Trans­for­ma­tion et mo­der­ni­sa­tion in­dus­trielles : le mo­dèle de Jin­qiao

China Today (French) - - SOMMAIRE - MA LI, membre de la ré­dac­tion

Jin­qiao (si­gni­fiant lit­té­ra­le­ment en chi­nois « Pont do­ré ») peut être consi­dé­ré comme un mo­dèle ré­duit de Pu­dong, illustre exemple chi­nois de dé­ve­lop­pe­ment et d’ou­ver­ture. La zone de dé­ve­lop­pe­ment de Jin­qiao, dé­ployée sur une su­per­fi­cie de 40,38 km², est si­tuée en plein coeur de la nou­velle zone de dé­ve­lop­pe­ment de Pu­dong (à Shan­ghai), cer­née à l’ouest par Lu­jia­zui, au nord par Wai­gao­qiao et au sud par Zhang­jiang. Cette zone de dé­ve­lop­pe­ment de Jin­qiao est l’unique zone pi­lote de libre-échange en Chine qui mise sur la fa­bri­ca­tion de pointe et le sec­teur des ser­vices aux pro­duc­teurs comme mo­teurs de dé­ve­lop­pe­ment.

L’ou­ver­ture et le dé­ve­lop­pe­ment de Pu­dong ont dé­bu­té en 1990, ar­ti­cu­lés au­tour de zones de dé­ve­lop­pe­ment, à sa­voir la zone de dé­ve­lop­pe­ment de Jin­qiao, la zone franche de Wai­gao­qiao, le quar­tier fi­nan­cier de Lu­jia­zui et le parc de haute tech­no­lo­gie de Zhang­jiang. Jin­qiao est le pre­mier lieu en Chine à avoir été dé­si­gné « zone de trans­for­ma­tion des pro­duits des­ti­nés à l’ex­por­ta­tion ». En 2012, cette zone a été ex­pres­sé­ment re­bap­ti­sée « zone de dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique et tech­no­lo­gique de Jin­qiao ». En dé­cembre 2014, elle a été of­fi­ciel­le­ment in­té­grée au pé­ri­mètre de la zone de libre-échange de Shan­ghai.

« Sous l’in­fluence de Pu­dong, comp­tant 28 an­nées de dé­ve­lop­pe­ment et d’ou­ver­ture à son ac­tif, Jin­qiao a dû s’adap­ter, sui­vant un dé­ve­lop­pe­ment en quatre phases : d’abord spé­cia­li­sée dans le trai­te­ment des ex­por­ta­tions, elle s’est tour­née vers la fa­bri­ca­tion dite tra­di­tion­nelle, puis a ta­blé sur la fa­bri­ca­tion et les ser­vices aux pro­duc­teurs en tant que fac­teurs de crois­sance, et en­fin, elle a adop­té un sys­tème in­dus­triel de type nou­veau, re­po­sant sur la fa­bri­ca­tion de pointe et axé sur les in­dus­tries émer­gentes stra­té­giques, le tout sou­te­nu par une pa­no­plie de ser­vices aux pro­duc­teurs », a dé­crit Yang Ye, di­rec­teur du Bu­reau d’ad­mi­nis­tra­tion de Jin­qiao re­le­vant du Co­mi­té de ges­tion de la zone de libre-échange de Shan­ghai et res­pon­sable du Co­mi­té de ges­tion de Jin­qiao. Afin de suivre un dé­ve­lop­pe­ment conforme aux be­soins de l’époque, Jin­qiao de­vrait for­mer quatre nou­veaux sys­tèmes in­dus­triels stra­té­giques à l’ave­nir,

les­quels concernent les vé­hi­cules à éner­gies nou­velles, les ser­vices vi­déo mo­biles, la fa­bri­ca­tion in­tel­li­gente et la tech­no­lo­gie fi­nan­cière.

De la fa­bri­ca­tion tra­di­tion­nelle à la fa­bri­ca­tion in­tel­li­gente

« Shan­ghai Bell est née et a gran­di avec la ré­forme et l’ou­ver­ture. Elle a amé­na­gé le ré­seau mo­derne des té­lé­com­mu­ni­ca­tions en Chine et a agi en pion­nière du dé­ve­lop­pe­ment et de l’ou­ver­ture de Pu­dong », a dé­cla­ré Yuan Xin, pré­sident de No­kia Shan­ghai Bell et se­cré­taire du Co­mi­té du Par­ti au sein de cette so­cié­té. No­kia Shan­ghai Bell a elle-même consta­té, au tra­vers de son dé­ve­lop­pe­ment, la conver­sion de Jin­qiao, qui a dé­lais­sé la fa­bri­ca­tion tra­di­tion­nelle pour s’orien­ter vers la fa­bri­ca­tion in­tel­li­gente.

Lea­der du mar­ché de l’in­for­ma­tion et de la com­mu­ni­ca­tion en Chine et pro­mo­trice de l’in­no­va­tion dans ce sec­teur, Shan­ghai Bell est la pre­mière coentreprise si­no-étran­gère opé­rant dans le do­maine des TIC à avoir été fon­dée à l’ini­tia­tive du gou­ver­ne­ment chi­nois, aux pre­mières heures de la ré­forme et l’ou­ver­ture en Chine.

