Yangz­hou et le Grand Ca­nal Im­mer­sion dans la beau­té de Yangz­hou, ville cé­lèbre pour ses ca­naux, ses monts et son sa­voir- faire d’an­tan…

China Today (French) - - SOMMAIRE - LIU SHIZHAO*

Im­mer­sion dans la beau­té de Yangz­hou, ville cé­lèbre pour ses ca­naux, ses monts et son sa­voir-faire d’an­tan…

D’après un ver­set po­pu­laire du poète Li Bai sous la dy­nas­tie des Tang (618907), Yangz­hou ré­vèle toute l’éten­due de sa beau­té le troi­sième mois du ca­len­drier lu­naire chi­nois. Pile la sai­son où je suis ar­ri­vé dans la ville !

En ce lieu coule la ri­vière Han­gou, consi­dé­rée comme le plus an­cien ca­nal du monde. Yangz­hou est d’ailleurs la seule ville de ca­naux en Chine qui soit aus­si an­cienne que le Grand Ca­nal.

L’an­cien ca­nal de Yangz­hou

Lorsque l’on évoque Yangz­hou, il est im­pos­sible de faire l’im­passe sur le maître d’oeuvre du Grand Ca­nal, l’em­pe­reur Yang­di des Sui.

Yang Guang (569-618), de son vrai nom, était le deuxième fils de l’em­pe­reur Wen­di des Sui et le deuxième em­pe­reur de la dy­nas­tie des Sui (581-618). Toute sa vie fut étroi­te­ment liée à Yangz­hou. En 590, Yang Guang fut trans­fé­ré au poste de gou­ver­neur de Yangz­hou et as­su­ma cette fonc­tion pen­dant neuf ans. Ce n’est qu’en 600, au mo­ment où il fut dé­si­gné comme prince hé­ri­tier, qu’il re­tour­na dans la ca­pi­tale. Dès l’an­née de son ac­ces­sion au trône, il com­men­ça à amé­na­ger la ri­vière Han­gou. En six ans, il fit creu­ser le Grand Ca­nal tra­ver­sant cinq cours d’eau, à sa­voir la ri­vière Haihe, le fleuve Jaune, la ri­vière Huaihe, le fleuve Yangt­sé et la ri­vière Qian­tang.

Dans le cadre de la mise en ser­vice du Grand Ca­nal, l’em­pe­reur vint par trois fois à Yangz­hou et y sé­jour­na au to­tal bien plus long­temps que dans la ca­pi­tale. Se­lon la lé­gende, il ve­nait à Yangz­hou dans le but d’ad­mi­rer une va­rié­té de viorne, ar­bris­seau à fleurs blanches sur­nom­mé « boules de neige de Chine » de par sa flo­rai­son. Fi­na­le­ment, cet em­pe­reur per­dit la vie à Yangz­hou dans une ré­bel­lion lan­cée par ses man­da­rins et fut en­ter­ré en cette terre.

Lors­qu’une de­mande d’ins­crip­tion sur la liste du pa­tri­moine mon­dial de l’Hu­ma­ni­té a été dé­po­sée au­près de l’UNES­CO pour le Grand Ca­nal, Yangz­hou, en tant que ville clé, a sou­te­nu avec force cette can­di­da­ture, jus­qu’à gain de cause. Le Grand Ca­nal tra­verse Yangz­hou sur plus de 150 km, longe dix sites his­to­riques et em­prunte six cours d’eau. L’an­cien ca­nal de Yangz­hou et l’an­cien cours de la ri­vière Han­gou, au plein coeur de la ville au­jourd’hui, ne servent pas au trans­port des mar­chan­dises, mais il n’est pas rare d’y voir na­vi­guer des ba­teaux de plai­sance.

Un ef­fet « boules de neige » dans le pa­villon Huayan

Pour ce voyage, Yangz­hou m’a ac­cueilli sous la bruine. Je suis d’abord al­lé au bord du lac Shouxi (lac mince de l’ouest). Rien n’a chan­gé : le pa­no­ra­ma est le même qu’il y a 34 ans, lors de ma pré­cé­dente vi­site.

