La NBA en plein boom

La Chine est le deuxième mar­ché de la NBA après les États-Unis.

China Today (French) - - SOMMAIRE - JORGE RAMÍ­REZ CALZADILLA*

Cette an­née, comme tous les quatre ans, les mon­diaux ont bat­tu leur plein et per­sonne ne s’est éton­né de voir dans cer­taines ré­gions re­cu­lées de la pla­nète, des sup­por­ters sou­te­nir des équipes com­po­sées de joueurs dont ils ne connais­saient ni la langue, ni même les pré­noms. La Chine compte, elle aus­si, un grand nombre de ces sup­por­ters for­tuits qui dé­bordent de pas­sion pour Mes­si, Ro­nal­do, Ney­mar, l’Al­le­magne, la France ou l’Es­pagne. Force est de consta­ter que le sport n’obéit pas à la lo­gique des fron­tières : la joie fu­gace que pro­cure un but, une feinte ou une vic­toire n’est pas né­ces­sai­re­ment liée à l’or­gueil pa­trio­tique.

Ce phé­no­mène qu’on ob­serve avec le foot­ball s’ap­plique éga­le­ment au bas­ket-ball, no­tam­ment en Chine. En ef­fet, bien qu’ils ne soient pas re­pré­sen­tés au sein de la NBA par un de leurs com­pa­triotes, les sup­por­ters chi­nois suivent avec as­si­dui­té la NBA ; c’est d’ailleurs la ligue spor­tive la plus sui­vie sur le net à l’heure ac­tuelle en Chine (bien plus que les ligues européennes de foot­ball).

À la con­quête de la Chine

Les pre­miers liens entre la NBA et le bas­ket-ball chi­nois re­montent à 1985 lorsque la ligue pro­fes­sion­nelle amé­ri­caine a com­men­cé à ac­cueillir les mo­destes équipes na­tio­nales du géant asia­tique.

Pour la NBA et l’ex­pan­sion de son mar­ché, il est très re­gret­table que la flo­pée de joueurs étran­gers qui a re­joint la ligue après l’ef­fon­dre­ment du bloc so­vié­tique au dé­but des an­nées 1990 et suite au show of­fert par la Dream Team et Mi­chael Jor­dan aux Jeux Olym­piques de Bar­ce­lone en 1992 n’ait pas comp­té de joueur d’ori­gine chi­noise. Mais il est vrai que leur ni­veau était en­core bien en-de­çà de ce­lui de leurs pairs d’Eu­rope de l’Est qui ont ou­vert la voie à l’in­ter­na­tio­na­li­sa­tion pro­gres­sive de la NBA.

La NBA a été fon­dée en 1946 et, de­puis le jour où elle a ad­mis pour la pre­mière fois un joueur étran­ger, à sa­voir le Ca­na­dien d’ori­gine ita­lienne Hank Bia­sat­ti, le nombre et la hié­rar­chie des joueurs étran­gers qu’elle ac­cueille a connu une aug­men­ta­tion si­gni­fi­ca­tive. Au­jourd’hui des joueurs comme No­witz­ki, Ginó­bi­li, les frères Ga­sol, Par­ker, Hor­ford, An­te­to­kounm­po suc­cèdent à des Pe­tro­vic, des Wil­kins, des Di­vac, des Ku­koc, des Mu­tom­bo, ou des Nash. Pour la sai­son 2017-2018, 110 ath­lètes pro­ve­nant de 42 na­tions et ré­gions du monde (un re­cord his­to­rique) ont été qua­li­fiés.

Forte de ses 1,4 mil­liard d’ha­bi­tants, la Chine, connaît ac­tuel­le­ment un dé­ve­lop­pe­ment spor­tif ra­pide et le bas­ket-ball y jouit d’un vé­ri­table re­gain de po­pu­la­ri­té. Pour­tant, le nombre de joueurs chi­nois ayant été ad­mis en NBA de­meure in­si­gni­fiant, et par­mi ceux-ci, un seul avait vé­ri­ta­ble­ment l’étoffe d’un cham­pion.

