La co­opé­ra­tion éner­gé­tique : se ba­ser sur la si­tua­tion réelle pour en­vi­sa­ger l’ave­nir

China Today (French) - - SOMMAIRE - XIA GUOHAN*

Dans la Dé­cla­ra­tion conjointe si­no-fran­çaise mise en avant par le pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron lors de sa vi­site en Chine en jan­vier 2018, les Ar­ticles 13 et 16 concernent plus par­ti­cu­liè­re­ment la co­opé­ra­tion dans le do­maine du nu­cléaire ci­vil, et les sy­ner­gies entre le plan fran­çais « In­dus­trie du Fu­tur » et le plan chi­nois « Fa­bri­qué en Chine 2025 ». Il s’agit d’en­vi­sa­ger la ré­vo­lu­tion tech­no­lo­gique à ve­nir, en se ba­sant sur la si­tua­tion réelle et les stra­té­gies éner­gé­tiques des deux pays.

L’éner­gie nu­cléaire

La France est le pre­mier pays pro­duc­teur d’éner­gie nu­cléaire. Suite aux chocs pé­tro­liers dans les an­nées 1970, la France a dé­ci­dé de dé­ve­lop­per ses propres sources d’éner­gie et s’est tour­née vers le nu­cléaire ci­vil. En 40 ans, l’éner­gie nu­cléaire est de­ve­nue la prin­ci­pale source d’éner­gie en France. En 2015, la France a pro­duit 6,8 mil­liards de kWh d’élec­tri­ci­té d’ori­gine nu­cléaire. La part du nu­cléaire dans la pro­duc­tion d’élec­tri­ci­té fran­çaise s’éle­vait alors à 76%.

Après l’ac­ci­dent de Fu­ku­shi­ma au Ja­pon en 2011, les ma­ni­fes­ta­tions an­ti-nu­cléaires se sont mul­ti­pliées en Eu­rope, et les pays ont com­men­cé à re­voir à la baisse leur plan nu­cléaire. La France a dû trans­for­mer sa struc­ture éner­gé­tique. En 2015, elle a lan­cé une loi sur la tran­si­tion éner­gé­tique, et en 2016 l’Ac­cord de Pa­ris. Au­jourd’hui, la France met en pra­tique deux de ses stra­té­gies éner­gé­tiques, à sa­voir fa­vo­ri­ser les éner­gies re­nou­ve­lables, et fer­mer pro­gres­si­ve­ment les cen­trales nu­cléaires. Son but : en 2030, les éner­gies re­nou­ve­lables oc­cu­pe­ront 47 % du vo­lume to­tal de la pro­duc­tion éner­gé­tique en France, avec l’éner­gie éo­lienne ter­restre comme prin­ci­pale source éner­gé­tique, sui­vie par l’éner­gie so­laire, l’éner­gie éo­lienne en mer et en­fin l’éner­gie hy­drau­lique. D’ici 2025, la pro­por­tion de l’éner­gie nu­cléaire de­vra être ré­duite à 50 %, ce qui im­plique de fer­mer entre 10 et 15 groupes de gé­né­ra­teurs nu­cléaires. Mais en no­vembre 2017, le gou­ver­ne­ment fran­çais a re­pous­sé la date bu­toire à 2035.

En Chine, c’est l’éner­gie fos­sile qui re­pré­sente la plus grosse par­tie de la consom­ma­tion éner­gé­tique. En 2015, la consom­ma­tion d’éner­gie fos­sile (le char­bon et le pé­trole) re­pré­sen­tait 80 % de la consom­ma­tion éner­gé­tique to­tale. Bien que la Chine se soit pen­chée ces deux der­nières an­nées sur le dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies non fos­siles, celle-ci reste ce­pen­dant la prin­ci­pale source d’éner­gie consom­mée dans ce pays. Se­lon le Plan d’ac­tion stra­té­gique pour le dé­ve­lop­pe­ment éner­gé­tique 20142020 de Chine, l’amé­lio­ra­tion de la struc­ture éner­gé­tique de l’État mise en oeuvre d’ici 2030 doit faire tom­ber la part de l’éner­gie fos­sile dans la consom­ma­tion d’éner­gie à 68 %, et ac­croître celle des éner­gies propres, comme le gaz na­tu­rel, l’éner­gie hy­drau­lique, l’éner­gie éo­lienne, l’éner­gie nu­cléaire, et les éner­gies re­nou­ve­lables, à 32 %. La part de l’éner­gie nu­cléaire de­vra no­tam­ment pas­ser de 1 % (en 2015) à 5 %.

La co­opé­ra­tion nu­cléaire entre la Chine et la France a com­men­cé dans les an­nées 1980. Le CEA (Com­mis­sa­riat à l’éner­gie ato­mique et aux éner­gies al­ter­na­tives) a si­gné en 1982 un pre­mier contrat avec le mi­nis­tère de l’In­dus­trie nu­cléaire de Chine d’alors. De­puis, le contrat a été re­nou­ve­lé tous les trois ans. La Chine a im­por­té des tech­niques fran­çaises et a construit les Cen­trales nu­cléaires de la Baie de Daya et de Ling Ao qui ont of­fi­ciel­le­ment ou­vert la co­opé­ra­tion si­no-fran­çaise dans ce do­maine.

