La mai­son de por­ce­laine chi­noise

China Today (French) - - SOMMAIRE - ZHANG DAOZHENG*

La Chi­na House de Tian­jin : une pas­sion com­mu­ni­ca­tive et des col­lec­tions in­croyables.

La Chi­na House de Tian­jin : une pas­sion com­mu­ni­ca­tive et des col­lec­tions in­croyables.

La mai­son si­tuée au N° 72 de la rue Chi­feng à Tian­jin n’est pas une mai­son or­di­naire. On s’en aper­çoit de loin, cette construc­tion n’a pas son pa­reil au monde. Construite dans le style fran­çais des an­nées 1920, elle a ser­vi de ré­si­dence au di­plo­mate chi­nois Huang Ron­gliang. Mais c’est Zhang Lianz­hi, pré­sident du groupe Yue­weixian, qui lui a don­né son ca­rac­tère unique. Depuis 2002, date à la­quelle il a si­gné le contrat qui fai­sait de lui le pro­prié­taire de la mai­son et jus­qu’à au­jourd’hui, il a dé­ployé une éner­gie in­épui­sable pour la dé­co­rer à sa fa­çon. Re­cou­verte de la col­lec­tion de por­ce­laine de M. Zhang, cette mai­son est dé­sor­mais sur­nom­mée le « mu­sée de por­ce­laines an­tiques de la Chine ». Sa va­leur est in­es­ti­mable.

Belles por­ce­laines pour une mai­son mer­veilleuse

« À l’étran­ger, la por­ce­laine est une sorte de sym­bole de la Chine, c’est pour­quoi elle nous est chère », sou­ligne M. Zhang qui cu­mule les cas­quettes de vice-pré­sident de la Chambre du com­merce des Chi­nois d’outre-mer de Tian­jin et de conser­va­teur du Mu­sée de la Chi­na House. Et d’ajou­ter : « La Chine est le pays qui a in­ven­té la por­ce­laine et ain­si ap­por­té une grande contri­bu­tion à la ci­vi­li­sa­tion mon­diale. Si ma mai­son est re­cou­verte de por­ce­laine, c’est pour af­fir­mer cette culture chi­noise et la par­ta­ger avec le monde. »

La Chi­na House a été à l’honneur le 19 no­vembre der­nier lors de la Nuit cultu-

relle chi­noise des di­plo­mates glo­baux qui se te­nait à Bei­jing. Des re­pré­sen­tants de l’ONU et d’autres or­ga­ni­sa­tions in­ter­na­tio­nales en ré­si­dence en Chine cô­toyaient des en­tre­pre­neurs chi­nois et étran­gers ain­si que des re­pré­sen­tants d’une cen­taine de pays et ter­ri­toires étaient présents, se dé­lec­tant de spec­tacles liés à la culture tra­di­tion­nelle chi­noise or­ga­ni­sés à leur in­ten­tion. Tout ce­la vi­sant bien en­ten­du à dif­fu­ser la voix de la Chine.

À cette oc­ca­sion, la Chi­na House a elle aus­si re­çu les am­bas­sa­deurs et conseillers cultu­rels d’une cen­taine de pays étran­gers comme le Cam­bodge, le Bru­nei, les Mal­dives, le Sri Lan­ka, le Li­bé­ria ou le Tchad. Di­plo­mates et conseillers cultu­rels ont été in­vi­tés à de­ve­nir conseillers afin que ces per­sonnes in­fluentes contri­buent à dif­fu­ser la culture tra­di­tion­nelle chi­noise, mais aus­si tout sim­ple­ment pour leur per­mettre d’ap­pro­fon­dir leur per­cep­tion de la Chine au tra­vers de ce sym­bole de la culture chi­noise qu’est la Chi­na House.

La va­leur es­thé­tique re­mar­quable de la Chi­na House lui a va­lu le prix du « Bâ­ti­ment cultu­rel du monde », dé­cer­né par l’am­bas­sa­deur de Bar­bade en Chine au nom de l’Or­ga­ni­sa­tion in­ter­na­tio­nale des di­plo­mates de Bei­jing.

Dans son dis­cours de re­mer­cie­ment, Zhang Lianz­hi fut in­ta­ris­sable sur sa mai­son qu’il qua­li­fia no­tam­ment d’élé­ment clé pour la pro­tec­tion et la trans­mis­sion des ci­vi­li­sa­tions hu­maines. Un pont qui relie le pas­sé, le pré­sent et l’ave­nir, elle joue aus­si un rôle par­ti­cu­lier dans la pro­mo­tion des échanges et d’en­ri­chis­se­ment mu­tuel des cultures dif­fé­rentes. Fi­dèle à sa mis­sion his­to­rique, celle-ci est aus­si la pro­tec­trice et té­moigne de l’his­toire et de la culture chinoises.

