Le saviez-vous Ku­bi­laï Khan des Yuan (1271-1294)

China Today (French) - - SOMMAIRE - CH­RIS­TOPHE TRONTIN

C’est la dy­nas­tie des Yuan qui a trans­fé­ré, voi­ci près de huit cents ans, à Bei­jing la ca­pi­tale de l’em­pire chi­nois.

Presque tous les em­pires dans l’histoire se sont for­més par la conquête de leurs voi­sins. Seul l’em­pire chi­nois s’est agran­di par as­si­mi­la­tion de ses en­va­his­seurs suc­ces­sifs. L’un des meilleurs exemples en est l’histoire de Ku­bi­laï Khan, fon­da­teur de la dy­nas­tie des Yuan (1271-1368). Pe­tit-fils du fa­meux conqué­rant Gen­gis Khan, le pe­tit Ku­bi­laï naît en 1215 dans un em­pire mon­gol à l’apo­gée de sa puis­sance. Ce der­nier oc­cu­pait alors une par­tie de la Chine du Nord, dont la Mand­chou­rie et le He­bei ac­tuels, et c’est To­lui, fils de Gen­gis Khan, qui était char­gé de gé­rer ces ter­ri­toires oc­cu­pés. Ku­bi­laï, qua­trième fils de To­lui, fut édu­qué dans une cul­ture mon­gole sous forte in­fluence de l’eth­nie han. Il eut par exemple une nour­rice de re­li­gion boud­dhiste qu’il ré­vé­ra jus­qu’à l’âge adulte. À la mort de To­lui en 1232, le jeune Ku­bi­laï se vit confier la di­rec­tion d’un do­maine dans le He­bei où il se lan­ça dans une po­li­tique de ré­forme et de mise en va­leur de l’agri­cul­ture.

Mon­gol eth­nique mais chi­nois de coeur, il s’en­tou­ra d’un aréo­page de Chi­nois, comme Haiyun, pré­cep­teur du boud­dhisme de la Chine du Nord, Liu Bingz­hong, un taoïste mys­tique conver­ti au boud­dhisme, ou en­core le scien­ti­fique Zhao Bi. La pro­mo­tion du boud­dhisme dans l’em­pire se­ra d’ailleurs l’un des fils conduc­teurs de son règne. D’ailleurs, l’em­bon­point lé­gen­daire de ce bon vi­vant le fait res­sem­bler à Boud­dha. En fonc­tion des pro­jets lan­cés, il fe­ra éga­le­ment ap­pel à des spé­cia­listes d’autres na­tio­na­li­tés, Co­réens, Mon­gols ou Turcs.

En 1251, alors que son frère aî­né de­ve­nait le Khan (chef) de l’em­pire mon­gol, Ku­bi­laï se vit confier toute la ré­gion de la Chine du Nord, de­puis la Mon­go­lie in­té­rieure où il éta­blit sa ca­pi­tale, jusque dans le He­nan. Un ter­ri­toire dans le­quel il pour­sui­vit sa po­li­tique de ré­forme mé­ri­to­cra­tique. En 1253, il re­çut pour mis­sion d’al­ler conqué­rir le Yun­nan qu’on ap­pe­lait alors le Royaume de Da­li. Il réus­sit dès 1256 grâce à l’aide du roi de Da­li, Duan Xingz­hi, qui pré­fé­ra ab­di­quer pour of­frir ses ser­vices au conqué­rant.

En 1258, pour mettre fin à la que­relle qui op­po­sait de­puis long­temps les taoïstes aux boud­dhistes, il convo­qua une confé­rence pré­ten­dû­ment des­ti­née à des né­go­cia­tions pa­ci­fiques entre les di­ri­geants des deux mou­ve­ments. Mais la pré­fé­rence de Ku­bi­laï était évi­dente et le ré­sul­tat fut la conver­sion for­cée de 237 temples taoïstes et la confis­ca­tion de leurs biens.

C’est alors qu’il était en train de guer­royer dans le Sichuan que Ku­bi­laï ap­prit qu’un ku­rul­tai (conseil des khans) s’était te­nu dans la ca­pi­tale mon­gole d’alors, Ka­ra­ko­rum, et qu’il avait été nom­mé grand Khan de l’em­pire mon­gol. Il se dé­pê­cha donc de re­joindre la ca­pi­tale pour y re­ce­voir sa cou­ronne en avril 1260.

Rien n’est fa­cile en ce bas monde : bien qu’il fut nom­mé chef de l’em­pire mon­gol par la ma­jo­ri­té des khans, un cer­tain Ariq Böke ne l’en­ten­dait pas de cette oreille... Fu­rieux de voir le trône lui échap­per, ce­lui-ci se lan­ça dans une cam­pagne mi­li­taire contre le nou­vel em­pe­reur, pro­vo­quant une guerre ci­vile qui se pro­pa­ge­ra à la Chine du Nord et au Shan­xi et ne s’achè­ve­ra qu’en 1264 après le siège et la des­truc­tion de Ka­ra­ko­rum et la red­di­tion d’Ariq Böke.

Tout en as­su­rant l’équi­libre entre ses dif­fé­rents vas­saux en Oc­ci­dent, Ku­bi­laï s’oc­cu­pait main­te­nant de conso­li­der ses po­si­tions dans la pé­nin­sule co­réenne en vue d’une in­va­sion du Ja­pon (qui échoua).

Em­pe­reur de la Chine du Nord, il for­ma­lise son titre en 1271 en dé­cré­tant le dé­but de la dy­nas­tie des Yuan. Il change de ca­pi­tale pour s’ins­tal­ler à Da­du, qui de­vien­dra Bei­jing, où de grands tra­vaux sont lan­cés. La « ville ta­tare » (mon­gole) est ré­ser­vée aux di­gni­taires mon­gols, tan­dis que les ar­ti­sans et fonc­tion­naires proches de l’an­cienne dy­nas­tie s’ins­tallent dans la « ville chi­noise ». Sou­cieux de ne pas ir­ri­ter les Han, il adop­ta la plu­part des codes et des tra­di­tions éta­blis par les Song, ce qui lui va­lut la désap­pro­ba­tion des khans mon­gols qui crai­gnaient, et l’ave­nir leur don­na rai­son, une dis­so­lu­tion de l’iden­ti­té mon­gole dans la cul­ture chi­noise.

En 1276, Ku­bi­laï, em­pe­reur de Chine sous le nom de Hu­bi­lie (puis sous le titre post­hume de Shengde) obtient la red­di­tion des Song dans le Sud : l’em­pire chi­nois en­tier est dé­sor­mais ad­mi­nis­tré par Ku­bi­laï, le pre­mier em­pe­reur non Han, même s’il est cultu­rel­le­ment très proche des Han. C’est ain­si que, voi­ci bien­tôt huit cents ans, la dy­nas­tie des Yuan ap­por­ta sur un pla­teau la Mon­go­lie et le Ti­bet à la dy­nas­tie Yuan.

Por­trait de Ku­bi­laï Khan

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