Voyage Un voyage cultu­rel ex­cep­tion­nel dans la ville du cerf

China Today (French) - - SOMMAIRE - LI DONGBIN*

Hauts lieux de la cul­ture boud­dhique ti­bé­taine, les la­ma­se­ries Mei­dai et Wu­dang de Bao­tou sont une des­ti­na­tion idéale pour les voya­geurs dé­si­reux de dé­cou­vrir une fa­cette mé­con­nue de la ré­gion au­to­nome de la Mon­go­lie in­té­rieure.

Lors­qu’on pré­pare un voyage dans la ré­gion au­to­nome de la Mon­go­lie in­té­rieure, on ne peut s’em­pê­cher de pen­ser à la tra­di­tion­nelle ba­lade à che­val ou aux chants dans la prai­rie. Pour­tant, c’est plu­tôt grâce à la for­mi­dable vi­site des la­ma­se­ries Mei­dai et Wu­dang de Bao­tou que j’ai pu vé­ri­ta­ble­ment dé­cou­vrir les par­ti­cu­la­ri­tés cultu­relles des eth­nies mi­no­ri­taires qui vivent dans la prai­rie.

Bao­ke­tu : là où il y a des cerfs

Bao­tou, si­tuée sur les rives du fleuve Jaune, le cinquième plus long fleuve du monde et le fleuve mère de la Chine, est la plus grande ville de Mon­go­lie in­té­rieure. Bao­tou est la trans­lit­té­ra­tion du mon­gol « Bao­ke­tu ». Selon la lé­gende, au cours d’une ex­pé­di­tion vers l’ouest en pas­sant par Chi­le­chuan, l’ac­tuel mont Jiu­feng, Gen­gis Khan (1162-1227) et son ar­mée ren­con­trèrent un trou­peau de cerfs qui gam­ba­daient au bord de l’eau. Il ti­ra une flèche et frap­pa leur chef. Mais au lieu de suc­com­ber, ce­lui-ci prit la fuite vers l’ouest mal­gré la flèche en­fon­cée dans son flanc. Gen­gis Khan le pour­sui­vit avec son ar­mée. Quand ils ar­ri­vèrent au dis­trict de Jiuyuan, l’ac­tuelle ci­té antique de Ma­chi à Bao­tou, le cerf s’ef­fon­dra sou­dai­ne­ment et dis­pa­rut. Gen­gis Khan scru­ta les alen­tours et aper­çut un grand saule de­vant lui. Très per­plexe, il de­man­da à ses su­bal­ternes de dé­ter­rer le saule. Ils creu­sèrent un trou de 10 m avant d’at­teindre les ra­cines qui rap­pe­laient la forme d’un cerf. Gen­gis Khan fut tel­le­ment sur­pris qu’il pro­non­ça sans ré­flé­chir le mot « Bao­ke­tu », avant de se pros­ter­ner, imi­té par ses hommes, de­vant

ce grand saule, le consi­dé­rant comme un ob­jet sa­cré.

Le mot mon­gol « Bao­ke­tu » si­gni­fie en chi­nois « le lieu où il y a des cerfs ». La ville fut donc bap­ti­sée Bao­tou et re­çut le sur­nom poé­tique de « ville du cerf ». Gen­gis Khan quit­ta en­suite Chi­le­chuan en di­rec­tion de l’ouest et fi­nit par conqué­rir le con­tinent eur­asia­tique. Après lui, sa des­cen­dance com­men­ça à ac­com­plir des ex­ploits sur les terres de Chi­le­chuan. C’est dans cette « ville du cerf » que se trouvent les la­ma­se­ries Mei­dai (Mai­treya en an- glais) et Wu­dang (saule en mon­gol) ; une ville du nord de la Chine qui a dé­cro­ché le Prix d’Hon­neur d’Ha­bi­tat de l’ONU.

La la­ma­se­rie Mei­dai : ca­pi­tale du royaume de Jin

De­puis la ville de Bao­tou, on at­teint la la­ma­se­rie Mei­dai en rou­lant 30 minutes vers l’est. Mei­dai est une ci­té royale mon­gole, bâ­tie par Al­tan Khan (1507-1582), des­cen­dant de la 17e gé­né­ra­tion de Gen­gis Khan. Au dé­but, elle por­tait le nom du temple Ling­jue puis, plus tard, l’em­pe­reur Kangxi des Qing (1644-1911) lui oc­troya le nom de Shou­ling. La la­ma­se­rie Mei­dai, seule ci­té des Ming (1368-1644) en­core en bon état au nord de la Grande Mu­raille, per­met d’ap­pré­hen­der une par­ti­cu­la­ri­té cultu­relle : l’uni­té entre la ville et le temple.