« Les di­plo­mates sont des mes­sa­gers qui servent d’in­ter­mé­diaire entre la Chine et le monde. Nous sou­hai­tons leur mon­trer une autre Chine en fai­sant en­trer une di­men­sion cultu­relle dans leur champ de vi­sion », a-t-il par ailleurs sou­li­gné.

Mo­ha­med Fai­sal, am­bas­sa­deur des Mal­dives, a ac­cep­té avec ef­fu­sion une por­ce­laine tra­di­tion­nelle chi­noise que lui of­frait la Chi­na House. Il a dé­cla­ré : « La por­ce­laine est le sym­bole de la Chine. Par la Chi­na House, j’ai dé­cou­vert une nou­velle fa­cette de la Chine et de la ville de Tian­jin que je ne connais­sais pas. »

Chaque jour, de nom­breux touristes sont at­ti­rés par la ré­pu­ta­tion de ce ma­noir et font la queue pour le vi­si­ter. Par­mi eux, de nom­breux touristes étran­gers. « C’est une ar­chi­tec­ture vrai­ment gé­niale », s’ex­clame un couple d’Américains en ca­res­sant les éclats de por­ce­laine qui re­couvrent un mur. « Des té­moins de l’his­toire, de la culture chi­noise », com­mente l’homme.

Même s’il a sé­jour­né à l’étran­ger pen­dant de nom­breuses an­nées, Zhang Lianz­hi reste vis­cé­ra­le­ment at­ta­ché à sa pa­trie. Suite à l’achat de la mai­son en 2002, il a lan­cé son chan­tier d’amé­na­ge­ment. Pas moins de 700 mil­lions de mor­ceaux de por­ce­laine an­tique, 13 000 vases, plats et bols en por­ce­laine, plus de 300 sta­tues en pierre da­tant de dif­fé­rentes dy­nas­ties, depuis celle des Wei du Nord (386-534), des Qi du Nord (550-577) et des Tang (618-907), 300 lions sculp­tés en marbre, 300 oreillers en por­ce­laine en forme de chat ty­piques des pé­riodes des Ming (1368-1644) et des Qing (1644-1911), une ving­taine de tonnes de cris­taux et d’agates... Per­sonne ne se risque à es­ti­mer la va­leur de la Chi­na House.

Lors­qu’elle fut pour la pre­mière fois présentée au pu­blic, en 2007, une cin­quan­taine d’en­voyés et de conseillers étran­gers ac­com­pa­gnés de leurs époux et épouses se pres­saient pour adres­ser leurs fé­li­ci­ta­tions à l’heu­reux pro­prié­taire. « Un vrai miracle, une mer­veille du monde », s’est ex­cla­mé l’am­bas­sa­deur égyp­tien, tan­dis qu’un haut fonc­tion­naire de l’am­bas­sade du Ni­gé­ria ren­ché­ris­sait : « C’est ma­gni­fique, une oeuvre ar­tis­tique ex­tra­or­di­naire ! »

Selon Feng Ji­cai, consul­tant au Bu­reau des conseillers dé­pen­dant du Conseil des af­faires d’État, vice-pré­sident de la Fé­dé­ra­tion des hommes de lettres et des ar­tistes de Chine, Tian­jin est sur­nom­mé le « Mu­sée des édi­fices uni­ver­sels ». Mais dé­sor­mais, un édi­fice nou­veau s’y est ajou­té, créé par un Tian­ji­nais, qui ne pour­ra ja­mais être re­pro­duit ailleurs dans le monde et qui sym­bo­lise la culture de cette ville. Per­son­na­li­té du mi­lieu de la culture et ori­gi­naire de Tian­jin, M. Feng a cal­li­gra­phié le nom de la Chi­na House en plus d’une ex­pres­sion si­gni­fiant « Belles por­ce­laines pour une mai­son mer­veilleuse ».

Hom­mage à la culture de la por­ce­laine chi­noise

Zhang Lianz­hi se pas­sionne pour la col­lec­tion et il est de­ve­nu une lé­gende na­tio­nale, bar­dé d’une ving­taine de titres ho­no­ri­fiques : il est un cé­lèbre en­tre­pre­neur, col­lec­tion­neur de bi­be­lots, conser­va­teur de mu­sée pri­vé, pro­fes­seur invité, ac­teur oc­ca­sion­nel, dé­ten­teur d’un re­cord Guin­ness, contri­bu­teur cha­ri­table, entre autres dis­tinc­tions.