En dé­cembre 2009, Fran­çois Fillon, alors pre­mier mi­nistre de la France, a ef­fec­tué une vi­site en Chine. La France et la Chine ont pu­blié une dé­cla­ra­tion conjointe an­non­çant la construc­tion en Chine d’usines de trai­te­ment/re­cy­clage des com­bus­tibles usés.

Les groupes CGN (Chi­na Gene-

ral Nu­clear Po­wer Group) et EDF (Élec­tri­ci­té de France) ont in­ves­ti et construit en­semble la cen­trale nu­cléaire de Tai­shan qui uti­lise des ré­ac­teurs nu­cléaires EPR (Eu­ro­pean Pres­su­ri­zed Reac­tor), une tech­no­lo­gie de troi­sième gé­né­ra­tion qui est au­jourd’hui la plus fiable au monde. Les ré­ac­teurs EPR 1 et 2 de la cen­trale de Tai­shan se­ront res­pec­ti­ve­ment ac­ti­vés en 2018 et 2019.

En dé­cembre 2013, la Chine et la France ont fê­té le 30e an­ni­ver­saire de leur co­opé­ra­tion nu­cléaire. Le pre­mier mi­nistre fran­çais d’alors, Jean-Marc Ay­rault, s’est ren­du à Tai­shan pour voir l’avan­cée du pro­gramme EPR et par­ti­ci­per à un sé­mi­naire. Il a sa­lué la par­ti­ci­pa­tion d’en­tre­prises chi­noises et fran­çaises, par­mi les­quelles CGN, CNNC (Chi­na Na­tio­nal Nu­clear Cor­po­ra­tion), EDF, et AREVA, dans la construc­tion de la cen­trale nu­cléaire bri­tan­nique de Hink­ley Point.

En juin 2015, la Chine et la France ont si­gné la Dé­cla­ra­tion com­mune sur l’ap­pro­fon­dis­se­ment de la co­opé­ra­tion sur le nu­cléaire ci­vil. En no­vembre 2016, la CGN et le CEA ont si­gné un ac­cord-cadre d’in­ten­tion de co­opé­ra­tion glo­bal, pour fixer le cadre de leur co­opé­ra­tion en ma­tière de concep­tion, de trai­te­ment des ac­ci­dents, d’équi­pe­ment de la­bo­ra­toires, de cir­cu­la­tion du com­bus­tible nu­cléaire et de for­ma­tion d’ex­perts dans le cadre d’un pro­jet de dé­ve­lop­pe­ment du nu­cléaire de 4e gé­né­ra­tion.

En no­vembre 2017, lors du pre­mier Dia­logue éner­gé­tique si­no-fran­çais, le Bu­reau na­tio­nal de l’éner­gie de Chine a si­gné des ac­cords de co­opé­ra­tion pour la nor­ma­li­sa­tion nu­cléaire avec le mi­nis­tère fran­çais de la Tran­si­tion éco­lo­gique et so­li­daire et l’As­so-

En no­vembre 2016, la CGN et le CEA ont si­gné un ac­cord-cadre d’in­ten­tion de co­opé­ra­tion glo­bal.

cia­tion fran­çaise de nor­ma­li­sa­tion nu­cléaire.

En jan­vier 2018, lors de la vi­site du pré­sident fran­çais Em­ma­nuel Ma­cron, les groupes AREVA et CGN ont si­gné un mé­mo­ran­dum d’en­tente pour construire un centre de trai­te­ment de dé­chets nu­cléaires d’une va­leur de 10 mil­liards d’eu­ro. Ils se sont en­ga­gés dans une co­opé­ra­tion pour l’en­semble du cycle nu­cléaire. D’ailleurs, la France a dé­cla­ré qu’elle sou­te­nait l’es­sai en Grande-Bre­tagne, sur le site de Brad­well B, du ré­ac­teur nu­cléaire de 3e gé­né­ra­tion « Hua­long I » dé­ve­lop­pé par la Chine.

Ain­si, la co­opé­ra­tion nu­cléaire si­no-fran­çaise, qui est, avec le train à grande vi­tesse et l’UHV (Ul­tra High Va­cuum), l’un des trois prin­ci­paux do­maines de co­opé­ra­tion de la Chine avec l’étran­ger, est elle aus­si en­trée dans une phase de nor­ma­li­sa­tion.

La co­opé­ra­tion sur de nou­velles sources d’éner­gie

La Chine et la France se tournent vers l’ex­ploi­ta­tion de nou­velles éner­gies. La France est ac­tuel­le­ment le deuxième pays pro­duc­teur d’éner­gies re­nou­ve­lables en Eu­rope. Dans ce do­maine, la Chine et la France, avec leurs points forts res­pec­tifs, forment un couple com­plé­men­taire.

