L’athlétisme en Chine : des len­de­mains in­cer­tains

Le mo­deste pal­ma­rès de la Chine lors des cham­pion­nats du monde d’athlétisme en salle contraste avec ses prouesses réa­li­sées lors des autres grands ren­dez­vous spor­tifs.

China Today (French) - - CULTURE - JORGE RAMÍ­REZ CALZADILLA*

Une mé­daille d’ar­gent et une de bronze. Une mé­moire pro­di­gieuse n’est pas né­ces­saire pour re­te­nir avec exac­ti­tude la com­po­si­tion du maigre bu­tin amas­sé par la dé­lé­ga­tion chi­noise à Bir­min­gham en Grande-Bre­tagne où s’est dé­rou­lée du 1er au 4 mars la dix-sep­tième édi­tion des cham­pion­nats du monde d’athlétisme en salle.

Les afi­cio­na­dos de la dis­ci­pline ne sont évi­dem­ment pas sur­pris de la ti­mide per­for­mance du géant asia­tique lors de cette com­pé­ti­tion bis­an­nuelle or­ga­ni­sée par l’As­so­cia­tion in­ter­na­tio­nale des fé­dé­ra­tions d’athlétisme (IAAF pour le sigle en an­glais) et à la­quelle le pays par­ti­cipe sans ex­cep­tion de­puis sa pre­mière édi­tion en 1987 à In­dia­na­po­lis. Le pays avait d’ailleurs éga­le­ment par­ti­ci­pé à une pre­mière ver­sion de l’évé­ne­ment, les Jeux mon­diaux en salle, qui s’étaient dé­rou­lés à Pa­ris deux ans au­pa­ra­vant.

À Bir­min­gham, la dé­lé­ga­tion chi­noise comp­tait 13 ath­lètes, un chiffre tout à fait mar­gi­nal quand on sait que la Chine, avec ses 1,4 mil­liard d’ha­bi­tants, est le pays le plus peu­plé au monde. Sur 144 pays par­ti­ci­pants, la Chine a été la on­zième dé­lé­ga­tion la plus nom­breuse.

Pas de suc­ces­seur à l’ho­ri­zon pour Liu Xiang

Plu­sieurs ath­lètes chi­nois mé­daillés aux Jeux olym­piques d’été de Rio de Ja­nei­ro et aux cham­pion­nats du monde d’athlétisme 2017 qui se sont dé­rou­lés à Londres n’ont pas pu se rendre à Bir­min­gham car leurs scores étaient en-des­sous des ob­jec­tifs à at­teindre pour par­ti­ci­per aux cham­pion­nats du monde en salle ; par­mi eux, Zhang Wen­xiu, spé­cia­liste du lan­cer du mar­teau (mé­daillée d’agent aux JO) et quatre mar­cheurs qui ont si­gné une per­for­mance spec­ta­cu­laire au 20 km à Rio : Liu Hong (mé­daille d’or) et Lu Xiuz­hi (mé­daille de bronze) chez les femmes, et Wang Zhen (mé­daille d’or) et Cai Ze­lin (mé­daille d’ar­gent) chez les hommes. Yang Jiayu, cham­pionne du monde du 20 km marche aux mon­diaux de Londres 2017 et Li Ling­wei, vice-cham­pionne du monde de lan­cer du ja­ve­lot n’ont pas par­ti­ci­pé à la com­pé­ti­tion non plus.

Par­mi les ath­lètes chi­nois pré­sents à Bir­min­gham, c’est le sprin­ter Su Bing­tian qui af­fi­chait les plus grandes chances de mé­dailles. De­puis cinq ans et suite au re­trait pré­ma­tu­ré de Liu Xiang, grand cou­reur de 110 m haies qui souf­frait de lé­sions ré­cur­rentes, Su Bing­tian tient le rôle de nou­velle fi­gure de proue de l’athlétisme chi­nois.

