Buon Tan : oeu­vrer pour une meilleure com­pré­hen­sion entre la Chine et la France

oeu­vrer pour une meilleure com­pré­hen­sion entre la Chine et la France

China Today (French) - - SOMMAIRE - ZHANG XIN*

Buon Tan, ce com­mer­çant d’ori­gine chi­noise, a choi­si d’em­bras­ser une car­rière po­li­tique afin d’oeu­vrer pour l’amé­lio­ra­tion du sta­tut de la com­mu­nau­té chi­noise en France.

Le 18 juin (heure de Pa­ris), Buon Tan, conseiller de Pa­ris et re­pré­sen­tant du par­ti LREM (La Ré­pu­blique en Marche), créé par le nou­veau pré­sident français Em­ma­nuel Ma­cron, a été élu dé­pu­té à l’As­sem­blée na­tio­nale en rem­por­tant 55,26 % des voix, lors des élec­tions lé­gis­la­tives françaises de 2017. Il est le pre­mier dé­pu­té français d’ori­gine chi­noise.

Buon Tan a com­men­cé sa car­rière po­li­tique en 2008 comme ad­joint à la mai­rie du 13e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, puis il a été élu conseiller de Pa­ris en 2014. Il s’est heur­té, de par ses ori­gines chi­noises, à de mul­tiples dif­fi­cul­tés avant de trou­ver sa place sur la scène po­li­tique fran­çaise. Il ra­conte qu’il res­sent beau­coup de pres­sion de­puis qu’il a été élu dé­pu­té. Il a te­nu à re­mer­cier sa fa­mille et ses amis de l’avoir tou­jours sou­te­nu.

L’ac­tion au coeur de sa po­li­tique

Buon Tan fête ses 50 ans cette an­née. Son père, Chen Shu­nyuan, lea­der de la com­mu­nau­té chi­noise en France et en­tre­pre­neur connu sur­nom­mé le « Roi du thé », a éta­bli en 1986 l’Ami­cale des Teo­chew en France. Au­jourd’hui, dès qu’on évoque le nom de Chen Shu­nyuan, beau­coup de per­sonnes âgées du 13e ar­ron­dis­se­ment ori­gi­naires de la ré­gion de Chao­shan en Chine, af­firment, en le­vant le pouce : « C’était notre chef de l’as­so­cia­tion ».

Buon Tan est fils unique. Il s’est d’abord consa­cré à l’en­tre­prise de ses pa­rents avant de se lan­cer dans la po­li­tique. Il avait l’idée de trans­for­mer leur ma­ga­sin fa­mi­lial L’Em­pire des Thés en une chaîne comme Star­bucks et d’ou­vrir ain­si une bou­tique dans toutes les rues et dans tous les quar­tiers de France. « On peut dire que le thé est la deuxième bois­son la plus ré­pan­due au monde après l’eau. La Chine a une longue tra­di­tion du thé. Chaque thé a sa propre histoire », dé­clare M. Tan. D’après lui, en France où les gens ap­pré­cient beau­coup cette bois­son, la cul­ture chi­noise du thé a de belles pers­pec­tives de dé­ve­lop­pe­ment. Pour­tant, il dé­cide fi­na­le­ment de se lan­cer dans une car­rière po­li­tique. Alors qu’il re­lègue l’en­tre­prise fa­mi­liale au se­cond plan, son père le sou­tient fer­me­ment dans son choix. « Mon père me di­sait sou­vent que nous ne de­vions pas seule­ment nous pré­oc­cu­per des af­faires fa­mi­liales, mais qu’il fal­lait éga­le­ment prendre en consi­dé­ra­tion les in­té­rêts de la com­mu­nau­té chi­noise en France. »