En fait, la co­opé­ra­tion si­no-fran­çaise sur les éner­gies nou­velles existe de­puis long­temps. En 2008, le LIA-LES (Si­no-French La­bo­ra­to­ry for sus­tai­nable ener­gy) a été éta­bli à Da­lian, dans la pro­vince du Liao­ning. Le LIA-LES réunit six la­bo­ra­toires fran­çais du CNRS (Centre na­tio­nal de la re­cherche scien­ti­fique) et les dix meilleurs la­bo­ra­toires chi­nois dans le do­maine. En outre, le LIA-LES est sou­te­nu par l’Aca­dé­mie des Sciences de Chine et le CNRS.

En no­vembre 2016, lors du 4e Dia­logue éco­no­mique et fi­nan­cier de haut ni­veau entre la Chine et la France, les deux pays ont dé­ci­dé de ren­for­cer leur co­opé­ra­tion en ma- tière d’éner­gie éo­lienne et so­laire, et de pro­mou­voir le dé­ve­lop­pe­ment des éner­gies re­nou­ve­lables.

En mai 2017, lors du 1er Fo­rum « la Cein­ture et Route » pour la co­opé­ra­tion in­ter­na­tio­nale, l’en­tre­prise chi­noise Cens­tar et l’en­tre­prise fran­çaise AAQIUS ont si­gné un ac­cord de co­opé­ra­tion stra­té­gique sur l’éner­gie hy­dro­gène. En jan­vier 2018, la Chine et la France ont en­core si­gné une sé­rie d’ac­cords de co­opé­ra­tion sur les éner­gies re­nou­ve­lables, en par­ti­cu­lier l’éner­gie so­laire et la bio­masse.

La com­pé­ti­tion à l’échelle in­ter­na­tio­nale est très forte, et la Chine reste dans une po­si­tion de fai­blesse. Mais elle pos­sède cer­tains avan­tages qui de­vraient lui ga­ran­tir une meilleure place à l’ave­nir.

Les mar­chés tiers

Dans la Dé­cla­ra­tion conjointe si­no-fran­çaise, la France a af­fir­mé qu’elle ac­cueillait fa­vo­ra­ble­ment l’ini­tia­tive « la Cein­ture et la Route ». Contrai­re­ment à la Grande-Bre­tagne, la France n’a pas par­ti­ci­pé à la construc­tion de « la Cein­ture et la Route » de­puis ses dé­buts. Mais au­jourd’hui, elle sou­haite y par­ti­ci­per pour res­ter en jeu.

Pour la Chine, la France est un bon par­te­naire. Suite à l’ac­ci­dent de Fu­ku­shi­ma au Ja­pon, la France est de­ve­nue le pre­mier pays pro­duc­teur d’éner­gie nu­cléaire au monde. Pour la Chine, co­opé­rer avec la France pour dé­ve­lop­per la tech­no­lo­gie nu­cléaire chi­noise et pour pro­mou­voir son stan­dard de l’éner­gie propre est un très bon choix.

En plus, grâce à leur co­opé­ra­tion, la Chine et la France pé­nètrent plus fa­ci­le­ment les mar­chés tiers, non seule­ment ceux des pays en dé­ve­lop­pe­ment qui se si­tuent le long des iti­né­raires de « la Cein­ture et la Route », mais aus­si ceux de cer­tains pays dé­ve­lop­pés. La construc­tion de la cen­trale nu­cléaire de Hink­ley Point C en Grande-Bre­tagne en est un bon exemple. Le mo­dèle « Chine + un grand pays eu­ro­péen », no­tam­ment l’Al­le­magne, la France et la Grande-Bre­tagne, pour ex­ploi­ter les mar­chés tiers, est en fait le mo­dèle le plus ef­fi­cace dans la construc­tion de « la Cein­ture et la Route ». Beau­coup de pays d’Afrique fran­co­phone manquent d’in­fra­struc­tures et d’éner­gies propres, et la Chine et la France peuvent réa­li­ser une co­opé­ra­tion com­plé­men­taire dans ces pays.

Suite à l’adop­tion par les ÉtatsU­nis d’une po­si­tion uni­la­té­ra­liste et de leur sor­tie de l’Ac­cord de Pa­ris, la co­opé­ra­tion entre la Chine et l’UE, par­ti­cu­liè­re­ment entre la Chine et la France, joue une rôle ma­jeur, no­tam­ment dans le do­maine du chan­ge­ment cli­ma­tique. De belles pers­pec­tives se des­sinent pour les co­opé­ra­tions si­no-eu­ro­péenne et si­no-fran­çaise.

La co­opé­ra­tion entre la Chine et l’UE, par­ti­cu­liè­re­ment entre la Chine et la France, joue une rôle ma­jeur.

Le 29 sep­tembre 2016, à Londres, le Chi­na Ge­ne­ral Nu­clear Po­wer Group signe avec EDF un ac­cord de co­opé­ra­tion pour construire une cen­trale nu­cléaire au Royaume-Uni.

Le 8 dé­cembre 2013, Jean-Marc Ay­rault, alors pre­mier mi­nistre fran­çais, vi­site la cen­trale nu­cléaire en construc­tion à Tai­shan.

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