Le 10 fé­vrier 1992, Deng Xiao­ping, alors en tour­née d’ins­pec­tion dans le sud du pays, a vi­si­té la chaîne de pro­duc­tion de Shan­ghai Bell. Dans l’ate­lier, il a mon­tré un vif in­té­rêt pour un im­plan­teur io­nique de haute éner­gie, équi­pe­ment high-tech clé pour la pro­duc­tion de cir­cuits in­té­grés (IC) qui ve­nait tout juste d’être in­tro­duit sur le ter­ri­toire na­tio­nal. Après avoir écou­té les ex­pli­ca­tions, il a po­sé la ques­tion sui­vante : « Ces ma­chines, se rap­portent-elles plu­tôt au ca­pi­ta­lisme ou au so­cia­lisme ? » Puis, il a lui-même ré­pon­du, avec des pro­pos lourds de sens : « Elles se rap­portent plu­tôt au so­cia­lisme. Les équi­pe­ments, tech­no­lo­gies, pro­ces­sus de ges­tion que nous im­por­tons des pays ca­pi­ta­listes sont, au fi­nal, tous so­cia­listes. »

Dès le dé­but des an­nées 1990, Shan­ghai Bell a par­ti­ci­pé ac­ti­ve­ment au dé­ve­lop­pe­ment et à l’ou­ver­ture de Pu­dong. Après avoir em­mé­na­gé dans ce quar­tier, elle y a construit la plus grande base de pro­duc­tion au monde de com­mu­ta­teurs au­to­ma­tiques, pré­pa­rant ain­si lar­ge­ment le ré­seau chi­nois des té­lé­com­mu­ni­ca­tions mo­dernes à un ave­nir plus nu­mé­rique et au­to­ma­tique. Ob­ser­vant la franche réus­site de Shan­ghai Bell, d’autres d’en­tre­prises de hautes tech­no­lo­gies ont com­men­cé à s’ins­tal­ler à Pu­dong.

En 2002, à la suite d’un vaste plan de re­struc­tu­ra­tion, Shan­ghai Bell est de­ve­nue la pre­mière so­cié­té par ac­tions si­no-étran­gère dans le sec­teur des té­lé­com­mu­ni­ca­tions en Chine. En 2007, Al­ca­tel et Lucent ont fu­sion­né dans la ré­gion Chine, ce qui a don­né nais­sance à l’équipe chi­noise de Bell Labs. En 2017, c’est No­kia Shan­ghai Bell qui a of­fi­ciel­le­ment ou­vert ses portes. « À l’ave­nir, la so­cié­té conti­nue­ra à ta­bler sur les tech­no­lo­gies de pointe. Pous­sé par le vent fa­vo­rable de la ré­forme et l’ou­ver­ture, nous amé­lio­re­rons sans cesse notre dé­ve­lop­pe­ment », pré­voit Yuan Xin, confiant.

Un bel exemple de trans­for­ma­tion et de mo­der­ni­sa­tion

En­core de nos jours, à l’évo­ca­tion de Jin­qiao, beau­coup de gens pensent ins­tinc­ti­ve­ment à la fa­bri­ca­tion. En ef­fet, cette zone était à l’ori­gine spé­cia­li­sée dans l’in­dus­trie ma­nu­fac­tu­rière et s’est consti­tuée au­tour de sec­teurs tels que le gros élec­tro­mé­na­ger, le tex­tile et les pro­duits ali­men­taires. À l’époque, 80 % des ap­pa­reils élec­tro­mé­na­gers chi­nois sor­taient de cet en­droit et le la­bel « Made in Jin­qiao » était mon­dia­le­ment connu.

Puis Jin­qiao a connu une dou­lou­reuse pé­riode de ré­ajus­te­ments struc­tu­rels, au cours de la­quelle elle a peu à peu opé­ré une re­con­ver­sion. Ge­ne­ral Mo­tors (GM) a fait son en­trée dans la zone, y ins­tal­lant son siège pour ses ac­ti­vi­tés en Asie-Pa­ci­fique, un centre mon­dial de R&D ain­si qu’un centre de dis­tri­bu­tion. C’est ain­si que

le construc­teur au­to­mo­bile GM a évo­lué en une « usine mul­ti­fonc­tions », qui in­tègre des ca­pa­ci­tés de re­cherche et dé­ve­lop­pe­ment, pro­duc­tion, vente, ser­vices, mar­ke­ting et rè­gle­ment des tran­sac­tions. La so­cié­té GM est de­ve­nue un exemple vi­vant de la trans­for­ma­tion et de la mo­der­ni­sa­tion in­dus­trielles qui ont eu lieu à Jin­qiao. Ac­tuel­le­ment, Jin­qiao dé­nombre 20 sièges ré­gio­naux de mul­ti­na­tio­nales et a réus­si à cap­ter un to­tal de 25 mil­liards de dol­lars d’in­ves­tis­se­ments étran­gers. D’ailleurs, 55 en­tre­prises clas­sées au For­tune Glo­bal 500 ont in­ves­ti dans 102 pro­jets au sein de cette zone.

