Des spor­tifs cham­pions so­li­daires

China Today (French) - - SOMMAIRE - ZHANG YAMING, membre de la ré­dac­tion

Le Fonds d’uti­li­té pu­blique des spor­tifs cham­pions de Bei­jing a pour mis­sion d’of­frir une aide fi­nan­cière et un sou­tien psy­cho­lo­gique aux spor­tifs re­trai­tés, vic­times d’ac­ci­dents ou de ma­la­dies. Un bel exemple de so­li­da­ri­té.

Forte de ses 70 mé­dailles d’or ga­gnées au cours de sa car­rière spor­tive, Gao Min, sur­nom­mée « la Reine des plon­geons », est la pre­mière cham­pionne chi­noise de plon­geon trem­plin. Le jour de la Saint-Va­len­tin 2017, elle se rend à Shanghai ac­com­pa­gnée d’autres membres du Fonds d’uti­li­té pu­blique des spor­tifs cham­pions de Bei­jing, une ins­ti­tu­tion éta­blie à l’ini­tia­tive conjointe des di­zaines de cham­pions et de chefs d’en­tre­prise bien­veillants, ap­prou­vée par le Bu­reau des af­faires ci­viles de la mu­ni­ci­pa­li­té de Bei­jing en août der­nier, pour rendre vi­site à la pre­mière per­sonne qui va re­ce­voir leur aide. Gao Min fi­gure par­mi les ini­tia­teurs de cette or­ga­ni­sa­tion et elle est aus­si di­rec­trice du conseil des cham­pions de ce fonds. Par­mi les membres de l’ins­ti­tu­tion, on peut ci­ter, entre autres, Gao Ling, cham­pionne olym­pique de bad­min­ton, Huo Liang, cham­pion olym­pique de plon­geon, Tao Lu­na, cham­pionne olym­pique de tir.

Au nom des cham­pions

En 2014, Chen Rong­quan, plon­geur né en 1994, est sé­lec­tion­né pour re­joindre l’équipe na­tio­nale. Mal­heu­reu­se­ment, en 2015, se pro­duit un évé­ne­ment in­at­ten­du. En mars, alors qu’il est en tour­née avec l’équipe na­tio­nale pour par­ti­ci­per à des com­pé­ti­tions au Ca­na­da, au Mexique et à Por­to Ri­co, il com­mence à souf­frir de fièvre per­sis­tante. Mais le pro­gramme de com­pé­ti­tions étant très char­gé, il né­glige ces symp­tômes. Lors de la der­nière épreuve, on lui dé­couvre de l’hé­ma­tu­rie et un oe­dème. Ren­tré au pays, il est conduit à l’hô­pi­tal dès la des­cente de l’avion pour être soi­gné. Mal­heu­reu­se­ment, les mé­de­cins diag­nos­tiquent une in­suf­fi­sance ré­nale ai­guë. À cause de la gra­vi­té de la ma­la­die et du trai­te­ment tar­dif, il ne re­cou­vri­ra pas en­tiè­re­ment les fonc­tions de ses deux reins.

Le 14 fé­vrier 2017, plu­sieurs membres du Fonds d’uti­li­té pu­blique des spor­tifs cham­pions de Bei­jing ar­rivent dans la chambre d’hô­pi­tal de Chen Rong­quan à Shanghai pour lui ex­pri­mer leur sou­tien et l’en­cou­ra­ger.

Dans une in­ter­view, Gao Min dé­clare : « Ces der­nières an­nées, j’ai me­né de nom­breuses ac­ti­vi­tés d’in­té­rêt pu­blic étran­gères au monde du sport. En fait, à l’heure ac­tuelle, de nom­breux spor­tifs ren­contrent des dif­fi­cul­tés dans leur vie quo­ti­dienne suite à des bles­sures ou des ma­la­dies. Ils ont vrai­ment be­soin d’aide. » Grâce à cette idée, un nombre gran­dis­sant de spor­tifs ont ap­por­té leur sou­tien au Fonds d’uti­li­té pu­blique des spor­tifs cham­pions de Bei­jing.