S’il ne pos­sède ni le cha­risme, ni la re­nom­mée de Liu, et si ses scores in­ter­na­tio­naux sont sans com­mune me­sure avec ceux du cou­reur qui a été sa­cré cham­pion de toutes les grandes com­pé­ti­tions d’athlétisme et qui dé­te­nait au­tre­fois le re­cord mon­dial du 110 m haies, Su a ce­pen­dant lui aus­si prou­vé que les sté­réo­types et la mau­vaise ré­pu­ta­tion, qui pen­dant des dé­cen­nies ont pour­sui­vi les sprin­ters asia­tiques, étaient com­plè­te­ment in­fon­dés. Aus­si gro­tesque (pour ne pas dire ra­ciste) que ce­la puisse pa­raître, il existe en­core au­jourd’hui, au XXIe siècle, un groupe d’ex­perts qui conti­nuent de sous-es­ti­mer le po­ten­tiel des cou­reurs asia­tiques en rai­son d’une pré­sup­po­sée in­fé­rio­ri­té phy­sique in­née qui em­pê­che­rait ceux-ci de briller dans les épreuves de vi­tesse.

Double fi­na­liste du 100 m lors des cham­pion­nats du monde d’athlétisme en plein air (Bei­jing 2015 et Londres 2017), cin­quième à l’épreuve du 60 m lors des cham­pion­nats du monde en salle de Port­land (éta­blis­sant le nou­veau re­cord d’Asie à 6,5 s en de­mi-fi­nale) et pre­mier ath­lète asia­tique à af­fi­cher un chro­no­mètre in­fé­rieur à 10 s à l’épreuve du 100 m (c’est le ni­gé­rian na­tu­ra­li­sé qa­ta­ri Fe­mi Ogu­node qui dé­tient le re­cord d’Asie avec un temps à 9,91 s), Su Bing­tian a dé­mon­tré qu’un cou­reur asia­tique pou­vait aus­si se faire une place par­mi les plus grands.

De­puis le dé­but de la sai­son, le spor­tif ori­gi­naire du Guang­dong conso­lide son sta­tut d’ath­lète in­ter­na­tio­nal. Le 3 fé­vrier der­nier, il a éta­bli à 6,47 s le nou­veau re­cord d’Asie qu’il dé­te­nait dé­jà de­puis Karls­ruhe, de­ve­nant le pre­mier ath­lète asia­tique à des­cendre sous

la barre des 6,50 s. À peine trois jours après, en­core en Al­le­magne mais cette fois-ci à Düs­sel­dorf, le sprin­ter can­ton­nais ter­mine sa course en 6,43 s, ce qui fait de lui un fa­vo­ri pour Bir­min­gham.

Sur la piste bri­tan­nique et sous le re­gard de mil­lions de sup­por­ters, Su se montre à la hau­teur des at­tentes : il fran­chit la ligne en deuxième po­si­tion en 6,42 s, amé­lio­rant en­core une fois son re­cord d’Asie. Mais la ré­com­pense su­prême lui échappe et re­vient fa­ta­le­ment à l’Amé­ri­cain Ch­ris­tian Co­le­man qu’il af­fronte en fi­nale et qui ter­mine sa course en 6,37 s, réa­li­sant une per­for­mance in­ter­si­dé­rale et bat­tant son propre re­cord du monde.

La per­for­mance de Su est bien au-des­sus de celle des ath­lètes mas­cu­lins de saut, autres re­pré­sen­tants de la dé­lé­ga­tion chi­noise qui pos­sé­daient des chances de mé­dailles, quoique très minces. Dong Bin, dé­ten­teur du titre en triple saut, réa­lise sa meilleure per­for­mance de la sai­son avec un saut à 16,84 m, un score très faible, bien loin des 17,33 m qui lui ont per­mis de rem­por­ter l’or à Port­land, sans par­ler des 17,58 m qui lui ont va­lu la mé­daille de bronze au Jeux de Rio en 2016.