Pen­dant les cinq an­nées qui suivent, M. Tan s’adonne corps et âme à la po­li­tique, au lieu de s’oc­cu­per de l’en­tre­prise fa­mi­liale. « En France, de nom­breux Chi­nois sont dans les af­faires, mais peu se lancent dans la po­li­tique, même les di­ri­geants chi­nois des grandes en­tre­prises françaises sont peu nom­breux. Main­te­nant que j’ai l’op­por­tu­ni­té de jouer un rôle sur la scène po­li­tique, je veux sai­sir l’oc­ca­sion car j’y vois une pos­si­bi­li­té d’amé­lio­rer le sta­tut de la com­mu­nau­té chi­noise en France. Il faut en tout cas que quel­qu’un prenne cette voie, et ma dé­ci­sion est prise », ex­plique M. Tan. Une dé­ci­sion dif­fi­cile, fon­dée sur l’ab­né­ga­tion, mais il ira jus­qu’au bout.

Si M. Tan a été élu dé­pu­té, c’est non seule­ment grâce à ses com­pé­tences, mais aus­si grâce à la ri­chesse de ses ex­pé­riences po­li­tiques, et à sa bien­veillance en­vers les gens.

Il aime ré­pé­ter : « J’at­tache de l’im­por­tance à l’ac­tion. » En tant que ad­joint à la mai­rie du 13e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris, il cé­lé­brait un ma­riage toutes les cinq se­maines, ce qui lui a per­mis de tis­ser des liens d’ami­tié avec les ha­bi­tants. Pen­dant le mois des élec­tions, il s’est ren­du dans toutes les rues et tous les quar­tiers de la 9e cir­cons­crip­tion de Pa­ris et il a même vi­si­té les mar­chés ma­ti­naux et les mar­chés aux puces. Selon Ma­dame Laf­fitte, can­di­date sup­pléante de son équipe d’élec­tion, « M. Tan est une per­sonne ou­verte, at­tache de l’im­por­tance à l’ac­tion et sait prê­ter l’oreille aux avis des gens. Au­tant de qua­li­tés qui le rendent apte au poste de dé­pu­té de l’As­sem­blée na­tio­nale. »

Ne ja­mais ou­blier ses ra­cines

Dans son dis­cours d’élec­tions, M. Tan a évo­qué son en­fance : « J’ai su­bi la faim, la pau­vre­té, la frayeur et la fuite comme ré­fu­gié…… À huit ans, je suis ar­ri­vé en France, pays qui m’a ac­cueilli, qui m’a abri­té et qui m’a ou­vert les portes de l’école. Ici, j’ai ap­pris la langue de Mo­lière. »

« S’in­té­grer à la so­cié­té fran­çaise ou ac­qué­rir la na­tio­na­li­té fran­çaise, c’est im­por­tant pour les Chi­nois qui vivent en France. Mais je veux sou­li­gner qu’il ne faut pas ou­blier nos ra­cines », confie-t-il. Pour lui, il y a un vrai pro­blème chez beau­coup de jeunes chi­nois qui sont nés en France : ils ne savent pas par­ler chi­nois et ne connaissent pas la cul­ture chi­noise. Il sou­haite que les pa­rents chi­nois en­cou­ragent leurs enfants à dé­cou­vrir la cul­ture chi­noise. « Connaître nos ra­cines et notre cul­ture, c’est la condi­tion préa­lable pour oeu­vrer pour le bien de la com­mu­nau­té chi­noise. Lorsque l’un d’entre nous ou­blie ses ra­cines, ce­la si­gni­fie que la France compte un Français de plus », ex­plique-t-il.

Dans les an­nées 80, M. Tan a pas­sé six mois à l’uni­ver­si­té de Bei­jing pour ap­prendre le chi­nois. C’est son père qui le lui avait de­man­dé. « J’ai ti­ré un grand pro­fit de sa dé­ci­sion, pour­suit-il. Mes enfants parlent le dia­lecte de Chaoz­hou chez nous, et ils suivent les cours de chi­nois chaque se­maine. Je pense qu’ils se­ront aus­si re­con­nais­sants que je le suis en­vers mon père. »

Il af­firme que les cours de chi­nois dans les écoles du 13e ar­ron­dis­se­ment sont une réus­site. Il a d’ailleurs l’in­ten­tion de pro­po­ser à l’As­sem­blée na­tio­nale d’ou­vrir des cours de chi­nois dans toutes les écoles de France.