Contrai­re­ment à la plu­part des im­meubles de bu­reaux bâ­tis sur d’in­nom­brables étages et concen­trant une forte den­si­té d’ef­fec­tifs, le parc de bu­reaux (ou Of­fice Park) à Jin­qiao a des al­lures de parc éco­lo­gique. Il a at­ti­ré un grand nombre d’ins­ti­tu­tions de R&D et de sièges ré­gio­naux d’en­tre­prises, aus­si bien chi­noises qu’étran­gères. Lieu re­grou­pant un grand nombre de ser­vices aux pro­duc­teurs, Of­fice Park a per­mis de gé­né­rer 12,3 mil­liards de yuans de re­cettes fis­cales en 2017, un re­cord par­mi les autres parcs d’ac­ti­vi­té dans la nou­velle zone de Pu­dong.

À l’heure ac­tuelle, la fa­bri­ca­tion de pointe et les ser­vices aux pro­duc­teurs à Jin­qiao sont les deux ac­ti­vi­tés ma­jo­ri­taires, se­lon un ra­tio de 4:6. Les avan­tages que pré­sente ce dé­ve­lop­pe­ment éco­no­mique en deux vo­lets sont plus évi­dents que ja­mais, à l’heure où la « fa­bri­ca­tion tra­di­tion­nelle » cède pro­gres­si­ve­ment la place à la « fa­bri­ca­tion in­tel­li­gente » dans cette zone.

En 2017, l’éco­no­mie de Jin­qiao a en­re­gis­tré une crois­sance ré­gu­lière et ra­pide, avec une pro­duc­tion in­dus­trielle to­tale es­ti­mée à 234,295 mil­liards de yuans, soit une hausse de 23,7 % par rap­port à l’an­née pré­cé­dente. Le chiffre d’af­faires s’est éle­vé à 689,912 mil- liards de yuans, soit +10,6 % ; les re­cettes fis­cales ont at­teint 50,857 mil­liards de yuans, soit +13 % ; les re­cettes fi­nan­cières re­ve­nant aux col­lec­ti­vi­tés lo­cales sont mon­tées à 6,105 mil­liards de yuans, soit +37,3 % ; et le pro­fit to­tal en­gran­gé a at­teint 30,42 mil­liards de yuans.

Jin­qiao est fière non seule­ment d’un en­vi­ron­ne­ment pro­pice aux af­faires, mais aus­si d’un es­pace ré­si­den­tiel au charme bu­co­lique. Le quar­tier de la com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale de Biyun, qui s’étend sur 4 km², abrite plus de 3 000 foyers d’ori­gine étran­gère, soit près de 30 000 ex­pa­triés. Il a re­çu du mi­nis­tère chi­nois du Lo­ge­ment et du Dé­ve­lop­pe­ment ur­bain-ru­ral un prix pour son « en­vi­ron­ne­ment d’ha­bi­ta­tion exem­plaire », de­ve­nant ain­si une com­mu­nau­té in­ter­na­tio­nale re­con­nue en tant que lieu où il fait bon vivre et tra­vailler, ain­si qu’un mo­dèle d’in­té­gra­tion entre zones in­dus­trielles et zones ur­baines.

À l’ave­nir, Jin­qiao de­vrait pro­mou­voir fer­me­ment la construc­tion de « quatre zones ca­rac­té­ris­tiques ma­jeures » : une zone de dé­mons­tra­tion pour la trans­for­ma­tion in­dus­trielle ; une zone pion­nière dans la fa­bri­ca­tion in­tel­li­gente ; une zone d’in­no­va­tion mé­tier hors du quar­tier des af­faires prin­ci­pal ; et une zone pour l’ac­cueil des en­tre­prises éco­lo­giques et à faible em­preinte car­bone. Yang Ye a conclu : « Nous nous ef­for­çons de de­ve­nir la base de fa­bri­ca­tion de pointe af­fi­chant le plus haut ni­veau, la meilleure qua­li­té et la plus grande contri­bu­tion ; une zone de dé­mons­tra­tion ti­rée par l’in­no­va­tion en ver­tu du plan stra­té­gique ‘‘Made in Chi­na 2025’’ ; un atout ma­jeur et un sup­port so­lide pour éri­ger Shan­ghai en une ville in­ter­na­tio­nale d’ex­cel­lence ; un fervent dé­fen­seur du la­bel ‘‘Made in Shan­ghai’’ ; et pour fi­nir, un haut lieu à l’ori­gine d’ac­cé­lé­ra­teurs in­dus­triels au pro­fit de Shan­ghai. »

La base de pro­duc­tion du groupe SAIC Mo­tor à cô­té du port

La zone ré­si­den­tielle in­ter­na­tio­nale de Biyun

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