per aux af­faires de l’État en tant qu’ad­mi­nis­tra­trice de la cour. L’impératrice as­siste dé­sor­mais aux réunions der­rière une ten­ture au tra­vers de la­quelle elle souffle à son ma­ri ses conseils avi­sés. À me- sure que se dé­grade la san­té de l’em­pe­reur, son rôle prend de l’im­por­tance et, elle fait nom­mer Li Hong prince consort pour le pré­pa­rer à une di­rec­tion conjointe, comme elle le fai­sait avec son ma­ri. Mais ce­lui-ci, ré­tif, entre en conflit avec sa mère, puis meurt à la sur­prise gé­né­rale en 675, à l’âge de 23 ans seule­ment. Em­poi­son­né ? Assassiné ? Une fois de plus, les his­to­riens sont par­ta­gés. Ce que l’on sait, c’est qu’elle fait alors nom­mer hé­ri­tier son se­cond fils, Li Xian. Mais ce­lui-ci s’exile et fi­nit par être contraint au sui­cide. Elle pré­pare alors son troi­sième fils au sacre im­pé­rial, avant de l’écar­ter au bout de six mois au pro­fit de son qua­trième, qui est bien trop jeune pour ré­gner en 683 alors que dé­cède l’em­pe­reur Gao­zong.

Cette fois, elle prend en­fin les rênes du pou­voir ab­so­lu. Elle a 66 ans, nous sommes en 690 et per­sonne ne s’étonne de l’en­tendre dé­cré­ter que son règne ouvre en fait une nou­velle dy­nas­tie ! De 690 à 705, pa­ren­thèse dans la dy­nas­tie Tang, on par­le­ra de la dy­nas­tie Zhou, en mé­moire des Zhou de l’An­ti­qui­té (1046 – 256 av. J.-C.). Di­recte et peu en­cline aux sa­la­ma­lecs sté­riles, elle a écar­té sans mé­na­ge­ment pré­ten­dants et concur­rents, fait exé­cu­ter am­bi­tieux et pa­res­seux, et bien des in­no­cents ont payé de leur vie leur proxi­mi­té avec cette maî­tresse femme.

Son règne res­te­ra pour­tant gra­vé dans les an­nales pour deux as­pects ma­jeurs : d’abord par son at­ta­che­ment à ren­for­cer l’ar­mée et la dé­fense du pays qui per­mit la conquête de vastes es­paces dans l’Ouest, ain­si que de la pé­nin­sule de Co­rée. Par ailleurs, elle adop­ta le boud­dhisme qu’elle in­tro­dui­sit comme re­li­gion de l’Em­pire.

Les his­to­riens s’ac­cordent au­jourd’hui à qua­li­fier son règne de plu­tôt éclai­ré et pro­duc­tif pour le pays, dans la me­sure où elle sut s’en­tou­rer de gens qua­li­fiés. C’est à elle que l’on doit le principe de nom­mer des conseillers et des mi­nistres sur la base de leurs mé­rites, à une époque où c’étaient plu­tôt le co­pi­nage, les pro­tec­tions et la ca­pa­ci­té de nui­sance qui consti­tuaient les voies vers le pou­voir. Une forme de mé­ri­to­cra­tie qui pré­fi­gu­rait l’exa­men im­pé­rial que l’on ver­rait se per­fec­tion­ner au­tour de l’an 1000. On re­tient aus­si de cette pé­riode une amé­lio­ra­tion de la condi­tion des femmes et un al­lé­ge­ment des taxes qui écra­saient les pay­sans.

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