La dure réa­li­té du monde du sport est qu’en dé­pit des en­traî­ne­ments exi­geants aux­quels les spor­tifs pro­fes­sion­nels se sou­mettent dès leur en­fance, tous n’ont pas la chance de mon­ter sur la plus haute marche du po­dium et un grand nombre d’entre eux souffrent de bles­sures ou de ma­la­dies en tous genres. Une fois à la re­traite, cer­taines bles­sures ou ma­la­dies peuvent avoir des ré­per­cus­sions sur leur vie quo­ti­dienne et rendre leur ré­in­ser­tion dif­fi­cile. Le Fonds d’uti­li­té pu­blique, dont les membres n’ou­blient pas leurs an­ciens co­équi­piers, les spor­tifs non mé­daillés et les spar­ring-part­ners qui ont tra­vaillé dur, se pré­oc­cupe de l’ave­nir des spor­tifs à la re­traite et four­nit une aide in­dis­pen­sable à ceux qui, bles­sés ou ma­lades, sont en dif­fi­cul­té. À la mi-avril 2017, le Fonds d’uti­li­té pu­blique avait dé­jà re­çu en­vi­ron 100 de­mandes d’aide et four­ni du sou­tien à 15 spor­tifs pour bles­sures ou ma­la­dies. L’ins­ti­tu­tion compte dé­sor­mais 71 membres dont 50 cham­pions olym­piques.

Le Fonds d’uti­li­té pu­blique a pour ob­jec­tif d’ap­por­ter une as­sis­tance aux spor­tifs qui, suite à des bles­sures ou une ma­la­die, ren­contrent des dif­fi­cul­tés dans la vie quo­ti­dienne ou suivent des trai­te­ments de ré­adap­ta­tion fonc­tion­nelle. Mais qui sont les spor­tifs éli­gibles ? Voi­ci la ré­ponse du fonds : les spor­tifs re­trai­tés qui ont pra­ti­qué un sport pen­dant plus de trois an­nées consé­cu­tives et qui ne peuvent exer­cer un mé­tier nor­mal en rai­son de bles­sure, de ma­la­die ou d’in­va­li­di­té et dont le re­ve­nu men­suel est in­fé­rieur à 3 500 yuans ; et ceux qui, en rai­son de bles­sures graves ou de lé­sions sur­ve­nues lors d’en­traî­ne­ments, ont per­du leur au­to­no­mie dans la vie quo­ti­dienne et ne peuvent plus sub­ve­nir à leurs be­soins.

Faire rayon­ner l’es­prit spor­tif

Mao Jun est le deuxième spor­tif re­trai­té, après Chen Rong­quan, à bé­né­fi­cier de l’aide four­nie par le fonds.

An­cien membre de l’équipe pro­vin­ciale de cy­clistes du Jiang­su, il est au­jourd’hui âgé de 42 ans. En 1995, vic­time d’un ac­ci­dent de la cir­cu­la­tion lors d’un en­traî­ne­ment quo­ti­dien, il perd la ca­pa­ci­té de tra­vail suite à une im­por­tante am­pu­ta­tion. Au­jourd’hui, il tient un pe­tit ma­ga­sin et vit avec son père. Au dé­but, il es­pé­rait que les bé­né­fices de ce com­merce lui per­met­traient de sub­ve­nir à ses be­soins. Mais il est sou­mis à un trai­te­ment mé­di­cal de longue du­rée et les mé­di­ca­ments tra­di­tion­nels chi­nois qui lui ont été pres­crits lui coûtent à eux seuls 5 000 yuans par mois, alors que les re­ve­nus du ma­ga­sin n’at­teignent que 10 000 yuans par an.

Gao Min confie : « Quand nous lui avons dit, lors de notre vi­site, que deux cham­pions olym­piques ori­gi­naires du Jiang­su, Zhong Man et Xu An­qi, avaient dé­si­ré lui rendre vi­site avec nous, mais qu’ils n’avaient fi­na­le­ment pas pu se li­bé­rer à cause des en­traî­ne­ments, Mao Jun a ré­pé­té plu­sieurs fois : les en­traî­ne­ments sont im­por­tants. J’ai réa­li­sé que seuls les spor­tifs peuvent vrai­ment com­prendre à quel point les en­traî­ne­ments sont im­por-

tants. » En tant que cham­pionne, Gao Min a pu per­ce­voir chez Mao Jun cette in­croyable force men­tale que la car­rière spor­tive per­met d’ac­qué­rir : l’op­ti­misme, la vo­lon­té sans faille et la dé­ter­mi­na­tion de ne ja­mais re­non­cer.

