À la mode chi­noise Le Coq tout feu tout flamme !

China Today (French) - - SOMMAIRE - (France) CH­RIS­TOPHE TRONTIN

Le zo­diaque chi­nois est po­pu­laire dans le monde en­tier. Ses ori­gines sont ex­pli­quées par de char­mantes lé­gendes.

Le monde vient d’en­trer en fan­fare dans l’an­née du Coq. Qu’est-ce que ce­la si­gni­fie ? Que doit-on at­tendre de cette nou­velle an­née selon le ca­len­drier chi­nois, quelles sur­prises, bonnes ou mau­vaises, nous ré­serve le fa­meux gal­li­na­cé ?

L’as­tro­lo­gie chi­noise s’est dé­ve­lop­pée à par­tir de la dy­nas­tie Zhou (1046–256 av. J.-C.) avant de connaître une apo­gée pen­dant la dy­nas­tie Han (IIe siècle av. J.-C. – IIe siècle de notre ère). Elle com­bine des ob­ser­va­tions as­tro­no­miques (le cycle des cinq pla­nètes vi­sibles à l’oeil nu) aux pro­prié­tés des « élé­ments » que l’on connais­sait alors (le feu, la terre, l’eau, l’air et le mé­tal) et à d’autres élé­ments de la phi­lo­so­phie chi­noise clas­sique comme le yin et le yang, la terre et le ciel, et même des no­tions mo­rales pour for­mer un sys­tème com­plexe de va­leurs, de re­com­man­da­tions et d’in­ter­dits.

C’est in­dé­niable : le zo­diaque chi­nois in­fluence la vie des gens, puis­qu’il sert de base à de nom­breux ri­tuels liés à la prise de dé­ci­sion. C’est en fonc­tion de l’as­tro­lo­gie chi­noise que l’on dé­fi­nit la date d’un ma­riage, que l’on dé­cide de se lan­cer ou non dans une af­faire ris­quée ou que l’on re­cherche la so­lu­tion aux pro­blèmes fa­mi­liaux, puis­qu’elle est cen­sée ré­gir la com­pa­ti­bi­li­té des ca­rac­tères.

En Chine, mais aus­si dans le reste du monde, l’Internet, la presse et les ma­ga­zines se rem­plissent comme chaque an­née d’ar­ticles qui dé­taillent en termes vagues mais pé­remp­toires les risques et les op­por­tu­ni­tés qu’ap­porte la nou­velle an­née, mettent en garde leurs lec­teurs contre les ex­cès, l’im­pa­tience ou les com­por­te­ments à risque, tout en les ras­su­rant sur le re­tour de l’être ai­mé, sur la for­tune qui ne pour­ra pas se dé­ro­ber plus long­temps, es­quis­sant les suc­cès sans pré­cé­dent qui se­ront au ren­dez-vous cette an­née, en par­ti­cu­lier pour les na­tifs du signe du Coq.

Suivant la my­tho­lo­gie du zo­diaque chi­nois, le Coq sym­bo­lise l’en­traide, le per­fec­tion­nisme, la droi­ture, la vo­lon­té d’amé­lio­rer le monde, des qua­li­tés que l’on est cen­sé re­trou­ver dans le ca­rac­tère des per­sonnes nées sous ce signe. Qua­li­tés qui s’ac­com­pagnent par­fois d’un ac­ti­visme ex­ces­sif, d’une éner­gie dé­bor­dante et brouillonne, sus­cep­tible de se dis­per­ser, voire de frois­ser ou d’ef­frayer leur en­tou­rage.