Al­tan Khan fut un homme po­li­tique et un ex­pert mi­li­taire hors du com­mun dans la prai­rie mon­gole. En 1539, il fit construire la ci­té royale qui de­vint en 1565 la ca­pi­tale du royaume de Jin. À force d’élar­gir son ter­ri­toire, Al­tan Khan en­tra en contact avec le boud­dhisme ti­bé­tain. Sa dé­ci­sion de ré­vo­quer le cha­ma­nisme et de se conver­tir au boud­dhisme ti­bé­tain mar­qua le dé­but d’échanges cultu­rels entre les eth­nies mon­goles et ti­bé­taines. Il construi­sit, au mi­lieu de la ci­té royale, le pre­mier temple de Ge­lug­pa, les Bon­nets jaunes, dans la prai­rie mon­gole. En 1606, le royaume de Jin dé­pla­ça sa ca­pi­tale à Hoh­hot et des tra­vaux de trans­for­ma­tion et d’agran­dis­se­ment don­nèrent à la la­ma­se­rie Mei­dai sa par­ti­cu­la­ri­té ac­tuelle, unique dans le pays, d’ «uni­té entre la ville et le temple, et entre l’homme et le Boud­dha ». Elle fut non seule­ment le centre po­li­tique, éco­no­mique, cultu­rel, mi­li­taire et re­li­gieux des Mon­gols sous les Ming, mais aus­si le centre de rayon­ne­ment du boud­dhisme ti­bé­tain dans la prai­rie mon­gole.

Après l’uni­fi­ca­tion de la prai­rie mon­gole, Al­tan Khan inau­gu­ra les échanges com­mer­ciaux avec le gou­ver­ne­ment de la dy­nas­tie des Ming. Les Mon­gols, peuple no­made à l’ori­gine, s’ins­pi­rèrent, pour édi­fier leur ci­té, des moyens de construc­tion des vil­lages peu­plés par les Han ayant mi­gré de­puis la Plaine cen­trale, et se trans­for­mèrent en agri­cul­teurs. Vi­vant en paix pen­dant quatre dé­cen­nies, les Han et les Mon­gols purent co­ha­bi­ter et pro­cé­der à des échanges. De nos jours, la pa­gode d’Al­tan Khan se dresse en­core sur le mont Yin­shan, preuve qu’en dé­pit des cen­taines d’an­nées qui se sont écou­lées, son image de héros est tou­jours vi­vante aux yeux des ha­bi­tants.

De­puis les rem­parts de la ci­té, on peut aper­ce­voir de vieilles mai­sons cha­toyantes dis­po­sées de ma­nière désor­don­née mais construites avec goût. Le pa­lais prin­ci­pal et le pa­lais ver­nis­sé se dressent au centre de la vieille ci­té. À l’in­té­rieur comme à l’ex­té­rieur de ces deux bâ­ti­ments, des

co­lonnes gi­gan­tesques faites de blocs de pins conservent les traces du pas­sé. Une paire de vieux pins da­tant de la dy­nas­tie des Ming, plan­tée par Al­tan Khan et son épouse et bap­ti­sée « couple de pins », do­mine la ci­té. Au­tour de ces deux pa­lais, on trouve d’autres pa­lais tels que le pa­lais Nai­qiong et le temple Tai­hou.

Dès l’en­trée des pa­lais, on peut ad­mi­rer des fresques qui ont fait de la la­ma­se­rie Mei­dai un lieu de re­nom­mée mon­diale. Hau­te­ment si­gni­fi­ca­tives, ce sont les plus an­ciennes, les plus riches et les mieux conser­vées de Mon­go­lie in­té­rieure. Le temple abrite ac­tuel­le­ment 1 650 m2 de fresques en par­fait état de conser­va­tion qui datent des Ming, ce qui lui a va­lu le titre de « Mu­sée de l’art mu­ral ». Ces fresques sont les his­toires d’une grande va­leur car elles ren­seignent sur l’histoire mon­gole, boud­dhique, ar­chi­tec­tu­rale et ar­tis­tique de la dy­nas­tie des Ming.

Wu­dang : une vieille la­ma­se­rie sur le mont Yin­shan

La la­ma­se­rie Wu­dang, le pa­lais du Po­ta­la et le mo­nas­tère Ta’er sont les trois grands temples du boud­dhisme ti­bé­tain. Si vous en­vi­sa­gez votre voyage comme une quête spi­ri­tuelle, il vous faut vi­si­ter la la­ma­se­rie Wu­dang, si­tuée à Bao­tou en Mon­go­lie in­té­rieure. En ef­fet, le pa­lais du Po­ta­la au Ti­bet et le mo­nas­tère Ta’er dans la pro­vince du Qin­ghai, très re­cu­lés, sont trop ani­més.