Sur le che­min du re­tour à Bei­jing après sa vi­site à Mao Jun, Gao Min s’ex­clame : « Au­jourd’hui, ce qui in­té­resse les gens, c’est sou­vent le ré­sul­tat de la com­pé­ti­tion : ga­gner ou pas la mé­daille d’or. À mon avis, la va­leur du spor­tif se me­sure aux ef­forts four­nis pen­dant la com­pé­ti­tion. Quant au ré­sul­tat, mé­daille ou pas, ce n’est pas l’es­sen­tiel. À par­tir du mo­ment où l’on a don­né le meilleur de soi-même, quel que soit le clas­se­ment, on de­vrait être consi­dé­ré comme un cham­pion. On doit te­nir jus­qu’au der­nier ins­tant et ver­ser la der­nière goutte de sueur sur la piste de course. C’est ça l’es­prit spor­tif, et aus­si l’éner­gie po­si­tive pour faire face à la vie. »

En ap­por­tant une aide so­ciale plus im­por­tante aux an­ciens spor­tifs en dif­fi­cul­té, le fonds es­père bien aus­si faire par­ta­ger au monde en­tier l’éner­gie po­si­tive des spor­tifs.

Ap­por­ter des en­cou­ra­ge­ments

Le 22 fé­vrier 2017, des membres du Fonds d’uti­li­té pu­blique rendent vi­site à Ma Feng­tian, an­cien pra­ti­quant des arts mar­tiaux, à Taiyuan dans le Shan­xi pour lui re­mettre une aide fi­nan­cière de 10 000 yuans.

Né en 1997 dans une fa­mille pauvre d’un pe­tit vil­lage à Taiyuan, Ma Feng­tian com­mence son ini­tia­tion aux arts mar­tiaux dès l’âge de 11 ans. Plus qu’un loi­sir, il voit dans la pra­tique de ce sport une pos­si­bi­li­té d’amé­lio­rer les condi­tions de vie de sa fa­mille.

Dé­but fé­vrier 2017, six mois avant les Jeux na­tio­naux de Tian­jin, alors que le gar­çon à peine âgé de vingt ans entre dans la der­nière ligne droite de sa pré­pa­ra­tion, il passe une vi­site mé­di­cale au cours de la­quelle les mé­de­cins lui dé­couvrent un can­cer des noeuds lym­pha­tiques en phase fi­nale. Le père de Ma Feng­tian se rap­pelle bien : « Quand je l’ai ac­com­pa­gné à l’hô­pi­tal au dé­but, je ne pen­sais pas qu’il était dans un état si grave. Le trai­te­ment qui lui a été pres­crit com­por­tait beau­coup de mé­di­ca­ments im­por­tés de l’étran­ger qui n’étaient pas rem­bour­sés par la sé­cu­ri­té so­ciale. Les frais de soins dé­pas­saient 8 000 yuans par jour. » Le père de Ma se re­trouve ain­si confron­té à de grosses dif­fi­cul­tés fi­nan­cières.

Chaque fois que des membres rendent vi­site aux an­ciens spor­tifs bé­né­fi­ciaires de l’aide, ils sont ac­com­pa­gnés de cham­pions qui viennent ex­pri­mer l’af­fec­tion et la so­li­da­ri­té du mi­lieu spor­tif en leur sou­hai­tant de sur­mon­ter leurs dif­fi­cul­tés. Plus les dif­fi­cul­tés sont grandes, plus il faut se battre. Le sport chi­nois ne les a pas ou­bliés et les sou­tient tou­jours !

Dans la chambre d’hô­pi­tal de Ma Feng­tian, Sun Chang­ting, an­cien cham­pion pa­ra­lym­pique, lui dé­clare en lui ser­rant la main avec force : « Nous t’ap­por­tons un pe­tit signe de so­li­da­ri­té, le sou­tien de tous les cham­pions. Tu dois res­ter fort. Être fort psy­cho­lo­gi­que­ment, c’est le plus im­por­tant. Tu vois, j’ai per­du une jambe dans une com­pé­ti­tion. Main­te­nant que je suis à la re­traite, je conti­nue de cou­rir 5 km par jour. Tu dois avoir confiance en toi. Au­cune dif­fi­cul­té n’est in­sur­mon­table quelle qu’elle soit ! »

Lan­ce­ment d’une ac­tion de so­li­da­ri­té à Chong­qing le 26 mars 2017 du Fonds d’uti­li­té pu­blique des spor­tifs cham­pions de Bei­jing

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