De Wang Zhiz­hi (joueur en NBA de 2001 à 2005), pre­mier joueur chi­nois ad­mis à une draft (en 1999), en pas­sant par Mengke Ba­teer (en NBA de 2001 à 2004), Yi Jian­lian (en NBA de 2007 à 2012), Sun Yue (en NBA de 2008 à 2009), et en­fin les ré­centes re­crues Zhou Qi et Wang Zhe­lin (sé­lec­tion­nés au deuxième tour de la draft 2017), le rôle des joueurs ori­gi­naires de Chine a été pu­re­ment sym­bo­lique, à l’ex­cep­tion de Yao Ming (NBA de 2002 à 2011).

Ce der­nier, du haut de ses 2,29 mètres, s’est im­po­sé

dès ses dé­buts comme une fi­gure émi­nente de la NBA et l’est de­meu­ré jus­qu’à ce que son phy­sique de géant lui joue de mau­vais tours et qu’une sé­rie de lé­sions l’obligent à prendre une re­traite an­ti­ci­pée. Membre du Bas­ket­ball Hall of Fame, sé­lec­tion­né huit fois pour le NBA All-Star Game, le svelte joueur chi­nois, qui évo­lue au poste de pi­vot, a for­mé avec Tra­cy McG­ra­dy un re­dou­table tan­dem qui a per­mis aux Ro­ckets de Hous­ton de de­ve­nir une équipe in­con­tour­nable des playoffs.

Hors du ter­rain, Yao a été le prin­ci­pal am­bas­sa­deur de la NBA dans une cam­pagne me­née par Da­vid Stern, com­mis­saire de la NBA, puis par son suc­ces­seur Adam Silver, qui avait pour but de conqué­rir le géant asia­tique. Et grâce au pi­vot des Ro­ckets de Hous­ton, la NBA a pu jouer ses pre­miers matchs de pré-sai­son en ter­ri­toire chi­nois en 2004, de­ve­nant ain­si la pre­mière grande ligue amé­ri­caine de sport pro­fes­sion­nel (NBA, MLB, NFL et NHL) à pro­mou­voir une telle ini­tia­tive.

À l’heure ac­tuelle, pas moins de 17 fran­chises NBA se sont dé­jà ren­dues en Chine pour par­ti­ci­per à 26 ren­contres, ali­men­tant à Bei­jing, Shan­ghai, Ma­cao, Guangz­hou et Shenz­hen l’en­thou­siasme pour le bas­ket-ball et éta­blis­sant une vé­ri­table con­nexion entre les fans chi­nois et les stars de la ligue qui a en­suite dé­bou­ché sur la com­mer­cia­li­sa­tion de pro­duits tels que des maillots, des cas­quettes ou des bas­kets, gé­né­rant des re­cettes de plu­sieurs mil­lions.

NBA Store, la chaîne de ma­ga­sins of­fi­cielle de la NBA dis­tri­bue plus de 500 ar­ticles dans le géant asia­ti-

que, par le biais de ses propres éta­blis­se­ments, des ma­ga­sins Adi­das, WalMart et Car­re­four, et à tra­vers toute une pléiade de marques as­so­ciées.

Sui­vant la ten­dance ac­tuelle dans un do­maine où la Chine est très avan­cée, à sa­voir la tech­no­lo­gie, la NBA a mul­ti­plié sa pré­sence sur les ré­seaux so­ciaux du pays asia­tique avec une cam­pagne di­gi­tale vi­ru­lente de mar­ke­ting spor­tif. Le tour­nant dé­ci­sif s’est joué en 2015, lorsque la ligue a si­gné avec Tencent un ac­cord de co­opé­ra­tion pour cinq ans d’une va­leur de 500 mil­lions de dol­lars (l’ac­cord in­ter­na­tio­nal le plus lu­cra­tif ja­mais conclu par la NBA), cé­dant au géant de la té­lé­com­mu­ni­ca­tion, qui compte 963 mil­lions d’uti­li­sa­teurs, les droits nu­mé­riques de dif­fu­sion de la NBA.

En consé­quence, les vi­déos des fi­nales de la NBA 2017 ont été vi­sion­nées par 900 mil­lions de vi­si­teurs et 200 mil­lions d’in­ter­nautes ont sui­vi les matchs sur leur té­lé­phone mo­bile, des sta­tis­tiques qui ont cer­tai­ne­ment at­teint de nou­veaux re­cords après la der­nière ren­contre pour le titre qui op­po­sait les Gol­den State War­riors aux Cle­ve­land Ca­va­liers IV.

