Sport La natation chi­noise évo­lue Une vague d’en­cou­ra­ge­ment pour la natation en Chine.

China Today (French) - - SOMMAIRE - MATEO HERRERA, membre de la ré­dac­tion

Ily a trois ans, In­ter­na­tio­nal Swim­ming Hall of Fame (ISHOF) a dé­cer­né le prix Es­ther au casting et aux équipes de pro­duc­tion de En­ter the Water Dra­gon (1959) et Di­ving Girls (1964), deux films chi­nois tour­nés à l’époque de Mao. Il s’agit d’une ré­com­pense ac­cor­dée aux films et in­dus­tries du di­ver­tis­se­ment qui réus­sissent à pro­mou­voir une image po­si­tive de la natation en tant que dis­ci­pline agréable, bé­né­fique pour la san­té et es­sen­tielle pour la sé­cu­ri­té aqua­tique.

Bien que réa­li­sées avant le com­men­ce­ment de la pé­riode de ré­forme de la Chine, les pro­duc­tions ont ser­vi à mon­trer des an­nées plus tard au monde oc­ci­den­tal que le peuple chi­nois maî­tri­sait déjà la natation et les sports aqua­tiques il y a plu­sieurs siècles, et ce­la bien avant bon nombre de peuples de l’autre ex­tré­mi­té du globe.

« Je pense que le reste du monde – ou du moins les Oc­ci­den­taux – ne connais­sait vrai­ment rien au su­jet de la natation en Chine avant les an­nées 70, mo­ment où nous avons pu connaître le pays », a dit le pré­sident du ISHOF, Bruce Wi­go, lors d’une in­ter­view pour le journal Chi­na Dai­ly. Wi­go fait ici ré­fé­rence à l’époque où une im­por­tante mis­sion spor­tive amé­ri­caine avait voya­gé en Chine après la vi­site his­to­rique du pré­sident Ri­chard Nixon en 1972.

Des grands di­ri­geants tels que Deng Xiao­ping et Jiang Ze­min avaient l’ha­bi­tude d’al­ler na­ger fré­quem­ment, et il est dit que Mao Ze­dong, dont les pre­miers poèmes ont été ins­pi­rés par l’exemple de la natation re­pré­sen­tant la lutte entre l’homme et la na­ture, avait un jour pro­cla­mé qu’il avait na­gé dans les trois grands cours d’eau du pays : la ri­vière Xiang, la ri­vières des perles et le fleuve Yangt­sé.

Les ath­lètes de ni­veau olym­pique se forment dès le ber­ceau

Mal­gré sa pra­tique dé­ve­lop­pée et ses énormes bé­né­fices pour la san­té, sur le plan de la com­pé­ti­tion, la natation n’ar­rive pas au ni­veau de cer­tains autres sports aqua­tiques en Chine tels que le plon­geon, la natation syn­chro­ni­sée ou le wa­ter­po­lo fé­mi­nin. Une chose est sûre : le pays ne mé­nage au­cun ef­fort pour éle­ver le ni­veau et par­ve­nir à ame­ner de plus en plus de na­geurs à un ni­veau pro­fes­sion­nel afin de se glis­ser en haut du po­dium lors des com­pé­ti­tions pro­fes­sion­nelles.

Un exemple de cette af­fir­ma­tion est que la plu­part des écoles équi­pées d’une pis­cine offrent des cours de natation aux en­fants du pri­maire dans le cadre de leur pro­gramme d’éducation phy­sique. Si un élève dé­montre une ap­ti­tude ex­cep­tion­nelle, il pour­ra être en­voyé à une aca­dé­mie provinciale spé­cia­li­sée dans le sport, et même re­ce­voir des bourses et d’autres avan­tages depuis son plus jeune âge.

D’autre part, dans l’ob­jec­tif d’en­traî­ner les fu­turs cham­pions nationaux, le gou­ver­ne­ment chi­nois a in­ves­ti d’énormes res­sources fi­nan­cières pour construire au moins un com­plexe de sports aqua­tiques d’en­ver­gure mon­diale dans chaque dis­trict ad­mi­nis­tra­tif du pays, selon les dires de Wi­go, qui a pas­sé six se­maines dans le pays asia­tique à vi­si­ter les pis­cines. En outre, cha­cune de ces di­vi­sions a son propre cham­pion­nat de natation par groupes d’âges pour en­cou­ra­ger la dis­ci­pline et la concur­rence saine.

Dans son ar­ticle L’im­por­tance de la natation en Chine, Wi­go ex­plique que « la dif­fé­rence entre les États-Unis et la Chine est qu’en Chine les pa­rents conçoivent le sport depuis le plus jeune âge comme une pro­fes­sion sérieuse, tan­dis que la plu­part des ath­lètes américains se lancent dans la pra­tique des sports nau­tiques par loi­sir, comme passe-temps ou comme dis­ci­pline à temps par­tiel ».

Wi­go ré­vèle éga­le­ment que le style le plus pra­ti­qué par les na­geurs va­rie consi­dé­ra­ble­ment entre les deux pays. En Chine, on pré­fère la brasse, cou­ram­ment pra­ti­quée par Mao et en­sei­gnée dans les écoles de natation, alors qu’aux États-Unis le crawl est plus com­mu­né­ment pra­ti­qué.