La course des ani­maux

Une an­cienne lé­gende chi­noise re­late les dé­buts du zo­diaque chi­nois sous la forme d’une course or­ga­ni­sée par le my­thique Em­pe­reur de Jade. Il avait convo­qué les ani­maux du zo­diaque en dé­cré­tant que dé­sor­mais, les an­nées se­raient nom­mées en leur honneur et suivant leur ordre d’ar­ri­vée au­près du mo­narque. Comme l’épreuve com­pre­nait la tra­ver­sée d’une ri­vière, et que le Chat comme le Rat étaient de très

mau­vais na­geurs, ceux-ci prirent place sur le dos du Buffle. Ce­lui-ci, suivant sa na­ture forte et bien­veillante, ac­cep­ta sans re­chi­gner ces deux pas­sa­gers. Le Rat, per­son­nage prag­ma­tique mais peu en­com­bré de scru­pules, pous­sa le Chat dans l’eau et ce der­nier se noya, ce qui ex­plique son ab­sence dans le zo­diaque chi­nois. Alors que le Buffle s’ap­pro­chait du bord de la ri­vière, le Rat en pro­fi­ta pour sau­ter sur le ri­vage et ar­ri­va ain­si pre­mier à la convo­ca­tion de l’Em­pe­reur.

Juste der­rière le Rat, c’est donc le Buffle qui ob­tient la se­conde place, pré­cé­dant de peu le Tigre, qui ex­pli­qua sa troi­sième place par les cou­rants et les tour­billons qui le re­pous­saient vers le centre du fleuve et qu’il ne pou­vait sur­mon­ter qu’à grand­peine. On en­ten­dit alors s’ap­pro­cher le trot ra­pide du Lièvre. Mé­diocre na­geur, il avait com­men­cé par sau­ter sur les cailloux qui dé­pas­saient de l’eau, et la chance avait vou­lu qu’un tronc dé­rive par là pour le me­ner à bon port. Il était sui­vi de près par le dra­gon vo­lant. L’Em­pe­reur de Jade in­ter­ro­gea ce der­nier : « Comment se fait-il qu’un ani­mal aus­si ra­pide que toi, et sur­tout ca­pable de vo­ler, n’ar­rive pas le pre­mier ? » Le dra­gon ex­pli­qua qu’il avait dû s’ar­rê­ter en che­min pour faire tom­ber des pluies abon­dantes et ai­der des per­sonnes et des créa­tures souf­frant de la sé­che­resse. Alors qu’il al­lait se re­mettre en che­min, voi­là qu’il aper­çut le Lièvre agrip­pé à un tronc d’arbre et qu’il dé­ci­da de l’ai­der en le pous­sant d’un souffle vers le ri­vage. L’Em­pe­reur de Jade ap­pré­cia à sa juste va­leur ces bonnes ac­tions du Dra­gon et ce­lui-ci fut ajou­té au zo­diaque. C’est alors que le ga­lop d’un Che­val se fit en­tendre. Le Ser­pent s’était en­rou­lé sur le sa­bot du Che­val, et ce der­nier qui ve­nait de s’en aper­ce­voir eut un mou­ve­ment de re­cul qui lui va­lut la sep­tième place, alors que le Ser­pent oc­cu­pa la sixième.

Peu après on vit la Chèvre, le Singe et le Coq ap­pro­cher du ri­vage. Les trois avaient dû co­opé­rer et s’en­trai­der pour par­ve­nir à bon port. Le Coq avait re­pé­ré un ra­deau et invité les deux autres ani­maux à se joindre à lui. La Chèvre et le Singe l’avaient ai­dé à débarrasser le ra­deau des algues qui le re­te­naient et tous les trois étaient par­ve­nus à le di­ri­ger dans le cou­rant. Sa­tis­fait de cet ef­fort concer­té, l’Em­pe­reur de Jade at­tri­bua la hui­tième place à la Chèvre, la neu­vième au Singe et pla­ça le Coq à la dixième place.

Si le Chien, pour­tant ra­pide et bon na­geur, n’ar­ri­va que on­zième, c’est parce que sa na­ture joueuse avait pris le des­sus sur son sens du de­voir et qu’il n’avait pas pu ré­sis­ter à la ten­ta­tion de se bai­gner un peu plus long­temps dans les vagues. Alors que l’Em­pe­reur al­lait dé­cla­rer la course ter­mi­née et le zo­diaque com­plet, on en­ten­dit sou­dain un gro­gne­ment loin­tain. C’était le Porc, qui s’était sen­ti af­fa­mé pen­dant la course et qui avait fait une pause pour se nour­rir, avant de s’en­dor­mir. Il fi­nit la course de jus­tesse et hé­ri­ta de la dou­zième et der­nière place.