La ligue, bien consciente de la po­pu­la­ri­té en Chine de Wei­bo (la ver­sion chi­noise de Twit­ter) et d’ap­pli­ca­tions comme WeC­hat (l’équi­valent de WhatsApp), pos­sède éga­le­ment des comptes sur ces plates-formes di­gi­tales. Dans le cas de Wei­bo, elle est sui­vie par 33 mil­lions de fans, soit 6 mil­lions de plus que sur son compte Twit­ter.

NBA.com/Chi­na est de­ve­nu le por­tail web spor­tif le plus vi­si­té du pays et l’acro­nyme de la ligue est le terme spor­tif le plus sou­vent en­tré sur Bai­du.com, le pre­mier mo­teur de re­cherche chi­nois.

À l’heure ac­tuelle, la Chine est le se­cond mar­ché de la NBA après les États-Unis et l’on peut rai­son­na­ble­ment ima­gi­ner que dans un fu­tur proche, elle de­vien­dra sa pre­mière source de re­ve­nus.

Une al­ter­na­tive : la CBA

Alors que la sé­lec­tion de Zhou Qi et Wang Zhe­lin pour la draft 2017 a mis fin à une dé­cen­nie d’ab­sence des joueurs chi­nois en NBA, le flux in­verse va cres­cen­do. En ef­fet, de plus en plus de joueurs amé­ri­cains, par­mi les­quels d’an­ciennes stars de la NBA, choi­sissent de conti­nuer ou de ter­mi­ner leur car­rière au sein de la ligue pro­fes­sion­nelle chi­noise (CBA).

Le plus cé­lèbre d’entre eux est sans au­cun doute Ste­phon Mar­bu­ry qui a rem­por­té trois vic­toires avec les Bei­jing Ducks, et qui est adu­lé par les sup­por­ters de la ca­pi­tale, à tel point qu’un mu­sée et une sta­tue lui ont été dé­diés et qu’il a été fait ci­toyen d’hon­neur de Bei­jing.

Les ex-joueurs de la NBA ont in­suf­flé à la CBA une di­men­sion spec­ta­cu­laire, du dy­na­misme et un style de jeu plus phy­sique. Ce­pen­dant, la dif­fi­cul­té au­jourd’hui est de réus­sir à trou­ver un équi­libre et d’évi­ter qu’une sur-re­pré­sen­ta­tion de ces nou­velles re­crues n’étouffe le dé­ve­lop­pe­ment des jeunes ta­lents chi­nois. Pour ce­la, la CBA s’ins­pire de l’exemple de la Chi­nese Su­per League et prend des me­sures qui visent à en­cou­ra­ger le dé­ve­lop­pe­ment du vi­vier chi­nois.

Avec Yao Ming comme ac­tuel pré­sident de la CBA, les sé­lec­tions na­tio­nales et les opé­ra­tions me­nées par la NBA en Chine af­fichent un ave­nir pro­met­teur. Le dé­ve­lop­pe­ment mas­sif de la pra­tique de ce sport– peu coû­teux si on le com­pare au base-ball, au ho­ckey sur glace ou en­core, au foot­ball amé­ri­cain – est un fait ac­com­pli. Il ne manque qu’une seule chose pour cou­ron­ner le suc­cès de cette belle his­toire entre la Chine et le bas­ket-ball : l’ap­pa­ri­tion d’une nou­velle gé­né­ra­tion de joueurs qui réa­lisent d’aus­si belles per­for­mances sur le ter­rain des Jeux Olym­piques et des Mon­diaux que lors de com­pé­ti­tions conti­nen­tales.

Le 29 avril 2018, le Parc de la NBA, un centre de loi­sirs fa­mi­lial sur le thème de la ligue du bas­ket-ball amé­ri­cain, est inau­gu­ré à Bei­jing.

Le 12 sep­tembre 2017, Kobe Bryant, cé­lèbre joueur de bas­ket-ball de la NBA, ren­contre les élèves de l’école Hai­nan Over­seas Chi­nese Middle School.

Le 25 fé­vrier 2018 à To­ron­to, une re­pré­sen­ta­tion de la danse du lion est don­née en l’hon­neur du Nou­vel An chi­nois lors d’un match op­po­sant les Rap­tors 905 aux Wis­con­sin Herd.

Yao Ming et les Ro­ckets de Hous­ton de la NBA

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