Cette ville vieille de 2 500 ans conserve pré­cieu­se­ment son hé­ri­tage his­to­rique. Sur mon or­di­na­teur est en­re­gis­trée une pho­to que j’ai prise en 1982, sur la­quelle un père et sa fille sont en train de faire de la gra­vure sur des planches de bois dans l’im­pri­me­rie Guan­gling. Ce­pen­dant, je n’ai pas eu l’oc­ca­sion de les re­voir au cours de ce sé­jour. J’ai en­ten­du dire que la fille avait chan­gé de mé­tier après le dé­cès de son père. Heu­reu­se­ment, l’ar­ti­sa­nat tra­di­tion­nel se trans­met ici d’une autre fa­çon. Dans le Mu­sée de Yangz­hou, toutes sortes de tech­niques d’an­tan sont ex­po­sées de ma­nière vi­vante. En outre, cer­tains maîtres ar­ti­sans ont ou­vert leur propre ate­lier, dans le­quel ils créent des oeuvres tout en en­sei­gnant aux élèves ce sa­voir-faire tra­di­tion­nel.

J’ai pé­né­tré dans l’ate­lier de Zhang Laixi, maître ar­ti­san de laques et à ce titre, hé­ri­tier de ce pa­tri­moine cultu­rel im­ma­té­riel chi­nois. Le jour de ma ve­nue, Zhang Laixi était en train de don­ner corps à un pa­ravent en laque. Il m’ex­plique que, pour créer cet ob­jet, quelques cen­taines de ki­los de laque sont né­ces­saires, car il faut pas­ser des di­zaines et des di­zaines de couches. Une fois la laque sèche, elle sert de sup­port à la sculp­ture. Ain­si, la fa­bri­ca­tion de­mande près d’un an au to­tal. Les laques fabriqués à la ma­chine ou ver­nis de ré­sine d’imi­ta­tion sont loin d’être com­pa­rables à ceux faits main. Ces der­niers sont an­crés dans le pa­tri­moine cultu­rel im­ma­té­riel de la Chine et sont tout bon­ne­ment ir­rem­pla­çables.

Par la suite, je me suis pro­me­né près du pa­villon Huayan, à proxi­mi­té du quai Yu­ma­tou (port im­pé­rial). Dans la cour, des fleurs blanches comme je n’en avais ja­mais vues au­pa­ra­vant étaient épa­nouies sur les arbres : très élé­gantes sur leur ta­pis de feuilles vertes, elles for­maient des om­belles com­po­sées de huit grosses fleurs des­si­nant le contour et de fleu­rettes au centre. J’ai ap­pris qu’il s’agis­sait jus­te­ment de cette va­rié­té de viorne ( Vi­bur­num ma­cro­ce­pha­lum) que l’em­pe­reur Yang­di des Sui était ve­nu contem­pler à trois re­prises à Yangz­hou.

Zhen­jiang, à la confluence du Grand Ca­nal et du Yangt­sé

En par­tant de Yangz­hou, j’au­rais vou­lu fran­chir à vé­lo le grand pont en­jam­bant le Yangt­sé pour at­teindre Zhen­jiang. Mais, mal­heu­reu­se­ment pour moi, cette voie est ré­ser­vée aux vé­hi­cules mo­to­ri­sés. J’ai donc dû prendre le fer­ry pour tra­ver­ser le fleuve.

Zhen­jiang se si­tue à la confluence du Grand Ca­nal et du Yangt­sé. L’an­cien ca­nal s’écoule sur 16,69 km du sud-est au nord-ouest de la ville, de la vanne Jing­kou jus­qu’à la ri­vière San­cha. Il est le sym­bole de la ri­chesse et de la ci­vi­li­sa­tion de Zhen­jiang, mais aus­si le té­moin de l’his­toire de cette ville.

Zhen­jiang est éga­le­ment connu pour ses trois monts : le mont Jiao­shan, qui ren­ferme des ins­crip­tions consi­dé­rées comme les pre­mières cal­li­gra­phies gra­vées dans la pierre ; le mont Jin­shan, lieu évo­qué dans la lé­gende du Ser­pent blanc ; le mont Bei­gu, où s’élève le temple Gan­lu dans le­quel fut cé­lé­bré, à l’époque des Trois Royaumes (220-280), le ma­riage unis­sant Liu Bei, pre­mier mo­narque du royaume de Shu, à Sun Shangxiang, pe­tite soeur du mo­narque du royaume de Wu.