La « Miss Sym­pa­thie » des JO de Rio

La Chine peut bien avoir failli à la tache de se po­si­tion­ner au top du clas­se­ment gé­né­ral des mé­dailles aux JO de Rio 2016, elle n’en de­meure pas moins, grâce à une femme sen­sa­tion­nelle, le pays qui a conquis le plus de coeurs. Avec sa spon­ta­néi­té et sa fran­chise, la na­geuse Fu Yuan­hui a réus­si à s’at­ti­rer la sym­pa­thie des té­lé­spec­ta­teurs du monde en­tier et elle est au­jourd’hui de­ve­nue une cé­lé­bri­té na­tio­nale, ayant même ré­col­té plus d’at­ten­tion que ses com­pa­gnons ath­lètes qui ont pour­tant rap­por­té une mé­daille d’or au pays.

Née dans la ville mo­derne de Hangz­hou, la na­geuse a ter­mi­né troi­sième lors de la fi­nale du 100 mètres dos, par­ta­geant sa mé­daille avec la ca­na­dienne Ky­lie Masse. Ce­pen­dant, ce n’est pas pour avoir ob­te­nu une mé­daille de bronze que Fu est de­ve­nu un tel phé­no­mène dans les mé­dias, mais plu­tôt par son cha­risme pen­dant la com­pé­ti­tion et les dé­cla­ra­tions ri­go­lotes faites aux mé­dias de son pays.

« 58.95 ? Je pen­sais que j’étais à 59 se­condes ! Ouah, que je suis ra­pide ! Je suis ra­vie ! », a-t-elle dit de­vant les ca­mé­ras de CCTV après la de­mi-fi­nale du 100 mètres dos où elle était cer­taine d’avoir ter­mi­née qua­trième jus­qu’à ce que le jour­na­liste lui confirme sa troi­sième place. « J’ai uti­li­sé ma force cos­mo­lo­gique ! » a-t-elle alors pour­sui­vi en plai­san­tant.

À seule­ment 20 ans, Fu a éga­le­ment été ap­plau­die à Rio pour son hon­nê­te­té, car elle a su bri­ser l’un des plus grands ta­bous dans le sport, sur­tout en Chine : par­ler des mens­trua­tions. Après avoir concou­ru en des­sous de son ni­veau en re­lais 4x100 lors de sa deuxième fi­nale, elle est ap­pa­rue de­vant les ca­mé­ras en se tor­dant de dou­leur. « Je n’ai pas as­sez bien na­gé cette fois­ci », a-t-elle avoué. « Mes règles sont ar­ri­vées hier et je me sens par­ti­cu­liè­re­ment fa­ti­guée. »

« J’ad­mire vrai­ment Fu Yuan­hui pour na­ger de la sorte tout en ayant ses règles. Les femmes peuvent être af­fai­blies du­rant ces pé­riodes, sur­tout si elles res­sentent de la dou­leur (...). Elle se sen­tait cou­pable en ar­ri­vant qua­trième, mais nous en sommes tous très fiers », a dit un in­ter­naute du nom de Tao sur son compte Wei­bo.

En fait, la na­geuse a conquis tel­le­ment de coeurs à tra­vers le monde qu’en seule­ment deux jours de com­pé­ti­tion son compte Wei­bo est pas­sé de 56 000 à plus de trois mil­lions de fans.

Après un peu de re­pos suite à l’achè­ve­ment de la 31e édi­tion des Jeux olym­piques, Fu a par­ti­ci­pé aux cham­pion­nats d’Asie de natation à To­kyo à la fin No­vembre. Bien qu’elle ait dit ne pas s’être en­traî­née au­tant que pour le Bré­sil, l’ath­lète cha­ris­ma­tique a rem­por­té l’or au 50 m dos, ter­mi­nant l’épreuve en seule­ment 27,86 se­condes.

Fu Yuan­hui est de­ve­nu une idole pour la so­cié­té chi­noise, et plu­sieurs mé­dias la dé­fi­nissent comme la « re­pré­sen­tante d’une nou­velle gé­né­ra­tion » grâce à ses gri­maces et sa sym­pa­thie de­vant les ca­mé­ras. Mais plus im­por­tant en­core, la na­geuse est en train de chan­ger la fa­çon dont le sport de com­pé­ti­tion est per­çu en Chine.

« Un jour, les gé­né­ra­tions des jeunes chi­nois pour­ront uti­li­ser leur propre fa­çon d’ap­pré­cier les sports », a évo­qué Zhao Jun, di­rec­teur gé­né­ral d’un opé­ra­teur de droits d’au­teur spor­tifs, dans une in­ter­view ac­cor­dée à l’agence Xin­hua. « Ils cher­che­ront le bon­heur, plu­tôt que la gloire ou l’ar­gent. »

Le 10 juillet 2016, à Hangz­hou, des en­fants suivent des cours de natation.

Newspapers in French

Newspapers from China

© PressReader. All rights reserved.