Né en 1957, Zhang Lianz­hi est is­su d’une fa­mille de com­mer­çants et d’in­tel­lec­tuels qui vi­vait dans la conces­sion ita­lienne de Tian­jin. L’at­mo­sphère se­reine et culti­vée d’une fa­mille ai­sée, une éducation fa­mi­liale stricte, ont fon­dé les bases de sa vie fu­ture. Ses pa­rents sont aus­si at­ta­chés à la col­lec­tion, de ce fait, sa ré­flexion sur l’art prend son ori­gine dans la tra­di­tion et fi­nit par y re­tour­ner.

« Pe­tit, j’ap­pré­ciais l’art, en par­ti­cu­lier la danse et le théâtre », se rappelle-t-il. « À cette époque, je fré­quen­tais tout ce qui mé­lan­geait le chi­nois et l’oc­ci­den­tal, comme par exemple le vio­lon, la mu­sique oc­ci­den­tale, mais aus­si les ma­ni­fes­ta­tions de culture na­tio­nale. J’ado­rais les bi­be­lots. » Une am­biance sti­mu­lante qui a don­né à Zhang Lianz­hi son es­prit dé­bor­dant d’ar­deur et son goût orien­tal pour la dis­cré­tion.

Pen­dant la Ré­vo­lu­tion cultu­relle (1966-1976), Zhang Lianz­hi a vu de ses propres yeux les an­ti­qui­tés de sa fa­mille confis­quées, un évé­ne­ment qui l’a pro­fon­dé­ment cho­qué. En­ri­chi dans les af­faires, il a dé­pen­sé des sommes co­los­sales pour ra­che­ter des an­ti­qui­tés fa­mi­liales per­dues,

aus­si bien en Chine qu’à l’étran­ger.

« C’est dif­fi­cile, c’est com­pli­qué, mais j’y trouve du plai­sir » af­firme-t-il. Ses col­lec­tions ont com­men­cé à rem­plir des en­tre­pôts en­tiers et il a com­men­cé à man­quer d’es­pace. Des ob­jets se per­daient, tan­dis que le pro­prié­taire de ses en­tre­pôts s’of­frait une voi­ture de luxe. Zhang Lianz­hi es­sayait de ne pas trop prendre tout ce­la à coeur, mais il ne pou­vait se dé­fendre d’un sen­ti­ment d’in­sé­cu­ri­té. Et fi­na­le­ment, l’idée lui est ve­nue d’uti­li­ser ces an­ti­qui­tés pour dé­co­rer sa mai­son. « Ain­si in­crus­tés, per­sonne ne pour­ra plus les em­por­ter. »

« C’est un es­sai pour moi : je de­viens un ar­tiste. L’idée que je pour­suis est de com­mu­ni­quer avec les gens du monde, en toute fran­chise, à tra­vers l’ar­chi­tec­ture. » Zhang Lianz­hi est l’au­teur d’une mai­son cou­verte de mor­ceaux de por­ce­laine et pour­suit son rêve d’en­fance. Alors que des visiteurs com­parent à un ser­pent les longues on­du­la­tions de mo­saïque en por­ce­laine qui sur­montent les murs d’en­ceinte, il ex­plique, sou­riant, qu’il s’agit en fait d’une imi­ta­tion des ob­jets que tri­co­tait sa mère. Lors­qu’on lui de­mande quel plan il a sui­vi pour dé­co­rer sa mai­son, il ré­pond fran­che­ment : « Je colle ces ob­jets où je vois un es­pace libre, ma créa­tion ar­tis­tique ne ta­rit ja­mais. »

Un com­por­te­ment fré­né­tique qui en a sur­pris plus d’un. Mais lorsque quel­qu’un ex­prime des doutes sur la va­leur ar­tis­tique de la Chi­na House, Zhang Lianz­hi ne s’of­fusque pas : « Ce sont là des propos de pro­fanes qui n’y connaissent rien. » Il se re­fuse à toute es­ti­ma­tion de prix : « Depuis le dé­but de ma créa­tion, je n’ai ja­mais son­gé à l’ar­gent. » Il ajoute : « Je ne me sou­cie pas de dis­pu­ter et d’ar­gu­men­ter. Je suis heu­reux si ma mai­son fait dé­cou­vrir la culture de la por­ce­laine chi­noise à un nombre sans cesse crois­sant de Chi­nois. »

Il ne cesse de le ré­pé­ter, la Chine est la pa­trie de la por­ce­laine. Pour­tant, il re­grette que la per­cep­tion du pu­blic soit si sou­vent su­per­fi­cielle, vi­ciée par l’im­por­tance at­ta­chée à la va­leur mo­né­taire des ob­jets an­ciens plu­tôt qu’à la culture qu’elles ren­ferment. « Une vi­sion à com­battre im­pi­toya­ble­ment », in­siste-t-il.