La per­for­mance en saut en lon­gueur réa­li­sée par Huang Changz­hou, qui avait ob­te­nu la troi­sième place deux ans plus tôt avec un saut à 8,21 m, s’avère au moins aus­si dé­ce­vante. En fi­nale, il reste dé­fi­ni­ti­ve­ment hors course avec un saut à 7,75 m. Le jeune Shi Yu­hao (19 ans), quant à lui, réa­lise une per­for­mance plu­tôt pro­met­teuse en se clas­sant qua­trième avec un saut à 8,12 m. En­fin, en saut en hau­teur, on at­ten­dait beau­coup plus de Wang Yu qui peine à pas­ser la barre des 2,20 m et échoue à 2,25 m alors qu’on le sait ca­pable de pas­ser les 2,33 m.

Pour com­plé­ter le ta­bleau des per­for­mances réa­li­sées par les ath­lètes chi­nois à Bir­min­gham, il ne reste plus qu’à évo­quer la mé­daille de bronze rem­por­tée par la vé­té­rane Gong Li­jiao, mul­ti­mé­daillée olym­pique et cham­pionne du monde en plein air et en salle de lan­cer du poids. Avec un jet à 19,08 m (in­fé­rieur au jet à 19,94 m qui lui a per­mis de rem­por­ter l’or à Londres en 2017), elle se hisse sur la troi­sième marche du po­dium alors que sa com­pa­triote Gao Yang ter­mine qua­trième avec un saut à 18,77 m.

Nan­jing 2020 : en pleine an­née olym­pique

Avec cette pe­tite ré­colte, la Chine to­ta­lise de­puis la créa­tion de l’évé­ne­ment un pal­ma­rès de 18 mé­dailles (3 en or, 7 en ar­gent et 8 en bronze), se re­trou­vant à la 31e place du clas­se­ment his­to­rique. Alors que dans les autres grands évé­ne­ments spor­tifs, les ath­lètes chi­nois ont pro­gres­si­ve­ment réus­si à se faire une place par­mi les élites, en athlétisme en salle, et en athlétisme en gé­né­ral, les per­for­mances de ni­veau in­ter­na­tio­nal res­tent en­core très rares, et rien ne laisse es­pé­rer une sou­daine en­vo­lée dans le fu­tur proche (sur­tout pas dans les épreuves de courses sur piste), ni l’émer­gence d'une grande fi­gure spor­tive comme l’a été Liu Xiang.

On com­prend que beau­coup de sup­por­ters chi­nois sont res­tés nos­tal­giques des an­nées 90 et des suc­cès de toute une gé­né­ra­tion de cou­reuses de fond et de de­mi-fond en­traî­nées par le très contro­ver­sé Ma Jun­ren. Une époque où de grandes stars telles que Wang Jun­xia et Qu Yun­xia si­gnaient qua­si­ment à chaque com­pé­ti­tion de nou­veaux re­cords mon­diaux, re­cords qui sont en­suite de­meu­rés im­bat­tus pen­dant plus de deux dé­cen­nies.

On l’au­ra bien com­pris, on ne doit pas es­pé­rer de per­for­mances ex­tra­or­di­naires pour les dix-hui­tièmes mon­diaux d’athlétisme en salle que la Chine ac­cueille­ra en 2020 à Nan­jing, une date si­gni­fi­ca­tive puis­qu'elle coïn­ci­de­ra avec les Jeux olym­piques d'été qui se dé­rou­le­ront à To­kyo. Une chose est ce­pen­dant cer­taine, c'est qu’en 2020, la dé­lé­ga­tion du pays hôte se­ra plus nom­breuse qu’elle ne l’a ja­mais été. Et en tant que re­pré­sen­tants du pays hôte, on peut s’at­tendre à ce que les ath­lètes chi­nois fassent preuve d’un re­gain de com­pé­ti­ti­vi­té, et rap­portent à la Chine quelques mé­dailles in­es­pé­rées.

Le 3 mars 2018, Su Bing­tian dé­croche la mé­daille d’ar­gent en fi­nale du 60 m lors du World In­door Tour or­ga­ni­sé par l’IAAF à Londres.

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