La vi­site de la la­ma­se­rie Wu­dang peut se ré­su­mer en quatre ex­pé­riences uniques : dé­cou­vrir la ri­chesse des sa­voirs sur le boud­dhisme ti­bé­tain ren­fer­més dans ce temple ; com­prendre le style ar­chi­tec­tu­ral de cette la­ma­se­rie qui in­tègre la cul­ture mul­tieth­nique au boud­dhisme ti­bé­tain ; ap­pré­cier la beau­té des thang­kas, des fresques et des sta­tues de Boud­dha, et enfin faire l’ex­pé­rience des pré­ceptes de Boud­dha, pro­fonds, mys­té­rieux et mer­veilleux.

Wu­dang, sur­nom­mée « le Pe­tit Po­ta­la », est la seule la­ma­se­rie de la dy­nas­tie des Qing bien pré­ser­vée à l’heure ac­tuelle en Mon­go­lie in­té­rieure. Elle fut une cé­lèbre école du boud­dhisme ti­bé­tain, par­ti­cu­liè-

re­ment ré­pu­tée en Mon­go­lie, dans le Qin­ghai et au Ti­bet pour l’en­sei­gne­ment so­lide qui y était dis­pen­sé et la ri­gueur avec la­quelle on y suit les pré­ceptes. De­puis sa construc­tion, de l’en­cens y brûle en per­ma­nence et les adeptes s’y ras­semblent en nombre. Pen­dant sa pé­riode la plus pros­père, plus de 1 200 la­mas vi­vaient dans la la­ma­se­rie Wu­dang qui jouis­sait d’un grand pres­tige dans les ré­gions mon­gole et ti­bé­taine.

Le style ar­chi­tec­tu­ral pu­re­ment ti­bé­tain de la la­ma­se­rie Wu­dang est tout à fait fas­ci­nant. In­car­nant la fu­sion des cultures et re­li­gions mon­gole et ti­bé­taine, il est do­té d’une grande va­leur ar­tis­tique, ce qui en fait un mo­nu­ment pré­cieux pour le pa­tri­moine cultu­rel. Si­tuée sur la mon­tagne Ji­hu­lun­tu, à 50 km au nord-est de Bao­tou, cette la­ma­se­rie blanche ados­sée à la mon­tagne est re­cou­verte d’un toit car­ré de style tan­gout. Ma­gni­fique, éblouis­sante, elle s’ins­pire for­te­ment du mo­nas­tère de Ta­shil­hun­po au Ti­bet. Les pa­lais et pa­villons se nichent har­mo­nieu­se­ment par­mi les pins et les cy­près, et les re­flets du ciel bleu et des nuages blancs sur les fa­çades donnent l’im­pres­sion d’une fu­sion avec le pay­sage. Les dé­co­ra­tions sont ex­trê­me­ment raf­fi­nées.

La vieille la­ma­se­rie Wu­dang sur le mont Yin­shan est un cé­lèbre temple sa­cré du boud­dhisme ti­bé­tain en Chine. Elle est unique en son genre en Mon­go­lie in­té­rieure tant par son in­fluence re­li­gieuse que par son en­ver­gure. Elle ren­ferme d’ailleurs le plus grand nombre de thang­kas de Mon­go­lie in­té­rieure, qui sont éga­le­ment les plus beaux. Les tou­ristes peuvent fa­ci­le­ment ac­cé­der au site et ve­nir ad­mi­rer le raf­fi­ne­ment de ces 2 000 thang­kas.

Tous les ans, du 24 juillet au 1er août du ca­len­drier lu­naire se tient dans la la­ma­se­rie Wu­dang une ac­ti­vi­té boud­dhiste au cours de la­quelle un thang­ka géant de 20 m de haut et de 16,8 m de large re­pré­sen­tant Boud­dha est por­té sur la plate-forme d’en­so­leille­ment de Boud­dha. Les la­mas ré­citent des prières sans s’ar­rê­ter pen­dant sept jours et sept nuits, tan­dis que des mil­liers d’adeptes du la­maïsme viennent des quatre coins du pays avec des fruits et du beurre qu’ils pro­duisent eux-mêmes pour ex­pri­mer leur fi­dé­li­té à Boud­dha.

L’at­mo­sphère re­li­gieuse et so­len­nelle de la la­ma­se­rie Wu­dang cap­tive les vi­si­teurs et apaise les es­prits agi­tés.

*LI DONGBIN est di­rec­teur du ser­vice de com­mu­ni­ca­tion internationale du Bu­reau de l’in­for­ma­tion du gou­ver­ne­ment mu­ni­ci­pal de Bao­tou.

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La la­ma­se­rie Wu­dang en automne

Une ac­ti­vi­té boud­dhiste au 3e Fes­ti­val touristique et cultu­rel de la la­ma­se­rie Wu­dang, en 2013

La la­ma­se­rie Mei­dai *LI DONGBIN est di­rec­teur du ser­vice de com­mu­ni­ca­tion internationale du Bu­reau de l’in­for­ma­tion du gou­ver­ne­ment mu­ni­ci­pal de Bao­tou.

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