J’ai dé­ci­dé de grim­per le mont Bei­gu pour dé­cou­vrir, au som­met, la salle prin­ci­pale du temple Gan­lu. Sous la Ré­vo­lu­tion cultu­relle (1966-1976), la sta­tue de Boud­dha qui s’y trou­vait a été dé­truite. Après quoi, cet en­droit est de­ve­nu un lieu de loi­sirs, en par­ti­cu­lier pour les re­trai­tés ama­teurs de l’opé­ra de Pé­kin. Quand j’étais ve­nu ici en­vi­ron 30 ans plus tôt, j’avais vu une soixan­taine de per­sonnes âgées as­sises au­tour de douze tables, en train de boire du thé tout en re­gar­dant le spec­tacle. Cer­tains chan­taient tout en s’ac­com­pa­gnant avec des ins­tru­ments de mu­sique. L’am­biance était bon en­fant. Moi-même fé­ru de l’opé­ra de Pé­kin, j’avais pous­sé la chan­son­nette aux cô­tés de ces re­trai­tés, au grand plai­sir de cha­cun.

Puis, je suis mon­té jus­qu’au pa­villon Duo­jing, si­tué der­rière le temple Gan­lu. C’est ici le point culmi­nant du mont, qui offre le plus beau pa­no­ra­ma sur la ville. De là-haut, il y a plus de 30 ans, on avait vue sur le poste de trans­port de bois. C’est à par­tir de cet en­droit que les arbres abat­tus étaient ache­mi­nés via le Yangt­sé pour ap­pro­vi­sion­ner en bois les autres ré­gions du pays. De­puis 1998, l’abat­tage est in­ter­dit dans les fo­rêts na­tu­relles en Chine, dans le but de pré­ser­ver leur éco­sys­tème. Le poste a donc dis­pa­ru de­puis cette date. Au loin, on peut dis­tin­guer le parc qui longe

le Yangt­sé, de­ve­nu un lieu de dé­tente pri­sé des ha­bi­tants.

Au bord du Yangt­sé se trouve la rue Xi­jin­du, dont l’exis­tence re­monte à la pé­riode des Six Dy­nas­ties (222-589). Y sub­sistent des sites his­to­riques da­tant des dy­nas­ties des Tang, des Song, des Yuan, des Ming et des Qing. Au­tre­fois, cette zone était un quai sur le Yangt­sé. Mais au fil de l’ac­cu­mu­la­tion des sé­di­ments, le lit du fleuve s’est dé­pla­cé à 300 m plus loin.

J’ai conti­nué mon che­min jus­qu’au pied du mont de Xi­jin­du. Les ha­bi­ta­tions d’an­tan ont été rem­pla­cées par des bou­tiques, des ca­fés et des res­tau­rants. Dé­sor­mais, les tou­ristes af­fluent ici. La rue est plus ani­mée en­core que le mont Bei­gu ! Je monte les marches en pierre pour ar­ri­ver dans la rue, qui a bien chan­gé de­puis ma der­nière vi­site. Des deux cô­tés, bon nombre de vieilles bâ­tisses sont en cours de res­tau­ra­tion. De même, cer­tains mo­nu­ments, au­tre­fois dis­si­mu­lés par­mi les vieilles ar­chi­tec­tures, ont été ré­no­vés de fa­çon à ré­vé­ler leur vi­sage d’ori­gine. Rien que pour ce pa­tri­moine, Zhen­jiang vaut bien le dé­tour !

Un ba­teau de pêche à la cre­vette sur le Grand Ca­nal à Yangz­hou (pho­to prise en 1982)

Le tra­jet du Grand Ca­nal

Le quai Yu­ma­tou sur le Grand Ca­nal de Yangz­hou (pho­to prise en 1982)

La rue Xi­jin­du dans la ville de Zhen­jiang (pho­to prise en 2016)

Un père et sa fille réa­li­sant des gra­vures sur des planches de bois dans l’im­pri­me­rie Guan­gling de Yangz­hou (pho­to prise en 1982)

Zhang Laixi, maître ar­ti­san de laques et hé­ri­tier du pa­tri­moine cultu­rel im­ma­té­riel chi­nois (pho­to prise en 2016)

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