Cette pe­tite his­toire ré­sume les dif­fé­rentes qua­li­tés des douze ani­maux qui re­pré­sentent les ca­rac­tères fon­da­men­taux : ruse, hon­nê­te­té, or­gueil, force, al­truisme, dé­ter­mi­na­tion, en­traide, am­bi­tion, pru­dence, gour­man­dise, etc. Des ca­rac­tères que l’on aime re­con­naître, que ce soit en Chine ou ailleurs, dans les per­sonnes et les évé­ne­ments mar­qués par telle ou telle an­née. Alors que l’an­née écou­lée s’en va, in­of­fen­sive, vi­dée des mal­heurs et des bon­heurs qu’elle de­vait conte­nir, comment ne pas re­dou­ter l’an­née nou­velle qui dé­boule, mys­té­rieuse comme un monstre inexo­rable, im­mense, im­pré­vi­sible, qui ar­rive dans nos vies pour y se­mer le désordre et peut-être la dé­so­la­tion ? C’est en tout cas le sens de la lé­gende du monstre Nian et celle qui ex­plique pour­quoi, en Chine comme dé­sor­mais dans le monde en­tier, il est de bon ton de faire écla­ter des pé­tards, de cé­lé­brer bruyam­ment et de lan­cer des toasts so­nores pour ac­cueillir la nou­velle an­née.

La lé­gende du monstre Nian

Selon cette lé­gende, les vil­la­geois de l’Em­pire du mi­lieu re­dou­taient Nian, un monstre à la tête al­lon­gée et aux cornes poin­tues qui vi­vait dans les pro­fon­deurs du lac et qui chaque an­née re­fai­sait sur­face pour dé­vo­rer hommes, femmes, en­fants et têtes de bé­tail.

C’est pour­quoi les vil­la­geois avaient pris l’ha­bi­tude, à la veille de la nou­velle an­née, de quit­ter leurs mai­sons pour se ré­fu­gier aus­si loin que pos­sible dans les mon­tagnes afin d’échap­per au chaos que Nian n’al­lait pas man­quer de se­mer dans les en­vi­rons. Les gens vé­curent dans la han­tise du monstre Nian jus­qu’au jour où un vieil homme à la barbe blanche et à l’as­pect fa­rouche vint s’ins­tal­ler dans le vil­lage.

La date du chan­ge­ment d’an­née ap­pro­chant, le nou­veau ve­nu re­fu­sa tout net d’al­ler se ca­cher dans les mon­tagnes. Re­tran­ché dans sa mai­son, il par­vint à dé­tour­ner la fo­lie des­truc­trice du monstre en fai­sant écla­ter les pé­tards de l’époque qui étaient des bam­bous que l’on pas­sait sur le feu et qui pro­dui­saient des dé­to­na­tions im­pres­sion­nantes. D’autre part, il avait aus­si al­lu­mé des bou­gies dans sa mai­son, en­fi­lé des vê­te­ments de cou­leur rouge et ap­pli­qué des af­fiches rouges sur les cô­tés de sa porte d’en­trée qui por­taient les noms des deux gar­diens my­tho­lo­giques du royaume de l’au-de­là. En re­ve­nant au vil­lage, ses voi­sins eurent la sur­prise de le trou­ver sain et sauf, et leur vil­lage épar­gné.

C’est depuis ces temps re­cu­lés, au­tour de l’an 1000, que chaque an­née, les Chi­nois imitent le vieil homme fa­rouche pour ef­frayer le monstre Nian et pré­ve­nir sa fo­lie meur­trière. Pé­tards, tao­fu au­tour des portes, vê­te­ments de cou­leur sa­luent l’ar­ri­vée de la nou­velle an­née.

Les douzes ani­maux du zo­diaque chi­nois

2017 est l’an­née du Coq.

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