Sa pre­mière mis­sion : faire connaître la Chine à l’As­sem­blée na­tio­nale

En 2013, en tant que re­pré­sen­tant des Chi­nois d’outre-mer ayant voix consul­ta­tive du Co­mi­té na­tio­nal de la Confé­rence consul­ta­tive po­li­tique du peuple chi­nois (CCPPC), M. Tan a as­sis­té aux ses­sions an­nuelles de l’As­sem­blée po­pu­laire na­tio­nale (APN) et de la CCPPC. De plus, il a ac­com­pa­gné plu­sieurs fois le pré­sident, le pre­mier mi­nistre et les mi­nistres français lors de vi­sites of­fi­cielles en Chine. Chaque fois, il a consta­té que les Français étaient loin de connaître et de com­prendre la Chine.

« En fait, après avoir été élu dé­pu­té, j’ai res­sen­ti une grande pres­sion. Mon pre­mier tra­vail à l’As­sem­blée na­tio­nale, c’est d’en­cou­ra­ger les dé­pu­tés à dé­cou­vrir la Chine. » Il ex­plique que c’est no­tam­ment l’idée de pou­voir s’ap­puyer sur la plate-forme que re­pré­sente l’As­sem­blée na­tio­nale pour faire connaître la Chine aux dé­pu­tés français et en­cou­ra­ger la co­opé­ra­tion si­no­fran­çaise qui l’a pous­sé à se pré­sen­ter aux élec­tions lé­gis­la­tives. « Je sou­haite ra­con­ter la Chine aux autres dé­pu­tés afin de ren­for­cer l’ami­tié entre la Chine et la France et dé­ve­lop­per des co­opé­ra­tions dans tous les do­maines. » Fort de ses ex­pé­riences pas­sées, il as­sure : « Une fois que les dé­pu­tés français connaî­tront la Chine, ils l’ai­me­ront et en­ten­dront sou­te­nir la co­opé­ra­tion si­no-fran­çaise. » Selon lui, il y a beau­coup de do­maines po­ten­tiels de co­opé­ra­tion si­no-fran­çaise pour les cinq an­nées qui ar­rivent. « Outre le do­maine éco­no­mique, les co­opé­ra­tions entre la Chine et la France dans le do­maine de l’édu­ca­tion sont éga­le­ment im­por­tantes. Il y a quelques jours, j’ai par­lé avec le pré­sident d’une uni­ver­si­té chi­noise des pro­grammes de co­opé­ra­tion édu­ca­tive entre cette uni­ver­si­té et la France », ajoute-t-il. D’après lui, que ce soit dans le do­maine mé­di­cal ou dans le do­maine cli­ma­tique, beau­coup d’en­tre­prises françaises sou­haitent ex­por­ter leurs tech­no­lo­gies en Chine et mettre en place une co­opé­ra­tion construc­tive avec la Chine.

Selon M. Tan, le nou­veau pré­sident français, Em­ma­nuel Ma­cron, porte une grande at­ten­tion aux re­la­tions franco-chi­noises et consi­dère la Chine comme un par­te­naire im­por­tant. Il est per­sua­dé que pen­dant le man­dat de Ma­cron, les re­la­tions si­no-françaises se dé­ve­lop­pe­ront de fa­çon ra­pide et stable et que de plus en plus d’échanges de co­opé­ra­tion ver­ront le jour entre la Chine et la France, que ce soit sur le plan éco­no­mique, com­mer­cial ou hu­main.

Le 18 juin 2017, Buon Tan (à dr.) ren­contre des ci­toyens du 13e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris après l’an­nonce de sa vic­toire aux lé­gis­la­tives.

Le 18 juin 2017, Buon Tan donne un dis­cours à la mai­rie du 13e ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris.

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