Feng Ji­cai a de son cô­té at­tri­bué l’ori­gine et la réa­li­sa­tion de la Chi­na House à l’ima­gi­na­tion qua­si­ment fa­na­tique du col­lec­tion­neur. Au­tant de per­sonnes, au­tant d’avis. « L’art peut et doit faire l’ob­jet de dis­cus­sions. Plus on en dis­cute, plus il est pré­cieux. Cette époque est vrai­ment étrange, parce que nous voyons des idées se concré­ti­ser en dé­pit de leur étran­ge­té. La Chi­na House est un ob­jet d’art contem­po­rain, quelque chose que l’on n’a ja­mais vu dans le pas­sé en Chine. Son concep­teur ai­mait tant la por­ce­laine qu’il a trou­vé ce moyen au­da­cieux pour par­ta­ger sa col­lec- tion avec le pu­blic », ex­plique M. Feng.

« Il s’agit de ma propre créa­tion, mais aus­si d’une ri­chesse cultu­relle qui ap­par­tient à toute la so­cié­té. » Pour Zhang Lianz­hi, l’amé­na­ge­ment de cette mai­son, né de son amour pour la culture tra­di­tion­nelle chi­noise, re­pré­sente éga­le­ment une lettre d’amour écrite sur des mor­ceaux de por­ce­laine pour le monde en­tier.

En tant que re­pré­sen­tant des en­tre­pre­neurs chi­nois outre-mer et membre du Co­mi­té mu­ni­ci­pal de la CCPPC de Tian­jin, Zhang Lianz­hi, très so­ciable, a des amis dans toutes les couches de la so­cié­té, que ce soit dans les mi­lieux cultu­rel, ar­tis­tique, mé­dia­tique, politique ou même de la haute cou­ture. Il ne peut s’em­pê­cher de men­tion­ner la Chi­na House dans chaque conver­sa­tion. C’est sa mai­son qui a va­lu à Zhang Lianz­hi un grand nombre d’ami­tiés nou­velles.

Pour lui, la Chi­na House illustre un idéal ar­tis­tique et in­carne son ca­rac­tère au­da­cieux. Re­cou­vrir une an­cienne mai­son de mor­ceaux de por­ce­laine an­tique, y ajou­ter un souffle créa­teur qui lui donne une nou­velle vie et un nou­veau sens, c’est un en­ri­chis­se­ment de son an­cienne ac­ti­vi­té de col­lec­tion­neur d’an­ti­qui­tés. Le res­pect qu’il porte à l’his­toire et à la culture de la por­ce­laine chi­noise n’en est en rien di­mi­nué.

« Chaque mor­ceau de por­ce­laine com­porte à la fois des sou­ve­nirs de mon en­fance à Tian­jin et une par­celle de la splen­deur de l’his­toire chi­noise cinq fois mil­lé­naire », af­firme Zhang Lianz­hi. Au­jourd’hui, la Chi­na House est un mo­nu­ment em­blé­ma­tique du tou­risme cultu­rel à Tian­jin, elle ac­cueille tous les jours des mil­liers de touristes. À l’oc­ca­sion des fêtes et jours fé­riés, on a même par­fois dé­pas­sé dix mille visiteurs quo­ti­diens.

Pour ter­mi­ner l’in­ter­view, Zhang Lianz­hi nous dé­voile son pro­jet de mu­sée qui doit bientôt voir le jour et se­ra bap­ti­sé La Nou­velle Route de la Soie. Ad­mi­nis­tré par la Chi­na House, il se­ra largement ou­vert au pu­blic. Une fois de plus, des ob­jets de l’an­ti­qui­té chi­noise, la plu­part en por­ce­laine, dé­voi­le­ront leurs charmes au monde d’une ma­nière nou­velle.

La Chi­na House à Tian­jin

Zhang Lianz­hi pré­sente des por­ce­laines.

La Chi­na House a at­ti­ré de nom­breux visiteurs lors de la Fête in­ter­na­tio­nale du tra­vail en 2015.

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